Si les auteurs de bande dessinée ont parfois rêvé le futur, ils l’ont le plus souvent cauchemardé. Régimes totalitaires, conflits atomiques, catastrophes climatiques, mutations génétiques, monstrueuse pandémie… Tour d’horizon de ce que nous réserve (peut-être) l’avenir.

Futuropolis, Martial Cendres et René Pellos, éd. Glénat, 1937
Des milliers de siècles après les temps présents, le monde est devenu une immense banquise. Les habitants de Futuropolis vivent dans une atmosphère artificielle et une égalité parfaite. Mais, sous terre, d’autres humains, transformés en larves, forment le peuple de l’’Abîme… En 1937, inspiré par le Metropolis de Fritz Lang, Pellos (futur dessinateur des Pieds nickelés) imagine cette fresque d’anticipation. Publié dans le magazine Junior et accompagnée d’un texte de Martial Cendres placé sous les cases, Futuropolis marquera les esprits par sa mise en pages éclatée et novatrice.

Futuropolis, de Martial Cendres et René Pellos.
Futuropolis, de Martial Cendres et René Pellos.

 

The Long Tomorrow, Dan O’Bannon et Mœbius, éd. Les Humanoïdes Associés, 1976
C’est donc ça, l’avenir ? Des cités profondes creusées à même le sol et organisées en niveaux, où les habitants vivent dans des « conapts » et se déplacent à bord de véhicules qui flottent au-dessus du sol ? L’esthétique déglinguée de ce court récit inspirera le film Alien (dont le scénario sera écrit par Dan O’Bannon) et se retrouvera dans la saga de L’Incal, d’Alexandro Jodorowsky et du même Mœbius. L’idée des taxis volants sera reprise par Mézières dans l’album Valérian – Les Cercles du pouvoir et par Luc Besson dans son film Le Cinquième Elément.

The Long Tomorrow, de Dan O’Bannon et Mœbius.
The Long Tomorrow, de Dan O’Bannon et Mœbius.

 

RanXerox, Stefano Tamburini, Tanino Liberatore, Andrea Pazienza et Alain Chabat, éd. Glénat, 1978
Créé en 1978 sous le nom de Rankxerox, transformé en RanXerox à la suite d’une plainte déposée par une célèbre marque de photocopieurs, cet androïde évolue dans un univers marqué par la violence, les drogues et la décrépitude urbaine. Sans oublier la pollution : « L’atmosphère est tellement chargée d’oxyde de carbone qu’on peut presque entendre, dans les poumons des passants, le frou-frou des cellules cancéreuses qui prolifèrent allègrement. » Un graphisme ultraréaliste au service de la description d’un futur qui, espérons-le, restera fiction…

RanXerox, de Stefano Tamburini, Tanino Liberatore, Andrea Pazienza et Alain Chabat.
RanXerox, de Stefano Tamburini, Tanino Liberatore, Andrea Pazienza et Alain Chabat.

 

Nausicaä de la vallée du vent, Hayao Miyazaki, éd. Glénat, 1982
Avant de devenir un film d’animation à succès, Nausicaä a existé sous la forme d’une bande dessinée, écrite et illustrée dès 1982 par Hayao Miyazaki. Nourri par les préoccupations écologistes de son auteur, le récit attire l’attention du lecteur sur les dangers de l’industrialisation à outrance. Devenue un désert à cause de la pollution, la Terre est couverte d’une forêt de bactéries géantes qui répandent des vapeurs toxiques. Miyazaki exprime sa vision du monde en plaidant pour l’amour de la vie sous toutes ses formes et en dénonçant la tendance de l’être humain à saccager son environnement.

Nausicaä de la vallée du vent, de Hayao Miyazaki.
Nausicaä de la vallée du vent, de Hayao Miyazaki.

 

S.O.S. Bonheur, Jean Van Hamme et Griffo, éd. Dupuis, 1984
Les artistes doivent-ils être « sponsorisés » par l’Etat ? Les vacances de chacun doivent-elles être organisées par le gouvernement ? Même si ce recueil de nouvelles porte la marque de son époque (les années 80), des cabines téléphoniques au design des ordinateurs, les questions qu’il pose sont d’actualité. Van Hamme interroge le lecteur sur ses choix de société et sur les dérives de l’Etat-providence, dans la lignée du 1984 de George Orwell ou du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Une nouvelle « saison », écrite par Desberg et toujours dessinée par Griffo, a été publiée en novembre 2017.

S.O.S. Bonheur, de Jean Van Hamme et Griffo.
S.O.S. Bonheur, de Jean Van Hamme et Griffo.

 

Aquablue, Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, éd. Delcourt, 1988
Aquablue reprend un thème déjà développé par les auteurs de Valérian dans l’album Bienvenue sur Alflolol : l’écologie. Nao, un naufragé de l’espace, est recueilli par les pêcheurs de la planète qui donne son nom à la série et sur laquelle la nature est préservée. Mais quand des Terriens envisagent d’y installer un complexe industriel, l’avenir s’assombrit. Entre l’obsession du profit à tout-va et la volonté de défendre un mode de vie traditionnel, une série aux résonances très actuelles.

Aquablue, de Thierry Cailleteau et Olivier Vatine.
Aquablue, de Thierry Cailleteau et Olivier Vatine.

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