New York, Rio, Londres… il a l’ailleurs chevillé au corps, mais ne renie rien de sa francité. Ce serial-entrepreneur, rompu au développement de start-up, est le coordinateur de la tech made in France à Londres.

Comme de nombreux entrepreneurs en série, Albin Serviant est un hyperactif. Ce vétéran de la tech française, qui a posé ses valises à Londres il y a cinq ans, est cofondateur et président de La French- Tech London, cofondateur de FrenchConnect London, et membre du comité des Conseillers du commerce extérieur de la France au Royaume-Uni (CCEF-UK), etc. « Le marketing et le business development sont dans mon ADN », explique Albin Serviant, lyonnais et ancien de l’Essec, qui goûte à la vie d’expat en 2009, alors qu’il dirige l’éditeur de jeux musicaux en ligne MXP4. A l’époque, il multiplie les allers-retours avec New York.

En 2013, quand la start-up est revendue, il se retrouve aux Etats-Unis sans visa, mais « avec l’envie d’international ». On lui propose d’aller au Royaume-Uni pour aider à développer MedicAnimal, une pharmacie en ligne pour animaux domestiques. Au lieu d’y passer six mois, il y reste dix-huit. En 2015, il prend les rênes d’EasyRoomMate, une plate-forme de colocation présente dans 24 pays avec plus d’un demi-million d’utilisateurs actifs par mois et 90 000 appartements à Londres, Paris, New York ou Barcelone… La société appartient à une holding, W3, qui surfe sur la vague de désintermédiation qui secoue actuellement les modèles d’entreprise traditionnels et détient VivaStreet, un site de petites annonces, Mon-Avocat.fr pour des conseils juridiques en ligne, PopMyDay pour de l’esthétique à domicile.

Albin Serviant, expat et entrepreneur en série.
Albin Serviant, expat et entrepreneur en série. DR

« Ce mécanisme de mise en relation directe via des plates-formes a le vent en poupe. Il s’applique à tous les domaines. » Si Albin Serviant gravite dans le monde des start-up tech depuis la fin des années 90, son premier emploi, en 1992, est à la direction marketing de PepsiCo. « C’était pour le démarrage de la filiale française. Il n’y avait pas cette atmosphère de multinationale. » En 1999, il rejoint Ibazar ; eBay la rachète en 2003 pour la rondelette somme de 125 millions de dollars. Puis direction Tiscali (rachetée par Alice/Free), Musiwave (vendue à Microsoft), Vivendi, etc.

Marketeur de métier, il travaille aussi pour des fonds d’investissement comme Ventech et Daphni. Mais il n’y a que 24 heures dans une journée… « Je dors quatre ou cinq heures par nuit, glisse-t-il. J’aime beaucoup ce que je fais. » On sent qu’ Albin Serviant est un homme qui aime parfois nager à contre-courant. Sa famille est originaire des Alpes, il aime la plongée sous-marine. Fan du Brésil et de photo contemporaine, il collectionne les artistes d’Amérique du Sud, « après avoir rencontré tout un milieu artistique à Rio ». Il parle portugais couramment, aime cette culture chaleureuse.

Pour Albin Serviant, le Brexit ne changera pas grand chose

Alors pourquoi Londres ? « J’habite à Spitalfields, au sud de la City. C’est assez proche dans l’esprit de New York, très créatif. J’aime le côté melting-pot, le dynamisme de la culture, la tension positive qui y règne. » Le Brexit ne l’a-t-il pas échaudé ? « Pour les expats, ça ne va pas changer grand-chose… Londres reste un centre d’affaires et d’innovation important. Mais Paris a gagné beaucoup de terrain récemment. » N’oublions pas qu’ Albin est au Royaume-Uni l’ambassadeur de La French tech. Cette mission gouvernementale collaborative rassemblant quelque 5 000 acteurs privés et publics du secteur vise à faire rayonner le savoir-faire made in France.

« C’est Emmanuel Macron qui me l’a demandé », souligne Albin Serviant, qui a fait partie de l’équipe de financement de la campagne de notre président. Il est également cofondateur de FrenchConnect London, un club privé très select de 200 acteurs de la tech au Royaume-Uni, rassemblant des success-stories comme Julien Callède et Frédéric Mazzella, respectivement fondateurs de Made.com et de BlaBlaCar, mais aussi des investisseurs et politiciens.

Après avoir été conseiller pour le commerce extérieur lorsque Manuel Valls était Premier ministre, le voilà à travailler auprès du nouvel ambassadeur au Royaume-Uni, Jean-Pierre Jouyet, ancien mentor d’Emmanuel Macron, sur la modernisation de l’économie et la numérisation de l’Etat. Alors, dans le futur, business ou politique ? Il marque une pause et sourit : « Le business. » Mais on imagine qu’il a dû y penser un peu le matin en se rasant…


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