Si les auteurs de bande dessinée ont parfois rêvé le futur, ils l’ont le plus souvent cauchemardé. Régimes totalitaires, conflits atomiques, catastrophes climatiques, mutations génétiques, monstrueuse pandémie… Tour d’horizon de ce que nous réserve (peut-être) l’avenir.

Les Mondes d’Aldébaran, Leo, éd. Dargaud, 1994
« Dès la page 10, toutes nos conventions sur ce que doit être une histoire de science-fiction en cases dessinées volent en éclats », écrit Jean Giraud Mœbius dans sa préface à l’édition intégrale. Mais derrière son graphisme réaliste et sans fioritures se cache l’une des plus belles sagas d’anticipation parues ces dernières années, peuplée de personnages forts et d’un bestiaire étonnant, qui pointe les dangers du totalitarisme politique et religieux.

Les Mondes d’Aldébaran, de Leo.
Les Mondes d’Aldébaran, de Leo.

 

Orbital, Sylvain Runberg et Serge Pellé, éd. Dupuis, 2006
Le bonheur pour tous et la paix universelle, c’est enfin pour demain ? Pas certain. Au XXIIIe siècle, une vaste confédération regroupe plus de 700 espèces issues de toute la galaxie. L’ONU a laissé place à l’Office diplomatique international (ODI). Mais le « vivre ensemble » apparaît toujours comme un long chemin de croix, en raison des préjugés et des antagonismes entre les peuples. Orbital traite de thèmes très actuels, comme l’immigration, le racisme ou les conflits entre intérêts économiques et préoccupations liées à l’environnement, dans la foulée de Valérian. L’optimisme en moins…

Orbital, de Sylvain Runberg et Serge Pellé.
Orbital, de Sylvain Runberg et Serge Pellé.

 

Les Derniers Jours d’un immortel, Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval, éd. Futuropolis, 2010
Un jour, peut-être, les humains pourront choisir l’immortalité. Il leur suffira de se fabriquer un clone d’eux-mêmes, un « écho », capable de durer une éternité et de générer à son tour des « échos ». Ce qui ne permettra pas pour autant de résoudre les interrogations existentielles sur la vie, la mort et le temps qui passe. Un album stimulant qui met en scène une communauté universelle qui regroupe les différentes espèces vivantes – qui ont parfois du mal à cohabiter – et dans laquelle les conflits sont réglés par une « police philosophique ».

Les Derniers Jours d’un immortel, de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval.
Les Derniers Jours d’un immortel, de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval.

 

Kanopé, Louise Joor, éd. Delcourt, 2014
En 2137, la Terre et ses 10 milliards d’habitants vont mal, très mal. Les ressources naturelles se sont taries. Lentement, la végétation s’est éteinte, les animaux ont disparu et les zones encore vierges ont été avalées par les mégalopoles. La conquête spatiale n’a ouvert aucune perspective. Il reste un seul endroit qui résiste encore à l’invasion des hommes. Un petit coin d’Amazonie où les rares espèces végétales et animales ont subi des mutations à la suite d’un accident nucléaire, et où une poignée d’anciens révolutionnaires, transformés en « éco-martyrs », survivent à l’écart du monde. Demain, tous zadistes ?

Kanopé, de Louise Joor.
Kanopé, de Louise Joor.

 

Sky Doll, Alessandro Barbucci et Barbara Canepa, éd. Soleil, 2011
Attention : les androïdes ne se contenteront pas toujours de nettoyer les vaisseaux spatiaux. Un jour, ils seront doués d’une forte personnalité, à l’image de Noa. Cette charmante poupée synthétique rêve de bonheur, refuse de laisser les autres décider à sa place et part en quête de ses origines. Entre Barbarella et bande dessinée de Miyazaki, Sky Doll plaide pour la liberté et rejette le conformisme. Une série nourrie par la critique de la Walt Disney Company et du catholicisme, deux cultures que les auteurs connaissent bien et auxquelles ils reprochent d’endoctriner les masses.

Sky Doll, de Alessandro Barbucci et Barbara Canepa.
Sky Doll, de Alessandro Barbucci et Barbara Canepa.

 

The Private Eye, Brian K. Vaughan et Marcos Martin, éd. Urban Comics, 2017

Et si, un jour, le cloud implosait, que se passerait-il ? Les secrets de chacun deviendraient accessibles à tous et les relations humaines seraient placées sous le signe d’une transparence insupportable. En 2076, pour préserver leur intimité, les habitants de Los Angeles prennent soin de se couvrir le visage d’un masque avant de sortir. Une réflexion sur les limites et les risques des technologies modernes, qui évoque la remarquable série télé « Black Mirror ».

The Private Eye, de Brian K. Vaughan et Marcos Martin.
The Private Eye, de Brian K. Vaughan et Marcos Martin.

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