Michelle and Chris Gerard
La ville du futur

Agriculture urbaine : en route vers une ville comestible ?

Nouvel eldorado, l’agriculture urbaine divise, récoltant tantôt l’enthousiasme, tantôt le scepticisme. Ce sont pourtant 9 milliards d’êtres humains qu’il faudra nourrir à l’horizon 2050, alors que les terres cultivables se raréfient. De Detroit, la pionnière, à Shanghai, en passant par l’Afrique subsaharienne et Paris, tour d’horizon d’initiatives amenant la campagne à la ville.

Enorme potentiel agricole local en France

Parmi les projets lauréats de la consultation « Réinventer Paris », lancée fin 2014, celui de Lina Ghotmeh s’est distingué. « On aurait tort de croire que l’engouement actuel en Europe occidentale et aux Etats-Unis pour la cuisine, et plus largement l’alimentation, n’est qu’un phénomène de mode orchestré par les médias, explique l’architecte. En effet, le premier moteur de cet intérêt est avant tout l’inquiétude croissante des citoyens, démunis face à l’immense complexité de la chaîne alimentaire mondialisée. De la microéconomie à la macro, les défis pour nourrir 9 milliards d’individus à l’horizon 2050, dans un contexte de pollutions diverses en augmentation et de réchauffement climatique, restent considérables. »

En réponse à ce nouveau paradigme, le concept de ferme verticale a été théorisé dès 1999 par Dickson Despommier. Le microbiologiste américain croit fermement que l’avenir alimentaire de l’humanité se joue en ville et hors-sol. Et il semblerait que l’histoire lui donne raison tant les initiatives se multiplient depuis quelques années. Les projets délirants comme celui de Vincent Callebaut, qui envisage des champs de blé et des rizières au milieu de l’Hudson River, à New York, ne sont pas la panacée et participent à délégitimer le débat. D’autant plus que l’autonomie alimentaire totale n’est évidemment pas le but recherché.

L’étude « Autonomie alimentaire des villes », publiée en mai dernier par le cabinet Utopies, a révélé que le degré d’autonomie alimentaire moyen des cent premières aires urbaines françaises était de 2,1 %, Avignon survolant le classement avec 8,1 %. La marge de manœuvre demeure donc très large. « En moyenne, le potentiel agricole local des cent premières aires urbaines pourrait couvrir plus de 54 % des besoins agricoles (exprimés en euros) actuellement incorporés dans l’ensemble de la consommation alimentaire des ménages locaux. Près des deux tiers des aires urbaines analysées disposent d’ “actifs agricoles” suffisants pour – en théorie – être autonomes à plus de 50 %. Bien évidemment, ce potentiel agricole reste théorique tant la marche à gravir pour reconnecter l’alimentation des ménages aux produits locaux paraît élevée. Néanmoins, les actifs agricoles existants permettent d’envisager dans certaines aires urbaines un gain d’autonomie significatif », précise cette même étude.

Alors, plutôt que de balayer d’un revers de la main cette réalité jugée utopique, encourager les initiatives semble aujourd’hui essentiel.

Mais il faut des prises de position politiques fortes, car le prix du foncier est rarement compatible avec des projets qui échappent à la spéculation immobilière. A l’heure où chaque centimètre carré est devenu monnayable en milieu urbain, le modèle économique reste à inventer pour espérer, un jour, délaisser le supermarché.

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