Avec ses cépages spécifiques et sa grande variété de terroirs, le vignoble alsacien se démarque des autres régions françaises. Entre biodynamie, grands crus et esprit coopératif c'est le terrain de prédilection du gewurztraminer.

Des contreforts des Vosges à la plaine du Rhin, le vignoble alsacien s’étire sur des collines parfois très pentues et donne, fait inhabituel en France, des vins, dont le gewurtz, qui portent le nom des cépages locaux. Comme souvent en France, l’histoire de ce vignoble remonte aux Romains. Au fil des siècles, la viticulture s’est étendue à des parcelles de plus en plus escarpées pour profiter d’un ensoleillement optimal. Avec un succès tel que le vin, produit en excès certaines années, était employé pour humidifier le mortier des bâtiments. Mais l’histoire du vignoble alsacien est aussi marquée par des phases plus sombres : certaines récoltes furent entièrement détruites par des attaques de chenilles, par le phylloxéra et par de nombreuses batailles, qu’elles soient menées par les troupes de Napoléon ou par les armées allemandes. Pendant plusieurs siècles, les conflits entre les deux riverains du Rhin ont conduit l’Alsace à passer d’un côté ou de l’autre de la frontière. Les vignobles sont à une trentaine de kilomètres de celui qui fut longtemps l’occupant et qui a laissé quelques souvenirs dans la région, dont certains cépages.

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Affirmer l’identité des vins

Autant d’aléas qui n’ont pas empêché les vignerons de commercialiser leurs vins, souvent avec succès, comme en témoignent quelques maisons de style Renaissance encore visibles lorsqu’on emprunte la route des vins d’Alsace. Grâce au transport fluvial sur l’Ill et le Rhin, la région est prospère et les taxes sur les vins sont extrêmement lucratives pour les municipalités, les monastères et les seigneuries. Dès le XVIe siècle, les premières réglementations apparaissent, notamment sur les cépages utilisés – parmi lesquels on trouve déjà le traminer (aujourd’hui appelé gewurztraminer), le muscat ou le riesling –, leur culture et leur vinification. Des règles sévères pour l’époque, mais qui témoignent de la volonté d’affirmer l’identité des vins et de garantir leur qualité. Face au succès de leurs vins, les propriétaires des XVIIe et XVIIIe siècles n’hésitent pas à dépasser les limites fixées pour la viticulture et créent une production à deux étages : des vins ordinaires pour répondre à la demande de masse, tandis que les coteaux abritent des vignes destinées à produire des vins de qualité. Las, à produire essentiellement des vins acides, issus de cépages productifs mais sans identité, la qualité baisse, les prix chutent. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, les producteurs doivent réagir pour sauver leurs vignes. Les vignerons alsaciens décident alors de créer l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), qui va leur permettre de renouer avec la qualité. Celle-ci se concrétise en 1962 par la reconnaissance de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) Alsace et de l’AOC Alsace Grand Cru en 1975.

Riesling, sylvaner, muscat, gewurzt… En Alsace, les cépages blancs sont les rois.
Riesling, sylvaner, muscat, gewurzt… En Alsace, les cépages blancs sont les rois.

Riesling, gewurtz, sylvaner : une incroyable variété

Mondialement reconnus pour leur finesse et pour leur élégance, les vins d’Alsace sont pourtant souvent méconnus en France, hormis des amateurs d’arômes riches et complexes. Il faut dire que la diversité des cépages et des expressions a tout pour troubler le néophyte qui peut avoir tendance à se mélanger les pinceaux devant tant de variété. Une seule certitude : seul le pinot noir permet de réaliser des vins rouges, qui ne représentent que 10 % de la production. Car en Alsace, les cépages blancs sont les rois, que ce soit le riesling, le sylvaner, le muscat, le pinot gris ou le gewurztraminer. Ce dernier est sans doute le plus célèbre, avec ses caractéristiques aromatiques exceptionnelles. Tout ce que la création compte de fruits, de fleurs et d’épices semble s’être réuni dans un seul cépage, dont les vins évoluent au fil des terroirs particuliers, notamment dans les grands crus qui ne représentent pourtant que 4 % de la production. Souvent considérés comme « sucrés », ces vins méritent pourtant qu’on les redécouvre, pourquoi pas en les associant différemment que par le passé. Oubliez donc les desserts et essayez un gewurtz avec un poulet rôti ou un plat asiatique peu épicé… Succès garanti !

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