Son nom est Moore. Roger Moore. Ce distingué sujet de Sa Très Gracieuse Majesté ne s’est pas contenté de vivre et laisser mourir dans les James Bond ni d’interpréter le délicieux lord Brett Sinclair dans « Amicalement vôtre » : il a aussi campé un Ivanhoé convaincant dans la série télé du même nom.

« Ivanhoooé ! Ivanhoooé ! / Par les monts nous chevauchons et nous chantons / Dès que monte à nous l’appel des opprimés / Voici nos coeurs, nos lances et nos épées / Ivanhoooé ! Ivanhoooé ! / Aussitôt que tu parais, l’espoir renaît / La vue de ton panache blanc / Effraie les tyrans / Le galop de nos coursiers / Apporte au peuple entier / Le bonheur et la liberté… » Le 11 avril 1959, sur la seule et unique chaîne de télévision française, la chanson de ralliement des partisans d’ Ivanhoé se fait entendre pour la première fois.

C’est vrai qu’il a fière allure, ce jeune Ivanhoé. Avec son panache blanc, sa lance et son sourire craquant, il est bien difficile de lui résister, au propre comme au figuré. Ses adversaires et ses disciples s’inclinent devant son courage, son charme et son habileté aux armes. On imagine sans peine l’effet que le personnage pouvait avoir sur les jeunes baby-boomers scotchés devant leur télé, prêts à s’enflammer pour leur nouveau héros et à l’épauler afin de repousser les infâmes félons placés en travers de son chemin.

Ivanhoé, éternel jeune homme

Pour incarner le chevalier justicier flamboyant créé en 1819 par le romancier écossais Walter Scott, les producteurs sont allés chercher un éternel jeune homme tout juste trentenaire. Il s’appelle Roger Moore. En cette fin des années 50, cet acteur britannique, né en 1927, n’est plus un débutant, mais pas encore une star. Après divers petits rôles qui l’ont vu se transformer en soldat romain dans César et Cléopâtre, en marin ou en… ornithologue, il a endossé le costume du roi Henri II dans Diane de Poitiers aux côtés de Lana Turner.

Roger Moore en Ivanhoé.
Roger Moore en Ivanhoé. DR

Il n’y a pas que le cinéma dans une carrière d’acteur : la télévision offre, elle aussi, de belles occasions de briller et de se faire remarquer. Après tout, peu importe la taille de l’écran, pourvu que les personnages à interpréter possèdent de l’envergure. Et de ce point de vue, Wilfrid d’ Ivanhoé offre toutes les garanties. Action et séduction : il n’en faut pas plus pour convaincre Roger Moore. Aussi à l’aise sur son cheval lors d’un tournoi qu’il le sera quelques années plus tard dans le costume de James Bond, il s’impose en défenseur des opprimés et en chevalier servant de la justice.

Figure morale

Il faut dire qu’« Ivanhoé » constitue une aubaine pour un acteur en mal de célébrité. Revenu de croisade, ce fidèle serviteur de Richard Cœur de Lion se dresse face aux manigances du frère de celui-ci, Jean (le méchant), qui cherche à profiter de l’absence du souverain pour s’emparer de son trône. Ivanhoé ne se contente pas de préserver les intérêts légitimes du royaume. Outre sa fidélité au roi, il affirme une noblesse de cœur et un sens de la justice qui font de lui une véritable figure morale.

Dès le premier épisode, il s’oppose à Jean pour gagner la liberté de serfs qui deviendront ses compagnons de route et ses indéfectibles soutiens. Anecdote amusante : le fidèle Gurth est interprété par Robert Brown, un acteur que l’on retrouvera, quelques années plus tard, dans les adaptations au cinéma des aventures de James Bond, où il prendra l’identité de M, le responsable des services secrets britanniques. La hiérarchie d’« Ivanhoé » sera donc inversée : dans Octopussy et Dangereusement vôtre, ce sera à son tour d’être le supérieur de Roger Moore…

Roger Moore en Ivanhoé.
Roger Moore en Ivanhoé. DR

Dans leur guide intitulé Les Séries télé (éd. Larousse), Martin Winckler et Christophe Petit notent qu’en dépit d’un « manque de moyens évident la série n’a pas à rougir auprès de ses consœurs ». Roger Moore, lui, n’a pas non plus à rougir d’avoir accepté ce rôle qui lui a servi de tremplin pour sa carrière. Il enchaîne ensuite en effet avec d’autres séries télévisées : « The Alaskans », « Maverick » et « Le Saint », dans lequel il joue le personnage de Simon Templar, d’après les romans de Leslie Charteris.

Un profil d’aventurier dandy qui assurera sa renommée internationale et lui ouvrira les portes de la gloire avec « Amicalement vôtre », série dans laquelle il partagera le haut de l’affiche avec Tony Curtis. En attendant de jouer un James Bond pétri d’élégance et de charme britannique, de 1973 (Vivre et laisser mourir) à 1985 ( Dangereusement vôtre). Bye bye, Roger.


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