Il est timide et pudique. Il est né à Marseille d'une famille Corse. Il a été le directeur artistique du magazine masculin Lui pendant 40 ans. Il a donné un second souffle à la photographie de genre et dialogué avec les plus grands photographes de sa génération... A l'aube de ses 78 ans, un bel hommage est rendu à cet artiste au sens esthétique affûté à travers un ouvrage éponyme de photographies de charme.

Éloge de la féminité. Françis Giacobetti a longtemps promené son regard bienveillant, drôle et aimant sur les femmes de son époque. Son livre à paraître en octobre 2017 est une oeuvre picturale. Une chronique en image d’un nom aujourd’hui élevé au panthéon des grands de la photographie. Des clichés qui étendent le champ de création de la photographie érotique et donnent à voir une force esthétique particulière, en parfaite adéquation avec son époque.

“Giacobetti”, éd. Assouline, 2017.
“Giacobetti”, éd. Assouline, 2017. DR

En tant que principal contributeur du mensuel Lui en 1963 – date de création du mensuel et de l’avènement de la civilisation du nu impulsé par Jean-Luc Godard – le magazine va rapidement dépasser les frontières nationales. Si le succès de Lui tient bien sûr à des images sexy chic, snob, mode, elles révèlent un véritable artiste qui compose un monde avec élégance.

Sophie Duez, Bali, November 1982.
Sophie Duez, Bali, November 1982. Francis Giacobetti

La “pin-up” transcendée par le modèle français  

Avec son style baigné de kitsch et d’humour, Francis Giacobetti réinterprète la figure incontournable des “pin-ups”, les “filles qu’on épingle”. Des jeunes femmes plutôt déshabillées qui étaient placardées dans les baraquements des soldats de la Seconde Guerre mondiale. C’est le début de la photographie aguichante, plus sensuelle que pornographique, excitante mais socialement acceptable.

Calendrier Pirelli, Jamaïque, 1971.
Calendrier Pirelli, Jamaïque, 1971. Francis Giacobetti

L’image sublimée de la femme moderne

Des clichés américains, Giacobetti s’en détache complètement et mystifie dans un univers quasi fantastique ses créatures vivantes. Il met en valeur cette éthique de travail, aux antipodes de la photographie érotique, grâce à des sujets choisis pour leur féminité sans distinction basée sur un contexte socioculturel. Alors que Helmut Newton immortalise des célébrités à l’allure sportive et masculinisée, Giacobetti travaille également avec des vendeuses de chaussures, des boulangères ou des marchandes de journaux.

“Lisa Lyon”, Francis Giacobetti, Paris Studio, Lui Magazine, 1984.
“Lisa Lyon”, Francis Giacobetti, Paris Studio, Lui Magazine, 1984. Francsi Giacobetti

La posture adoptée par ses sujets met en lumière des femmes modernes émancipées. C’est cette image de la femme séductrice dans sa liberté que le photographe a voulu montrer.

Stones, Seychelles, Lui Magazine, 1981.
Stones, Seychelles, Lui Magazine, 1981. Francis Giacobetti

 

Francis Giacobetti, une technique peu orthodoxe 

« En photographie on dessine avec la lumière ; en maquillage avec les couleurs ».  Le secret de fabrication de l’artiste c’est la lumière. Avant que ces images ne soient reprises par des post publicitaires, il crée des contrastes en soulignant les traits de lumière sur la peau.  « Je suis un technicien de la lumière, c’est le plus important. C’est toujours moi qui n’en charge. Le reste, je n’y connais rien, je veux qu’on me donne un appareil qui marche, c’est tout. » Si l’artisan façonne ses images de ciels sombres dégradés ou de lunettes de soleil devant l’objectif, il n’y fait aucune retouche. Cette technique est doublée d’un choix du lieu qui est primordial « Les Bahamas, c’est un filtre idéal, d’ailleurs les filtres photos sont faits avec du sable»  explique-t-il.

Mode sous-marine, Bahamas, LuiMagazine, August 1980
Mode sous-marine, Bahamas, Lui
Magazine, August 1980 Francis Giacobetti

La fierté de l’artiste c’est sa série des Zébras. En 1983, il réalise la première photo monochrome “rayée”, acclamée par la critique. Mais 16 ans après, cette nouvelle technique à fait la notoriété d’un autre photographe de l’hexagone. C’est dans une ressemblance déconcertante du premier cliché de la série Zèbre, que Lucien Clergue réalise à New York une photo reprenant les codes de lumière naturelle de Giacobetti. Des œuvres picturales à regarder à plusieurs reprises pour savoir si il s’agit de peinture ou de photographie.  

“Zebra 0”, Francis Giacobetti, Paris Studio, February 1988.
“Zebra 0”, Francis Giacobetti, Paris Studio, February 1988. Francis Giacobetti

Un impair qui n’aura pas perturbé le photographe faisant la une des plus grands calendriers érotiques et continue de triompher dans la presse de charme. L’artisan à su expérimenter la beauté du corps humain par des procédés qui l’ont élevé au rang des maîtres de l’art.

“Zebra 17”, Paris Studio, June 1988.
“Zebra 17”, Paris Studio, June 1988. Francis Giacobetti

“Giacobetti”, textes de Jérôme Neutres, éd. Assouline, 305 pages, 95 €.

 

 

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