William Beaucardet

Julien Carette : « Think collective » chez Havas

C’est un fidèle, un « 100% maison » que Yannick Bolloré est allé chercher en interne pour lui confier la présidence d’Havas Paris, l'agence combative que le groupe Havas, fraîchement racheté par Vivendi. Gros plan sur un dingue de ciné. Une valeur montante de la pub.

Quand on tape « Julien Carette » dans Google, c’est la star française du cinéma des années 30-40, le roi des seconds rôles qui apparaît en premier. « Ça rend modeste ! » commente, dans un éclat de rire, le publicitaire de 40 ans. Mais ce que n’a pas fait son homonyme – passer du second au premier rôle –, Julien Carette le réalise maintenant, lui qui vient d’être nommé président d’Havas Paris (la brillante numéro deux d’Havas cartonne avec 80 millions d’euros de marge brute) dans un contexte de profond remaniement de la direction du groupe. Ancien directeur général d’Havas Paris jusqu’au départ – bruyant – d’Agathe Bousquet vers les hautes sphères de la rivale Publicis en septembre dernier, Julien Carette entend bien influer sur la destinée d’une agence dont il hérite avec cette contrainte de faire au moins aussi bien que celle qui l’a précédé.

Julien Carette, Président Havas Paris & Havas Events.
Julien Carette, Président Havas Paris & Havas Events. William Beaucardet

Handicap ou défi? Ce juvénile en costume-cravate balaie l’argument : « Faire la même chose qu’avant ne serait pas très excitant. Impossible, d’ailleurs. Il reste tant à inventer ! Le marché change à une vitesse folle et nous devons réorganiser notre appareil productif pour réussir, notamment, le mix entre culture créative et réseaux sociaux. L’instantanéité de la com d’aujourd’hui nous enjoint de diffuser en une heure un film ou une animation qui, auparavant, demandait quinze jours. Une révolution copernicienne pour notre métier ! » Son culte du collectif a clairement joué en faveur de sa nomination suprême. Il n’a guère de rival pour animer des gens très différents, les faire travailler dans la même direction. « Havas, c’est l’anti-modèle pyramidal. Une personne seule ne peut pas être aussi performante que l’addition de six ou sept individus bien articulés », assène Julien Carette dans l’ambiance tamisée du Royal Monceau où il enchaîne ses rendez-vous. Et tant pis si certains équipiers véloces, comme Christophe Lichtenstein, désormais patron de l’agence Romance, ont pris le large pour s’épanouir sous d’autres climats plus propices à leur talent singulier. Non sans une pointe d’humour, l’homme de pub remercie sa sœur aînée d’avoir respecté cette tradition familiale où « tout le monde est médecin » – père cardiologue, mère psychiatre – en devenant elle-même endocrinologue, ce qui lui a laissé tout le loisir de faire médecine buissonnière en optant pour « quelque chose tournant autour des médias ».

Parcours

  • 1997 : diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Bordeaux.
  • 1998 : diplômé en finance et marketing à l’université d’Uppsala, en Suède.
  • 1998-2002 : en charge du développement du réseau régional, puis du new business Europe d’Euro RSCG.
  • 2002-2011 : directeur du développement d’Euro RSCG C&O (future Havas Paris),
    puis directeur général adjoint en charge de la communication interne.
  • Depuis 2008 : intervenant à l’ESSEC, chaire Communication et stratégies de marque.
  • 2011 : président d’Havas Event, l’agence de communication événementielle d’Havas en France.
  •  2012 : directeur général d’Havas Paris.
  • 2017 : président d’Havas Paris.

Julien Carette : « une culture de la gagne »

On trouve dans son parcours hors CV des années 90 un job de guitariste dans un groupe de rock, l’organisation d’un festival de courts métrages, où il savait surprendre en programmant de futurs cinéastes confirmés, comme Eric Rochant et Jim Jarmusch. Un côté Blues du businessman qui n’a pas empêché le dirigeant, marié et père de deux enfants, dont la vie familiale est ancrée à Vincennes, de grandir chez Euro RSCG (future Havas) par la voie très rationnelle de la « direction du développement », où sa contribution active à la conquête des budgets (EDF, Orange, Alcatel-Lucent, Capgemini…) n’est pas passée inaperçue. Mais c’est d’Havas Event, l’agence événementielle qu’il préside depuis 2011, parallèlement à ses fonctions de directeur général adjoint puis de directeur général d’Havas Paris, dont Julien Carette est le plus fier. Cinq années de révolution culturelle ont fait passer Havas Event de petite structure à la dérive à l’agence la plus compétitive de son secteur, avec une marge brute qui s’est envolée de 7 à 15 millions d’euros et des effectifs qui ont plus que doublé. « L’événementiel est un métier qui s’appréhende par une culture de la gagne. Sa performance peut devenir clairement inspirante et exemplaire pour Havas Paris. » Et de citer l’exemple des Journées particulières LVMH, un événement qui offre 45 minutes d’exposition à une marque quand un annonceur doit débourser 300 000 euros pour 30 secondes de publicité classique sur une grande chaîne en prime… Cette sphère de l’événementiel s’affirmerait-elle comme la nouvelle donne du marché publicitaire ? Un signe : BETC, l’autre pépite complice-rivale du même groupe, vient à son tour de lancer sa propre filiale du genre, BETC Los Angeles. «  L’entertainment est un levier de culture et d’expérience de marque exceptionnel », insiste Julien Carette. Une tendance que le groupe Havas, musclé par la force de frappe « divertissement » de Vivendi, devrait intégrer à vive allure.

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