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The Good Interviews

5 questions aux architectes de la nouvelle Tour Montparnasse

Tout le monde en parle depuis une semaine : la Tour Montparnasse, gratte-ciel le plus célèbre de Paris, le plus clivant aussi, va s’offrir un lifting exceptionnel. A l’origine de cette nouvelle version prévue pour 2024, cinq architectes parisiens rassemblés au sein d’un collectif créé spécialement pour l’occasion : la Nouvelle AOM. Rencontre.

Depuis le 19 septembre, ça se bouscule au Pavillon de l’Arsenal, dans le 4e arrondissement de Paris. C’est ici que sont exposés les projets des finalistes du concours pour la réhabilitation de la Tour Montparnasse, lancé il y a un an, et surtout où l’on a dévoilé le nom du vainqueur. Un collectif d’architectes parisiens, la Nouvelle AOM, composé de Franklin Azzi, Frédéric Chartier, Pascale Dalix, Mathurin Hardel et Cyrille Le Bihan, dont le nom est un clin d’œil aux concepteurs originaux : l’Agence pour l’Opération Maine Montparnasse.

Les architectes de la Nouvelle AOM. De gauche à droite : Pascale Dalix, Franklin Azzi, Mathurin Hardel, Frédéric Chartier. Derrière, Cyrille Le Bihan.
Les architectes de la Nouvelle AOM. De gauche à droite : Pascale Dalix, Franklin Azzi, Mathurin Hardel, Frédéric Chartier. Derrière, Cyrille Le Bihan. Alexandre Tabaste

En compétition avec des cadors tels que MAD Architects ou Dominique Perrault entre autres, c’est ce respect de la tour et cette inspiration toute parisienne qui ont fait la différence en faveur de la Nouvelle AOM. Pour autant, l’icône opaque du 15e arrondissement s’apprête tout de même à changer radicalement d’allure d’ici à 2024 – elle doit être inaugurée avant les Jeux Olympiques de Paris – troquant ses verres noirs pour une peau transparente et lumineuse, se parant de jardins d’hiver dont un suspendu au 14e étage, et d’une serre au sommet, la faisant grimper de 18 mètres.

La Tour Montparnasse à l’horizon 2024.
La Tour Montparnasse à l’horizon 2024. Nouvelle AOM. Photo : RSI / Studio Ida+

La transformation de la Tour Montparnasse ne sera pas que visuelle. Ses usages seront aussi radicalement modifiés. Autrefois mystérieuse, presque inquiétante, réservée aux bureaux, elle s’ouvre sur l’extérieur, se fait accueillante, écolo et multiprogrammes. Restaurants, centres commerciaux, hôtel… elle vivra 24h/24, s’inscrivant pleinement dans la nouvelle conception des buildings. Coût total pour les copropriétaires : 300 millions d’euros.

5 questions aux architectes de la Nouvelle AOM 

The Good Life : Comment vous est venue l’idée de cette association ?

Pascale Dalix (Chartier-Dalix) : La Tour Montparnasse était déjà une œuvre collective, un emblème. Il fallait nécessairement nous y mettre à plusieurs pour lui donner une nouvelle image. A la tête d’agences de tailles moyennes, nous sommes tous Parisiens de la même génération, amoureux de cette tour que l’on respecte tant. Nous nous sommes rencontrés avec la même envie, l’idée selon laquelle il fallait en faire une tour vraiment « de Paris », que l’on ne retrouverait pas à Hong-Kong ou Dubaï. Nous nous sommes lancés en groupe. Seuls, nous n’aurions peut-être pas tenté l’aventure.

La nouvelle Tour Montparnasse telle qu’on la verra depuis le Centre Pompidou.
La nouvelle Tour Montparnasse telle qu’on la verra depuis le Centre Pompidou. Nouvelle AOM / Luxigon

The Good Life : La Tour Montparnasse est une icône, comment est-ce que l’on imagine une telle réhabilitation ? 

Cyrille Le Bihan (Hardel-Le Bihan) : On confrontait nos idées, en leur faisant passer un « crash test » collectif, mais nous n’avons pas eu l’impression d’être freinés. On aimait vraiment cette tour, l’idée n’était donc pas de la « bousiller », mais vraiment de la comprendre, de révéler ce qui n’était pas visible. Nous nous sommes installés au 44e étage le temps du concours, fait des recherches sur son histoire, son sens, la traitant avec respect. Forcément, après tout ça, nous n’allions pas tout raser, mais nous avons quand même su innover !

TGL : C’est ce qui a fait la différence en votre faveur ?

Mathurin Hardel (Hardel-Le Bihan) : Entre autres oui, c’est cet équilibre entre ce que l’on a gardé et ce que l’on a transformé qui a fait pencher la balance. Nous avons su également proposer, et c’est lié, un bon rapport qualité/prix, notamment en conservant la structure d’origine. Aussi, dans les arguments en faveur de notre candidature, notre faculté à changer son image, sans changer son identité, la moderniser, visuellement d’abord, mais aussi dans les usages et l’intérieur. Nous ne nous sommes pas limités à dessiner un objet, mais des usages qui se voient, concrètement, comme le jardin suspendu, qui va, à coup sûr, attirer l’œil des passants. L’idée est d’en faire une destination, un lieu iconique, que les touristes et Parisiens viendront photographier, une tour dans laquelle ils auraient envie de monter rien qu’en la regardant.

Le jardin suspendu au 14e étage.
Le jardin suspendu au 14e étage. Nouvelle AOM / ida+

TGL :  Justement, qu’est-ce que vous allez conserver de l’ancienne tour ?

Franklin Azzi (Franklin Azzi Architecture) : D’abord, nous avons gardé le plan et la forme, avec ses deux courbes et ses angles de chaque côté, uniques au monde. Un clin d’œil à l’histoire, comme le nom de notre collectif, que l’on se devait de faire, malgré une extrême innovation. Puis, nous allons conserver tous les vitraux opaques de la Tour Montparnasse, souvent à l’origine de son incompréhension par les Parisiens, pour les réutiliser dans la signalétique et les insertions d’œuvres à venir. Pour les changements, d’une peau opaque et sombre en une peau claire et transparente, d’une tour mono-fonction en une tour multiprogrammes, d’un édifice polluant en un édifice écolo, nous avons pu compter sur la structure d’origine, conçue dès le départ pour supporter un surpoids. On a su faire le tri entre les avantages de sa conception et ses inconvénients, en gardant le meilleur et en lissant les défauts.

TGL : Comment avez-vous réussi à faire entrer une tour vieille de plus de 40 ans dans la conception moderne de la ville ?

Frédéric Chartier (Chartier-Dalix) : Il a fallu reprogrammer la tour, l’imaginer comme un ouvrage type « Paris 2030 », qui durerait au moins 50 ans de plus… Ainsi, nous en avons fait un véritable quartier vertical, tout en un. Puis, concernant l’environnement, elle sera exemplaire, notamment en termes de consommation d’énergie. Elle consommera dix fois moins que l’immeuble actuel ! Nous l’avons conçu comme « super passive », la nouvelle Tour Montparnasse sera autonome 70 % du temps, comme un planeur, grâce à la filtration des eaux de pluies qui alimentera serre et jardins, et à une « climatisation » naturelle, utilisant le vent à l’aide de vitrages innovants. D’un point de vue social autant qu’environnemental, notre projet entre de plain-pied dans ce qui fera la ville du futur.

Vue depuis le Champ-de-Mars. La nouvelle Tour aura pour mission de faire oublier son image d’édifice mal aimé des Parisiens.
Vue depuis le Champ-de-Mars. La nouvelle Tour aura pour mission de faire oublier son image d’édifice mal aimé des Parisiens. Nouvelle AOM / Luxigon

La nouvelle Tour Montparnasse en chiffres

Nouvelle Tour Montparnasse

•    Consommation énergétique: divisée par 10.
•    Autonomie en énergie: 70 %.
•    Quantité d’eau de pluie récupérée par an: 700 m3.
•    Besoins en ventilation mécanique: – 70 %.
•    Vitrages de l’ancienne façade réutilisés: 80 %.
•    Nombre de visiteurs par jour attendus : 12 000 (contre 6 000 aujourd’hui).
•    Surfaces:
– de bureaux : 78 000 m² ;
– de jardins : 4 500 m² ; 
– d’espaces végétalisés couverts : 9 300 m²
•    Chambres d’hôtel prévues: 100.
•    Nouvelle hauteur: 230 mètres.
•    Hauteur de la serre: 18 mètres.

Exposition des projets de réhabilitation de la Tour Montparnasse
Pavillon de l’Arsenal, jusqu’au 22 octobre.
21 Boulevard Morland, 75004 Paris.
www.pavillon-arsenal.com


 

 

 

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