Producteur historique de liège, le Portugal s’est longtemps adossé à la consommation croissante de vin dans le monde pour augmenter sa production, destinée essentiellement à la fabrication de bouchons. Mais l’émergence de nouveaux matériaux l’a obligé à sortir de sa zone de confort. Et, dès les années 2000, l’industrie du secteur a commencé à diversifier l’utilisation du liège...

C’est dans la région de l’Alentejo, dans le sud du Portugal, que vibre le cœur du marché du liège. Comprise dans l’un des 36 hot spots de biodiversité du monde – dont les écosystèmes sont les plus riches, mais aussi les plus menacés – identifiés par le Critical Ecosystem Partnership Fund (CEPF), cette région constitue également un centre économique important et représente une part essentielle du patrimoine naturel du pays. Car ce sont ses forêts, appelées montado, qui fournissent la moitié de la production annuelle mondiale de liège, soit 100 000 tonnes, faisant ainsi du Portugal le premier producteur. Une place qu’il doit d’abord à une position géographique privilégiée. Alors que les principales forêts de chênes-lièges s’étendent sur une bande de 2,1 millions d’hectares, allant des côtes portugaises jusqu’aux rives de la Croatie et de la Tunisie, celles du Portugal bénéficient de sols sans calcaire et sont situées à l’intersection des climats océanique et méditerranéen, ce qui apporte à la fois la chaleur et l’humidité nécessaires au développement des chênes-lièges.

Le liège, un patrimoine portugais qui se place au coeur d’une stratégie tant environnementale qu’économique.
Le liège, un patrimoine portugais qui se place au coeur d’une stratégie tant environnementale qu’économique. Greygouar

Mais il faut également compter avec la créativité des producteurs et une très longue politique de préservation du patrimoine naturel. Protégées dès le XIIIe siècle par le gouvernement portugais pour assurer un accès à une matière première essentielle à la construction navale, les forêts de chênes-lièges ont permis de développer un savoir-faire traditionnel. A la différence du chêne, du hêtre ou du châtaignier, pourtant de la même famille, le chêne-liège est le seul arbre dont l’écorce se régénère. Pour récolter une première fois son enveloppe – au cours d’une phase appelée le démasclage, réalisé avec des outils spéciaux comme la hache dite « portugaise », une hache au tranchant arrondi –, il faut toutefois attendre entre vingt et vingt-cinq ans. Cette première couche, le liège mâle, de couleur grisâtre, peu dense et couverte de crevasses, sert principalement pour des travaux d’isolation. Le chêne produit ensuite du liège femelle, qui ne sera « levé » que neuf ans plus tard. Plus coloré et plus homogène, celui-ci peut enfin être utilisé pour la fabrication de bouchons, le principal objectif des acteurs du secteur.

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