Idha Lindhag
The Good Escape

Connectée et écolo, Stockholm est-elle la cité idéale ?

Berceau de grandes entreprises multinationales et vivier bouillonnant de start-up, la capitale suédoise semble avoir réussi à concilier qualité de vie, développement économique et respect de l’environnement.

Stockholm, un ecosystème idéal pour les start-up

La ville a acquis une forte réputation d’innovation et d’entrepreneuriat, surtout dans le numérique. Ce serait la deuxième concentration au monde, derrière la Silicon Valley, de « licornes », ces start-up valorisées à plus de un milliard de dollars et qui ont moins de dix ans d’existence. Le goût pour la technologie en général et le numérique en particulier vient de la politique suédoise en la matière. Dans les années 90, le gouvernement a subventionné l’achat d’un ordinateur par les particuliers. « Cela a facilité et a généralisé l’adoption de la technologie par tout le monde. Des jeunes ont découvert l’informatique très tôt. Cela a favorisé l’émergence d’une génération d’entrepreneurs qui a servi de base à l’écosystème et qui apporte maintenant son expérience aux générations suivantes », raconte Joseph Michael, en charge des start-up et de la technologie à Invest Stockholm, l’agence de promotion économique de la ville. Grâce, notamment, à Ericsson et TeliaSonera, Stockholm a été la première ville au monde à déployer des infrastructures de téléphonie mobile, d’abord en technologie 2G, puis en 3G et en 4G. Elle dispose d’un banc de test pour la nouvelle génération de télécoms mobiles, la 5G, et ambitionne d’être à nouveau la première à déployer cette technologie à grande échelle. La municipalité a rapidement été équipée d’un réseau en fibre optique, et tous les appartements et maisons disposent d’une connexion à Internet très haut débit (THD).

La Stockholm School of Economics figure parmi les grandes écoles de commerce européennes.
La Stockholm School of Economics figure parmi les grandes écoles de commerce européennes.

Aujourd’hui, 18% de la population active est dans la high- tech. « Développeur » est devenu le métier le plus pratiqué. « Ce qui se passe à Stockholm en ce moment ressemble à ce qui s’est passé dans les années 90 à Stanford », remarque Robin Teigland, professeur au Centre pour la stratégie et la compétitivité à la Stockholm School of Economics (SSE). Américaine d’origine, elle a fait ses études aux Etats-Unis avant de venir s’installer à Stockholm, où elle vit depuis vingt-cinq ans. « Les gens créent des entreprises pour réaliser quelque chose, pas seulement pour gagner de l’argent. Ils cherchent plus à répondre aux besoins des clients qu’à faire un produit fun. » Les organigrammes sont plats, les gens s’appellent par leur prénom et se côtoient dans toutes sortes d’associations, de réseaux et d’écosystèmes. De fait, les échanges et le partage d’informations sont fréquents et faciles. La pause déjeuner peut donner l’occasion de discuter avec un investisseur ou un créateur d’entreprise rencontré par hasard. Tout cela contribue à entretenir un climat entrepreneurial efficace et à infuser l’innovation dans toutes les sociétés, pas seulement dans les start-up.

L’américaine Robin Teigland est professeur au centre pour la stratégie et la compétitivité de la Stockholm School of Economics.
L’américaine Robin Teigland est professeur au centre pour la stratégie et la compétitivité de la Stockholm School of Economics. Idha Lindhag

Stockholm : plusieurs domaines d’excellence

Electrolux illustre bien comment une entreprise globale et plus que centenaire peut continuer à innover en restant impliquée dans son environnement. Le fabricant d’électroménager, créé en 1901, vient de se doter d’une nouvelle direction, baptisée Global Connectivity & Technology. Celle-ci va travailler sur de nouveaux produits, objets connectés et autres applications, en partenariat avec les équipes chargées de la technologie, du design et du marketing. Electrolux collabore avec Ericsson sur les objets connectés ou avec Google pour son assistant vocal Google Home. Et bien que la Suède ne représente que 3% de son chiffre d’affaires (environ 12 milliards d’euros en 2016) et qu’elle ne compte plus qu’une seule usine dans le pays, Electrolux garde à Stockholm la R&D, le design et son siège social, où se côtoient chaque jour 1 300 personnes de 60 nationalités. La scène start-up de Stockholm se distingue dans quelques domaines d’excellence : la musique, les jeux et les fin-tech, pour citer les principaux. Du côté de la musique, Spotify devrait être introduite en Bourse avant la in 2018. La société, qui revendique 140 millions d’utilisateurs actifs par mois, a été valorisée à près de 12 milliards d’euros en juin 2017. De nombreuses sociétés ont vu le jour dans son sillage : Beats (rachetée par Apple pour 3 milliards de dollars en 2014), Auxy (composition de musique électro) ; Zound Industries (écouteurs Urbanears)… Le domaine des jeux a pris son essor avec trois sociétés phares nées à Stockholm et rachetées, depuis, par les géants du jeu : King, créateur de Candy Crush Saga, acquise par Activision, en février 2016, pour 5,9 milliards de dollars ; Mojang (Minecraft), rachetée par Microsoft, en septembre 2014, pour 2,5 milliards de dollars ; et Dice (Battlefield), rachetée par Electronic Arts, en 2006. Ces succès ont suscité des vocations. Selon les chiffres de la Swedish Game Industry, Stockholm comptait, en 2016, plus de 230 entreprises et studios de jeux vidéo, dont plus de la moitié ont été créés après 2010. Au total, ces entreprises emploient quelque 3 700 développeurs.

Un nombre élevé d’entreprises multinationales ont vu le jour et sont toujours implantées dans Stockholm, telle Ericsson, dont le siège social est situé dans le district de Kista.
Un nombre élevé d’entreprises multinationales ont vu le jour et sont toujours implantées dans Stockholm, telle Ericsson, dont le siège social est situé dans le district de Kista. Idha Lindhag

La fin des billets et des pièces

Autre domaine dans lequel Stockholm est particulièrement productive: les start-up de la finance, les « fintech », actives dans le paiement, la banque et le financement. Il faut dire que le pays a été le premier au monde à se doter d’une banque centrale, dès 1668. Et il espère être le premier à supprimer les billets et les pièces. Déjà, de nombreux cafés, restaurants et commerces de Stockholm affichent une pancarte « cards only ». Les plus connues – et les plus financées – sont Klarnaune solution de paiement en ligne qui permet à l’internaute de payer après qu’il a reçu sa commande ; iZettle, des boîtiers de paiement mobiles ; ou Trustly, une solution de paiement en ligne. Les fondateurs de Dreams ont choisi de développer une application d’épargne et de prêts. L’appli permet à l’internaute d’économiser, d’un simple glissement du pouce sur l’écran, sans changer de banque, et d’attribuer son épargne à un projet – un rêve – précis. « Nous voulons rendre simple et attractif quelque chose qui ne l’est pas pour l’instant », explique Henrik Rosvall, cofondateur et CEO. Lancée en septembre 2016, l’application a déjà séduit 80 000 personnes, des jeunes essentiellement et des femmes (60%). Corollaire de la dynamique créatrice qui s’est emparée de Stockholm, le marché de l’emploi se tend sur certains métiers. Certains parlent même de « guerre des talents » entre grands groupes et start-up. « Il faut relativiser. Certes, on a du mal à trouver tous les ingénieurs dont on a besoin et leur salaire a quasiment doublé depuis 2010, mais le recrutement reste moins difficile et moins cher en Suède qu’à Bangalore », souligne Alan Mamedi, cofondateur et CEO de Truecaller

Alan Mamedi, cofondateur et CEO de Truecaller.
Alan Mamedi, cofondateur et CEO de Truecaller.

Cette application, créée en 2009, identifie l’auteur d’un appel sur mobile. Elle a séduit 250 millions d’utilisateurs, principalement en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique et aux Etats-Unis. Truecaller emploie 90 personnes, dont 70 à Stockholm et 20 en Inde. Afin de pérenniser cette dynamique, la ville multiplie les initiatives pour attirer de nouveaux venus qu’elle espère fidéliser. Certains des 270 000 réfugiés que le pays a accueillis entre 2014 et 2016 s’installeront dans la capitale. Eux-mêmes ou leurs enfants y créeront de nouvelles entreprises, comme les parents kurdes iraniens d’Alan Mamedi qui ont, un jour, décidé de s’installer dans cette ville au bord de la mer Baltique.

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