Chorégraphes et à la direction artistique de l’une des plus belles compagnies de danse contemporaine du monde, Sol León et Paul Lightfoot, couple dans la vie comme à la scène, présentent leur nouvelle création, Shut Eye, en juin prochain au festival Montpellier Danse. Dans la lignée de leurs chefs-d’oeuvre antérieurs.

Grand mur blanc tournant comme les aiguilles d’une horloge derrière lequel solos, duos et trios apparaissent et disparaissent. Silhouettes en costume sombre ou pantalon blanc, avec chignon bas, rouge à lèvres vif, cheveux gominés… Ici, l’élégance est partout, et surtout dans la virtuosité, la créativité et l’émotion. Ainsi en est-il de Safe as Houses, ballet de Sol León et Paul Lightfoot inspiré du Yi Jing – Le Livre des changements, interprété sur une musique de Jean-Sébastien Bach.

Dans ce bal qui oscille entre rigueur monastique et symphonie pastorale, les sauts silencieux sont aussi fascinants que les déliés de pieds, de bras et de mains. Même culte de l’essence et du mouvement qui enferme un état d’âme avec Stop-Motion, dansé sur une musique de Max Richter. Une réflexion sur les thèmes de l’adieu et de la transformation, où un duo est exécuté sur un sol recouvert de poudre blanche magnifiant le mouvement. En toile de fond, le visage de Saura, la fille de Sol León et Paul Lightfoot, projeté sur grand écran.

Dansés avec l’exigence de la technique classique, et une théâtralité maîtrisée, ces deux ballets en noir et blanc livrent la peinture mélancolique d’un monde qui a perdu sa couleur, mais pas sa flamme. Ce furent assurément les deux plus beaux spectacles que le couple présentait à Chaillot-Théâtre national de la danse en juin 2017. Performances dont ils signaient également les décors et les costumes, et dans lesquelles se profilait, sans l’once d’un plagiat, l’héritage de leur maître, Jiri Kylián.

Bio express

Paul Lightfoot, natif de Kingsley, en Angleterre, est diplômé de la Royal Ballet School de Londres ; et Sol León, originaire de Cordoue, en Espagne, de l’académie du Ballet national de Madrid en 1987. Ils rejoignent, en 1989, le NDT 2, avec lequel ils interprètent les chefs-d’oeuvre de la compagnie, puis le NDT 1, dont ils deviennent chorégraphes résidents à partir de 2002. Ils sont nommés respectivement directeur artistique et conseillère artistique en 2011 et 2012 et ont créé, en vingt-six ans de collaboration, plus de cinquante ballets.

Chaillot avait déjà accueilli Sol León et Paul Lightfoot en 2004 avec Subject to Change et Shutters Shut, d’après le poème de Gertrude Stein, et en 2014, avec Shoot the Moon. Shut Eye, qu’ils présenteront lors du prochain festival Montpellier Danse, et à propos duquel tout est encore secret, sera l’une de leurs démonstrations magistrales qui enferment leur fragilité.

Sol León et Paul Lightfoot : l’excellence, sinon rien

La réussite du couple, qui avoue avoir complètement raté sa première pièce, en 1985, réside dans l’équilibre de leur collaboration, dans leur complicité et leur complémentarité. Et cela non seulement pour leurs créations – l’Opéra de Paris accueillera, pour la première fois, deux de leurs prochaines pièces, Sleight of Hand et Speak for Yourself, en avril 2019 –, mais également dans la direction artistique du Nederlands Dans Theater (NDT), qu’ils ont repris il y a sept ans, et où l’excellence se loge aussi bien côté danse que côté chorégraphie.

Safe as Houses, de Sol León et Paul Lightfoot.
Safe as Houses, de Sol León et Paul Lightfoot. DR

Créée en 1959 à La Haye, la compagnie compte aujourd’hui un répertoire de plus de six cents ballets et se produit en Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis, en Asie et en Australie. Sa notoriété repose sur celle des éminents chorégraphes Glen Tetley, Jiri Kylián et Hans Van Manen, qui ont participé à sa création et signé de nombreux chefs d’oeuvre, auxquels s’ajoutent aujourd’hui les pièces des deux directeurs artistiques actuels, ainsi que celles de collaborateurs réguliers, comme Crystal Pite, Johan Inger, Alexander Ekman, Marco Goecke, Gabriela Carrizo, Hofesh Shechter, Sharon Eyal & Gai Behar…

Il y a trente ans, le NDT se divisait en deux, et devenait, d’une part, le NDT 1, qui regroupait les danseurs les plus doués, et, d’autre part, le NDT 2, plus défricheur. « Dès que j’ai franchi le seuil du Koningstraat, en 1985, j’ai su que c’était un endroit différent, raconte Paul Lightfoot. Chaque programme de saison présente des pièces de chorégraphes dont le message est clair : voici mon esthétique, ma danse, mon langage figuratif… Leurs travaux sont susceptibles de créer un univers, une émotion, une essence, et cela dès le lever de rideau. »

Agenda

Du 22 juin au 7 juillet 2018 : festival Montpellier Danse.
Tél. +33 (0)4 67 60 83 60
www.montpellierdanse.com
Du 18 avril au 23 mai 2019 : Sleight of Hand et Speak for Yourself,
Opéra national de Paris.
www.operadeparis.fr


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