Il avait été bouleversant de maîtrise et de sensibilité dans son avant-dernier album. Arcadi Volodos revient avec des œuvres tardives de Brahms pour piano, tout aussi intenses, et une tournée internationale qui l'a porté jusqu'à Toulouse le 22 septembre dernier.

The Good Life a pu rencontrer Arcadi Volodos avant un concert. Interview.

The Good Life : Arcadi Volodos, vous avez choisi d’interpréter quatre pièces extraites de l’opus 76, mais aussi des pièces plus tardives, des opus 117 et 118

Arcadi Volodos : Au début, je voulais enregistrer l’opus 116 aux côtés des 117 et 118. Finalement, j’ai eu envie de montrer l’évolution de Brahms. L’opus 76 est son premier cycle. Quant à l’opus 118, je l’ai beaucoup joué en concert, et mon interprétation a elle aussi évolué. Le dernier intermezzo de l’opus 118 est la seule œuvre pour laquelle Brahms aborde le thème du Dies irae, le thème de la mort, de la solitude, de la tristesse, de la tragédie de la vie. C’est l’une des œuvres les plus sombres que je connaisse.

TGL : Ce sont des œuvres que vous jouez depuis longtemps…

Arcadi Volodos  : Avant d’enregistrer un disque, j’ai besoin d’avoir fréquenté les œuvres de longues années durant. Il faut que cela ait du sens ; le disque ne doit pas être un produit marketing. On doit vivre avec les œuvres. Elles ont tellement été enregistrées que les interprètes qui les réenregistrent ont davantage de responsabilités que par le passé. Et puis, j’ai besoin de laisser les œuvres « reposer ». J’ai besoin de retourner sur celles que je n’ai pas jouées pendant des années. Je les rejoue comme si c’était la première fois. Tout est déjà quelque part, mais c’est comme si c’était nouveau. J’ai besoin de voyager longtemps avec les morceaux.

TGL : Les pièces pour piano de votre dernier disque sont des œuvres brèves. Comment fait-on pour recréer en peu de temps des univers aussi changeants ?

Arcadi Volodos  : Toute une vie, c’est trop court pour jouer cette musique. Une seule page de Schubert est plus importante que toute ma vie entière. Nous passons notre existence à réfléchir au tempo, à la manière de jouer ces œuvres. C’est un processus constant. Je réfléchis tout le temps à la manière de jouer. Je ne peux pas arrêter.

TGL : Vous jouez les dernières sonates de Schubert en concert et les œuvres tardives de Brahms en concert et dans vos albums. Etes-vous plus particulièrement attiré par ce répertoire tardif ?

Arcadi Volodos : Effectivement, ces dernières œuvres sont souvent douloureuses. Et il est vrai que, les années précédentes, je me suis consacré au dernier Schubert, au dernier Brahms, mais également à Schumann et à Beethoven. Du reste, cet enregistrement des dernières œuvres de Brahms a été très éprouvant. Tout comme l’album consacré à Mompou. Mais je vais revenir à la musique russe. A Rachmaninov, que j’adore, et à Scriabine.

TGL : Revenons justement à ce disque consacré au compositeur espagnol Federico Mompou. On pourrait le rapprocher de votre disque de Brahms en raison de son côté intimiste et de la brièveté de certaines œuvres. Comment en êtes-vous venu à interpréter cette musique ?

Arcadi Volodos  : Je n’ai jamais réfléchi à un lien pouvant exister entre ces deux albums. Ce sont des univers très différents. Mompou n’appartient pas à un monde européen. C’est autre chose. Je l’ai découvert chez un ami, à Barcelone. Le premier morceau que j’ai écouté, c’était El Lago. C’était l’esprit d’un Debussy ou d’un Ravel espagnols. Ma véritable expérience avec Mompou s’est produite un peu plus tard, quand j’ai commencé à écouter Música Callada, cette musique minimaliste. Mompou disait: « Je ne compose pas, je décompose. Je retire des notes. » On doit faire un long chemin pour écouter cette musique, comme une longue marche en montagne destinée à découvrir une petite rivière. Mompou voulait détruire la différence entre la sonorité et le silence.

TGL : Dans le texte qui accompagne votre dernier disque, vous rendez hommage à des pianistes comme Arthur Schnabel ou Emil Gilels. On sait par ailleurs votre admiration pour Sviatoslav Richter… 

Arcadi Volodos : Je ne l’ai pas connu personnellement, mais je l’ai écouté en concert. La première fois, j’avais 17 ans. C’était à Moscou. Il jouait du Bach, après une opération du cœur. Je ne joue pas Bach en public… Comme le disait le grand pianiste Vladimir Sofronitzky, « je n’ai pas assez grandi »… Pour en revenir à Richter, quand il jouait, c’était hypnotique ; on le ressent aussi dans ses enregistrements. Je l’ai aussi écouté jouer Miroirs, de Ravel. C’était comme un regard sur la vie, posé de l’autre côté de la vie. Il jouait avec de merveilleux pianissimi.

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