Tondue sur un mouton australien, triée en Nouvelle-Zélande, achetée par un négociant sud-africain, lavée et peignée en Chine, filée au Portugal, tricotée au Bangladesh ou en Italie... La laine de vos chandails a souvent fait le tour du monde avant que ces derniers ne rejoignent vos armoires.

Directeur général de The Woolmark Company pour les régions de l’Ouest, Stuart Ford se réjouit de l’envol des cours de la laine qui fait nos chandails (11,50 €/kg de laine lavée, selon l’Eastern Market Indicator australien, soit +1 €/an en sept ans). Les raisons de ce rebond « Le marché croît grâce au désir du consommateur pour un produit naturel, analyse Stuart Ford. La demande a grandi, notamment en Europe. Depuis peu, la laine est aussi prisée pour les vêtements sportifs, car elle ne prend pas les odeurs. Par exemple, la fibre Optim [produit Woolmark, NDLR], issue de la recherche, offre un bon isolant et supporte l’humidité. De plus, la laine australienne, très fine, a un toucher doux et c’est une matière biodégradable. » Certes, il existe 500 races de moutons et autant de qualités de laine, mais l’Australie est le premier producteur de laine mérinos, la plus employée pour l’habillement (350 millions de kg/an, pour un chiffre d’affaires à l’export de 2,42 milliards d’euros). Financée par 55 000 acteurs, dont une majorité d’Australiens, la Woolmark, société à but non lucratif, est son meilleur avocat. Chapeautée par l’International Wool Textile Organisation (IWTO), elle pèse de tout son poids sur la promotion internationale et impose les critères de qualité internationaux – jusqu’à la qualité des pâturages –, auxquels doit souscrire l’ensemble de la filière. Le logo « Woolmark », signe d’une laine de première qualité, se mérite !

Le groupe Montagut a trouvé la parade grâce à son savoir-faire industriel en maille fine 100 % mérinos, à sa créativité et à ses procédés certifiés.
Le groupe Montagut a trouvé la parade grâce à son savoir-faire industriel en maille fine 100 % mérinos, à sa créativité et à ses procédés certifiés.

Deux questions à Dalena White, Secrétaire générale de l’International Wool Textile Organisation (IWTO).

The Good Life : Quel est le rôle de l’IWTO ?
Dalena White : L’IWTO est une organisation à but non lucratif, qui a obligation envers ses membres – parmi lesquels la Woolmark –, de se concentrer sur les règlements commerciaux de la laine. Elle coordonne la recherche scientifique sur des sujets clés tels que la durabilité, le bien-être des moutons et la biosécurité. De plus, elle impose les normes dans l’industrie textile de la laine et représente les intérêts de ce secteur depuis 1930. Elle développe également de nouvelles applications pour la laine et les commercialise auprès des détaillants et des gestionnaires dans le monde entier. Enfin, IWTO lance des campagnes marketing, des projets axés sur les concepteurs et des prévisions de tendances.

TGL : Qu’est-ce qui explique le prix du kilo de laine ?
D. W. : Il est fonction de son utilisation, pour l’ameublement ou pour le textile, et dépend aussi de sa variété, de sa finesse et du pays dans lequel la laine est vendue. Notez que la production de laine utilisée dans l’habillement a augmenté de 1,1%, principalement en raison de la hausse de la production en Australie. Après cinq années d’augmentation consécutives, la production de laine utilisée dans les textiles d’intérieur a très légèrement diminué en 2015 (–0,1%). Comme l’indique le rapport 2015 d’IWTO, la production mondiale de laine d’habillement semble s’être stabilisée
au cours des huit dernières années, après avoir régulièrement diminué au cours des années 90 et pendant la majeure partie des années 2000.

Chandails : la qualité mérinos

Certes, le bobo écolo ose parfois le piquant gilet en shetland (ces ruminants vénérés dans les îles écossaises du même nom et au Royaume-Uni en général, dont la toison fait aussi les meilleurs tweeds). Mais la peau supporte mieux la longue et fine fibre prélevée sur le mouton de race mérinos. Elevé dans les fermes d’Australie (l’Afrique du Sud ou la Chine produisent également une laine mérinos de qualité), il est tondu par son éleveur, qui procède, sur place, à un premier tri, car l’animal ne génère pas le même poil sur les pattes, la tête ou le corps. Ensuite, la matière est testée en laboratoire afin d’en évaluer la finesse, la couleur (blanche, de préférence), la longueur et la taille en microns. Un brin de 15 microns représente le top, même si le 19-microns reste le standard utilisé en mode. Pour finir ce cycle, la laine est alors lavée puis peignée… en Chine.

Les chandails : ici un modèle de la marque Six & Sept.
Les chandails : ici un modèle de la marque Six & Sept.

Notre futur pull léger, douillet et créatif a encore du chemin à parcourir jusqu’au tricotage ! Car, débarrassée de son suint, qui l’imprègne naturellement, de la terre et de débris de végétaux, la laine doit maintenant être achetée par des négociants. Ils sont entre cinquante et soixante dans le monde, dont Olivier Segard, à la fois courtier, négociant et transformateur. Il est le président de la société Segard Masurel, fondée à Tourcoing en 1846, dont l’activité consiste à établir un lien entre l’élevage de moutons et l’industrie textile. Acteur majeur de la filière lainière internationale, l’entreprise a des bureaux dans les principaux pays producteurs : à Port Elizabeth, en Afrique du Sud, à Melbourne, en Australie, ou encore à Wellington, en Nouvelle-Zélande. « En 2015, la production mondiale totale de laine s’élevait à 1 160 millions de kilogrammes. Un kilogramme de laine fine d’Australie pèse 700 g après lavage. Notre entreprise traite de 30 à 35 millions de kilogrammes de matière première par an », chiffre Olivier Segard. Ses clients, des industriels, exigent des quantités et des caractéristiques spécifiques, aussi les négociants ne peuvent-ils jamais les fournir en une fois.

Chandails : un long processus

« Si l’un d’eux réclame 50 tonnes de laine, précise Olivier Segard, nous allons devoir acquérir le produit directement auprès de 300 éleveurs différents. On n’achète jamais au même moment : les fermes sont éparpillées, les moutons ne sont pas tondus le même jour. Entre-temps, les cours de la monnaie et de la laine varient. Puis, nous formons, assemblons et mélangeons de petits lots envoyés partout dans le monde. Ainsi, entre le moment de la tonte et celui où le consommateur achète son pull, il peut se passer plus d’un an. » Voici donc notre laine enfin livrée pour le cardage et le peignage, selon l’usage qu’on souhaite en faire. Le cardage consiste à brosser vigoureusement les fibres pour en retirer encore des débris et pour les paralléliser – un démêlage approfondi. Le peignage, lui, parallélise également, tandis qu’une noria de peignes de plus en plus fins ôtent toute impureté, y compris les fibres les plus courtes.

Chez Eric Bompard le cachemire le plus fin est un 2-fils, mais il existe des pulls exceptionnels en 48-fils !
Chez Eric Bompard le cachemire le plus fin est un 2-fils, mais il existe des pulls exceptionnels en 48-fils !

« On obtient alors un ruban dont le filateur tirera un fil qu’il torsadera, et auquel il apportera son degré de finesse. Un spécialiste de la jauge fine pourra, par exemple, exécuter le titrage 2,48 – soit 48 m de fil d’un poids total de 1 g ! Il va ensuite le donner au tricoteur chargé d’élaborer le pull de vos rêves, ou au tisseur qui le tissera en chaîne et trame pour en faire de la toile à costume ou pour l’ameublement», ajoute le négociant en laine. Ces étapes expliquent que même un simple bonnet aura fait un fabuleux voyage avant de nous taper dans l’œil !

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