Tous les noms du design libanais qui clignotent aujourd’hui à l'international dépoussièrent, chacun à leur manière, les savoir-faire artisanaux.

Les designers au Liban : une affaire absolument à suivre !

Qu’il s’agisse de la première vague de designers ayant émergé dans la décennie qui a suivi la fin de la guerre civile, ou de nouveaux talents, The Good life a sélectionné pour vous le 10 designers au Liban à ne pas rater.

  • Nada Debs Elle a beau être la pionnière du design libanais contemporain, Nada Debs est d’une modestie rare. Elevée au Japon, formée à l’architecture aux Etats-Unis, la jeune femme a commencé sa carrière à Londres avant de s’installer à Beyrouth, en 2000. Ses créations nouent une conversation cultivée entre épure japonaise et géométrie ornementale arabe : marqueteries de nacre sur noyer et chêne, inclusions en Plexiglas, béton sculpté dialoguant avec la feuille d’or, fines lignes en étain fondues à même un plateau en olivier massif… Cette discrète pasionaria du design-fusion incarne, de façon très personnelle, ce multiculturalisme élégant qui fait toute la richesse du Liban. En travaillant avec les meilleures artisans levantins, Nada Debs contribue à leur survie, à l’instar de la haute couture, en France, avec les métiers d’art.
Nada Debs.
Nada Debs. DR

  • Karen Chekerdjian Formée au design industriel, Karen Chekerdjian a su bâtir son aura de designer radicale en s’appuyant sur les savoirs-faire artisanaux locaux. Intransigeante sur les détails, elle a réussi à convaincre les dinadiers que « less is more ». Un combat de chaque instant, couronné par la sobriété parfois brute mais toujours raffinée de ses créations qu’il s’agisse de plateaux en métal martelé ou de séries limitées de mobilier. A Miami, Bâle ou Dubaï, sa chaise longue Living Space III et ses tables minimalistes Iqar et Terra Continens ont imposé leur présence sculpturale, mais aussi leur ambition d’être des prises de parole critiques. Rebelle forever, elle a fermé sa boutique du centre-ville pour ouvrir un vaste studio dans le quartier encore en devenir de la Quarantaine, au moment même où sa table d’appoint Totem intégrait la collection du musée des Arts décoratifs, à Paris.
Karen Chekerdjian.
Karen Chekerdjian. DR

  • David/Nicolas Tout réussit en ce moment à David Raffoul et Nicolas Moussalem (David/Nicolas). Eminemment sympathique en dépit de son succès grandissant, le jeune duo star de la scène design libanaise est omniprésent à Beyrouth, Milan, Paris ou New York (Nilufar, Carpenters Workshop, Haymann Editions). Sur Instagram, le flux de photos du restaurant Kaléo (Beyrouth), dont ils ont récemment signé l’aménagement, ne se tarit pas : un parti pris graphique 100 % contemporain flirtant librement avec les années 40 – sans doute un hommage à Jean Royère qui, rappelons-le, a eu un atelier au Liban. Cherine Magrabi Tayeb ne s’y est pas trompée, puisqu’elle a confié, à David/Nicolas, l’intégralité de la décoration de son appartement parisien.
Le duo David/Nicolas.
Le duo David/Nicolas. DR

  • Carlo & Mary-Lynn Massoud Carlo Massoud, designer, et sa sœur Mary-Lynn, céramiste – dont les sculptures d’immeubles déglingués s’affichent même en papier peint hyperréaliste aux murs du restaurant Liza Beyrouth –, font partie, en solo ou en duo, de ces noms qui clignotent avec insistance sur le radar des collectionneurs, notamment depuis leur série limitée de tables et tabourets en bronze et céramique, Autopsy, présentée à l’Armory Show de New York. Cet hiver, on les croise partout où le design d’édition se montre : à Operae, la foire d’art design turinoise, pour Carlo, et à Beyrouth, pour Mary-Lynn, qui présente un solo show de totems coréalisés avec Rasha Nawan, à la galerie Carwan.
Carlo & Mary-Lynn Massoud.
Carlo & Mary-Lynn Massoud. DR

  • Bokja Bokja est né, en 2000, de la passion commune de Hoda Baroudi et Maria Hibri pour les textiles anciens et le mobilier vintage, couplée à une vision engagée du design. Leur atelier emploie des réfugiés qui s’appliquent à broder meubles et sculptures textiles et qui investissent parfois l’espace public. Juste retour des choses : la démarche solidaire de Bokja, joyeusement véhiculée par une esthétique boho chic, s’est imposée avec force aussi bien localement qu’internationalement. Deux exemples parmi des centaines : leur fauteuil Mimosa s’épanouit dans le boutique-hôtel Villa Clara, à Beyrouth, tandis qu’Angela Missoni a craqué pour la Bokja Bug, Coccinelle Volkswagen intégralement tapissée de patchworks de tissus anciens, qui occupait les rues de Milan lors du Fuorisalone 2010 (les bénéfices ont été reversés à diverses ONG). Les icônes du design tout comme les meubles les plus anonymes, rhabillés avec âme par Bokja, s’exposent régulièrement dans les concept-stores les plus respectés, Rossana Orlandi (Milan) et Merci (Paris) en tête.
Designers au Liban : le Bokja Bug de Bokja.
Designers au Liban : le Bokja Bug de Bokja. DR

  • Sayar et Garibeh Aussi talentueux que discrets, Stéphanie Sayar et Charbel Garibeh forment le nouveau duo prometteur de la scène design libanaise. Droop, leur lampe en verre soufflé bouche reposant sur un bloc de marbre ou de basalte, a eu les honneurs, en 2016, de la Starch Foundation, avant de 12 devenir l’une des pièces à succès de la toute première collection « OTC Edition » d’Over The Counter, et même de resurgir, cet automne, à la Beirut Design Fair ! Proposée l’an dernier, en édition limitée, pour House of Today, Juggler Table, leur desserte à mezzé élégamment déconstruite en laiton, marbre et céramique, a instantanément tapé dans l’œil des collectionneurs.
La Juggler Table, de Sayar et Garibeh.
La Juggler Table, de Sayar et Garibeh. DR

  • Anastasia Nysten Née à Ottawa d’une mère libanaise et d’un père finlandais, Anastasia Nysten a fait de l’hybridation de cultures son pain quotidien. Après avoir assisté Karen Chekerdjian, à Beyrouth, et Michael Anastassiades, à Londres, elle s’est installée à Dubaï, où elle est par ailleurs correspondante du magazine d’art et de design Selections. La première édition de la Beirut Design Fair vient de lui décerner un Talent Award pour son fauteuil Troll. Sorte de croisement entre l’assise informelle et ultraconfortable de l’iconique fauteuil poire Sacco, et les voluptueux coussins en velours ou en jacquard des diwans orientaux, Troll est avant tout une ingénieuse tentative de « smart design », puisque sa structure en noyer n’est autre que celle du modèle Cloak Chair – houssé de cuir, lui – conçu pour la biennale House of Today, en décembre dernier.
Cloak Chair de Anastasia Nysten.
Cloak Chair de Anastasia Nysten. DR

  • Georges Mohasseb Architecte et designer, Georges Mohasseb est un amoureux sincère du bois, qu’il travaille impeccablement avec des ébénistes de l’école Boulle – où il a lui-même étudié –, comme en atteste son banc Galet qui, en version XXL, a aimanté le regard de tous les visiteurs de la Beirut Design Fair, en septembre dernier. Dans un bel œcuménisme de matériaux, il se passionne également pour le laiton, qu’il traite presque comme de la broderie anglaise dans sa table Marguerite des sables, ainsi que pour la résine colorée parfaitement glossy avec sa série de tables d’appoint Avocado, aux pimpantes silhouettes fifties.
Banc Galet de Georges Mohasseb.
Banc Galet de Georges Mohasseb. DR

  • Marc Dibeh Formé à l’architecture, à Paris, et au design, à l’ALBA (Beyrouth), Marc Dibeh se partage avec autant d’enthousiasme entre les deux disciplines, même si, seule la pratique de l’architecture résidentielle lui permet réellement de vivre – une réalité économique qui n’est, hélas, pas exclusive au contexte libanais. Après avoir conçu Love the Bird, une lampe de chevet accueillant un sex-toy, et cosigné avec Marc Baroud, Wires, une collection détournant des matériaux strictement industriels, il a choisi de ressusciter avec fraîcheur l’esprit dolce vita du Beyrouth des années 60 avec Somewhere Under the Leaves, un siège-parasol deux en un, doté d’un auvent en rotin, imaginé pour la dernière biennale House of Today.
Siege Somewhere Under the Leaves, de Marc Dibeh.
Siege Somewhere Under the Leaves, de Marc Dibeh. DR

  • Khaled El Mays « J’ai toujours voulu faire des meubles, car c’est à cette échelle que je préfère travailler », affirme cet architecte, formé également aux arts digitaux au Pratt Institute, à New York. Pour House of Today, il a réinterprété l’an dernier la traditionnelle chaise de café en rotin Fishawy, du nom d’un célèbre café du Caire, cousine de celles de Thonet, en étirant ses proportions comme dans Alice au pays des merveilles. Khaled El Mays continue aujourd’hui d’explorer et de sophistiquer ce matériau vernaculaire, et en parallèle, ce créatif timide mais ultracultivé travaille, toujours autour du rotin, à la réalisation d’une pièce pour l’une des plus prestigieuses galeries italiennes de design de collection.
Chaise Fishawy, de Khaled El Mays.
Chaise Fishawy, de Khaled El Mays. DR

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