Oslo, capitale mondiale des voitures électriques

Avec une flotte de plus de 100 000 véhicules pour 5,2 millions d’habitants, la Norvège s’impose comme le pays qui concentre le plus grand nombre de voitures électriques proportionnellement à sa population.

A défaut de les entendre, on ne voit qu’elles. Facilement repérables grâce à leur plaque d’immatriculation commençant par « EV » ou « EK », les voitures électriques sont légion dans les rues de la capitale norvégienne. Parmi elles, la Nissan Leaf, la Volkswagen E-Golf et la fameuse Tesla Model S, omniprésentes. En 2016, avec 24 222 exemplaires, les voitures électriques représentaient 16 % du total des ventes. Un record mondial. Cette part s’élève à 29 % si on lui ajoute les 20 063 ventes de voitures hybrides rechargeables.

La Volkswagen E-Golf.
La Volkswagen E-Golf.

« Dès les années 90, le gouvernement a investi dans la promotion des voitures électriques afin de lutter contre les pollutions atmosphérique et sonore en milieux urbains, explique Sture Portvik, chef de projet pour les véhicules électriques et pour leurs infrastructures au sein de l’Agence de l’environnement urbain de la mairie d’Oslo. Quelles que soient les familles politiques, tout le monde a soutenu cette décision. Une unanimité qui a été essentielle, car elle a permis de créer de la cohérence et d’adopter une perspective sur le long terme. »

Sture Portvik, chef de projet pour les voitures électriques et pour leurs infrastructures au sein de l’agence de l’environnement urbain de la mairie d’Oslo.
Sture Portvik, chef de projet pour les voitures électriques et pour leurs infrastructures au sein de l’agence de l’environnement urbain de la mairie d’Oslo. Albertine Guillaume

Voitures électriques, la fin justifie les moyens

La mission d’origine s’est rapidement transformée en véritable profession de foi, dès lors que l’urgence de combattre le changement climatique a été établie. Durant les décennies suivantes, le gouvernement a mis en place un vaste plan de séduction à l’échelle nationale, pour lequel des mesures incitatives ­fortement avantageuses ont été adoptées. Elles sont d’abord financières, afin d’abolir le coût prohibitif d’une voiture électrique à l’achat, ce qui constitue un premier frein pour les consommateurs. « En Norvège, nous taxons fortement les voitures polluantes, tandis que les voitures zéro émission ne paient pas du tout de taxe, explique Christina Bu, présidente de l’association Norwegian Electric Vehicle (Norwegian EV). C’est une sorte de système bonus-malus. Cela permet aux voitures électriques d’être aussi avantageuses financièrement que les voitures à l’énergie fossile. » Exemption de TVA et de taxe à l’immatriculation. A ces avantages économiques s’ajoutent ceux, non négligeables, qui facilitent grandement l’utilisation des conducteurs : gratuité des péages, du stationnement, des ferries et de la recharge dans les parkings publics.

Parmi les aides généreuses du gouvernement : la gratuité du stationnement et de la recharge dans le parking publics.
Parmi les aides généreuses du gouvernement : la gratuité du stationnement et de la recharge dans le parking publics. Albertine Guillaume

D’après l’hebdomadaire Teknisk Ukeblad, le coût de ces aides représente environ 465 millions d’euros par an. Ces mesures généreuses s’expliquent par la situation particulière de la Norvège, premier pays pétrolier d’Europe dont la ­quasi‑totalité du courant provient de ses barrages hydroélectriques. « Voir, c’est croire, ajoute Sture Portvik. Une fois que le bon ­produit est arrivé sur le marché avec les modèles Mitsubishi i-Miev et Nissan Leaf en 2011, on a démontré qu’une voiture électrique était facile à acheter. La tendance s’est ensuite confirmée avec Tesla et l’E-Golf de Volkswagen. » Aujourd’hui encore, le marché est dominé par Nissan, dont la Leaf représente un quart des véhicules en circulation (27 115 voitures en novembre 2016). Suivent la Volkswagen E-Golf (15 991 voitures) et la Tesla Model S (11 615), qui supplantent les berlines allemandes classiques. La politique de promotion des voitures électriques est couronnée de succès. Fin 2016, 135 000 véhi­cules rechargeables étaient en circulation, dont 101 000 étaient complètement électriques et 34 000 étaient hybrides.

La voiture électrique Tesla Model S.
La voiture électrique Tesla Model S.

Typologie des voitures électriques

• 100% électrique : ne fonctionne qu’à l’électricité; ses émissions sont nulles.
• Hybride classique : dispose de 2 moteurs – l’un électrique,l’autre thermique (Diesel ou essence) – qu’elle utilise selon ses besoins.
• Hybride rechargeable  : partage les caractéristiques d’une hybride électrique avec la possibilité de recharger ses batteries de manière externe.

En phase de consolidation

Les mesures gouvernementales ont permis un développement exponentiel du marché après une période de maturation relativement courte. La Norvège représente le deuxième marché en Europe (après la France ! ) pour les véhicules électriques et constitue le pays où l’électrique a la part de marché la plus importante du monde (29 % contre 6,2 % pour l’Islande, en deuxième position). Pourtant, les mesures incitatives ne seront pas éternelles. Dès l’année prochaine, 1,13 euro de péage sera obligatoire aux heures de pointe pour entrer dans la capitale. « Même s’il s’agit de voitures électriques. Nous ne voulons pas une augmentation de la circulation à caractère privé, rappelle Sture Portvik. Rouler électrique doit rester ­attractif, mais investir dans les infrastructures publiques ou convaincre les professionnels de s’équiper en véhicules électriques sont les ­priorités. » Avec 16,5 millions de tonnes, le secteur des transports est l’un des principaux émetteurs de CO2.

Cette part constitue un tiers de la totalité des émissions de gaz à effet de serre de la Norvège. Quant au trafic routier, il représente 10 millions de tonnes d’émission de CO2. Dans son National Transport Plan 2018-2029 (NTP) lancé en 2016, le gouvernement s’est fixé pour objectif d’atteindre 400 000 voitures totalement électriques en 2020, année au cours de laquelle l’exemption de TVA à l’achat sera supprimée. « La Norvège s’est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 40 % d’ici à 2030, rappelle Christina Bu. Le gouvernement a d’ailleurs décidé que seules les voitures à zéro émission seraient vendues à partir de 2025. » Certains pays se demandent encore comment aborder la transition énergétique. La Norvège, elle, semble déjà en phase de consolidation. Reste aux constructeurs à ­accélérer le mouvement, l’offre électrique étant encore trop restreinte. Surtout dans le très haut de gamme…

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