Plutôt discrète jusqu’à présent, une fois désignée capitale européenne de la culture 2017, Aarhus a lâché les chevaux et multiplie espaces culturels et quartiers futuristes. Ici, le "hygge" est la recette du bonheur à la danoise. Vous devriez aller voir !

Aarhus : des immeubles iceberg

Pour loger tout ce petit monde, à Aarhus, c’est encore côté port qu’on s’est tourné. Une opération foncière, financée par un fonds de retraite danois, s’est emparée d’un ancien terminal de conteneurs pour le transformer en un quartier neuf, à l’architecture durable, prêt à accueillir 7 000 habitants, des commerces et des bureaux pour 12 000 emplois. Et 70 millions d’euros ont été investis, dont 32 pour des logements qui cultivent la mixité : un tiers a été acquis par des investisseurs et mis à la location, un tiers a été vendu à des prix abordables, et un tiers sont de très beaux duplex avec terrasses. Notamment pour l’iconique programme Isbjerget, du Franco-Belge Julien De Smedt.

Le programme Isbjerget (iceberg) se compose d’immeubles immaculés à la silhouette acérée, agrémentés de balcons bleu turquoise.
Le programme Isbjerget (iceberg) se compose d’immeubles immaculés à la silhouette acérée, agrémentés de balcons bleu turquoise. Vasantha Yogananthan

200 appartements répartis dans des immeubles immaculés, hérissés de pointes acérées comme celles d’un iceberg, une forme dessinée par les architectes de JDS, à Copenhague, de Cebra, basé à Aarhus, de SeARCH, à Amsterdam, et de Louis Paillard, à Paris, qui répond aux contraintes climatiques du Grand-Nord : lumière de tous les côtés Ses balcons en verre bleu turquoise, ses pans coupés et ses descentes à pic ont fait de cette nouvelle skyline l’une des attractions touristiques de la ville. Prix d’un appartement de 137 mètre carré : 4 millions de couronnes, soit environ 4 000 euros/m2. De quoi faire rêver un Parisien ! Et plus encore le jardin communautaire, étalé à ses pieds. « Je paie 300 couronnes [40 euros, NDLR] par an pour mon lopin de terre avec vue sur la mer », raconte Eva, fière de ses radis et de ses salades. 

A Aarhus, au pied des immeubles du vaste programme immobilier Isbjerget, les habitants peuvent disposer d’une portion de jardin communautaire pour la modique somme de 40€ par an.
A Aarhus, au pied des immeubles du vaste programme immobilier Isbjerget, les habitants peuvent disposer d’une portion de jardin communautaire pour la modique somme de 40€ par an. Vasantha Yogananthan

Pour l’instant, seul le vent souffle entre les immeubles, et les espaces verts promis ne sont pas encore plantés. On sent bien que toute la cité est un work in progress. Comme toutes les capitales européennes de la culture, elle est en retard ; la ligne de tramway, par exemple, devrait être achevée, avec un peu de chance, en septembre. Et si, lorsqu’on arrive à Aarhus, on ne sent pas la même énergie que celle qui se dégageait en 2004 à Lille ou en 2013 à Marseille, c’est peut-être affaire de tempérament. « Let’s rethink » (repensons), le thème choisi par les citoyens d’Aarhus pour cette année spéciale, parle de diversité, de démocratie et de développement durable plus que de rendez-vous spectaculaires. Les 400 événements annoncés comprennent une vaste épopée sur les Vikings (jouée en danois), un parcours de jardins dans la ville et un grand repas pour 500 convives, imaginé par des scientifiques et des chefs du monde entier autour de nos repas du futur. Plus intéressants sont les aménagements de fond qui bouleversent la ville : l’ancienne gare routière, qui abrite désormais un grand « marché » de street food (www.aarhusstreetfood. com), le réaménagement piétonnier du centre-ville, où tous les parkings ont été supprimés et remplacés par un parking entièrement robotisé sous la nouvelle bibliothèque… Toute proche de la zone des musées et du somptueux hôtel de ville signé Arne Jacobsen, une ancienne zone de fret est devenue un vaste espace convivial : Godsbanen. On y vient pour le marché aux puces, on s’y promène entre ateliers d’artistes, studios d’architectes et start-up, on grimpe sur l’immense toit-terrasse incliné pour assister à des concerts et participer à de grands pique-niques. Est-ce donc là le fameux « hygge », cet art de vivre qui implique d’envisager son quotidien en fonction des autres ? A la fac, par exemple, chaque semaine, un étudiant apporte du gâteau pour toute la classe 

L’ancienne gare routière abrite un grand « marché » de street food où il est possible de goûter à différentes cuisine du monde.
L’ancienne gare routière abrite un grand « marché » de street food où il est possible de goûter à différentes cuisine du monde.

Aarhus en chiffres

  • Superficie : 91 km2
  • Population : 33 5000 habitants en 2016
  • Métropole : 1,4 M d’habitants
  • Densité : 356 personnes au km2
  • Etudiants : 60 000, soit 1 habitant sur 5
  • Chômage : 4,2%
  • Natalité : 4 720 bébés en 2016

 

Dans le sillage de Copenhague et de la famille « Noma », Aarhus s’est inscrit sur la file d’attente du guide Michelin. Ambassadeur gastronomique de la ville pour 2017, le chef Wassim Hallal s’amuse à prétendre qu’« il s’y ouvre un restaurant chaque minute ». Peut-être pas, mais les adresses étoilées ont commencé à fleurir il y a environ trois ans et se multiplient effectivement assez vite. Frederikshoj, Gastromé, Domestic et Substans tiennent le haut du pavé avec une étoile, talonnés par Hærværk et Pondus, tandis que le jeune Philip Dam Hansen fait venir pour sa table Sart, les légumes et le porc de sa propre écoferme Troldgarden. Attendez-vous à déguster partout un menu unique, écologique et locavore. Mieux vaut aimer le cru et le smorrebrod, l’incontournable de chaque repas : une tranche de pain noir et compact, couvert de garnitures plus ou moins créatives, un sandwich ouvert qui vous cale en quelques bouchées, réinventé par les chefs en versions rock’n’roll. Alors, Aarhus, ville la plus heureuse du monde, comme on le prétend là-bas fake ou réalité ? Une chose est sûre : la discrète, celle qui se cachait dans l’ombre de la brillante Copenhague, commence à assumer ses charmes, prête à briller de tous ses feux sur le devant de la scène.

Le restaurant Domestic (une étoile Michelin) propose une cuisine gastronomique composée essentiellement de produits locaux.
Le restaurant Domestic (une étoile Michelin) propose une cuisine gastronomique composée essentiellement de produits locaux.

 

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