Malgré un sous-sol richissime en matière première, le Pérou est à la traîne. Une économie certes trop dépendante, notamment en Chine est l'une des clefs pour comprendre ses contre-performances. Mais le bât blesse surtout au niveau des grandes infrastructures. C'est tout l'enjeu des mesures défendues par le président élu en juin dernier.

Premier axe de développement : le transport. Et pour cause, il s’agit là de l’une des thématiques péruviennes les plus critiques. Selon l’AFIN, ce secteur à lui tout seul concentrerait plus de 57 milliards de dollars des besoins en investissement des dix années à venir, dont 31 milliards pour les seules autoroutes. Classée 112e par le Forum économique mondial, l’infrastructure routière à l’échelle nationale reste un sujet prioritaire, tout comme la question du transport dans la capitale, dont la ­mauvaise gestion et le manque d’équipements ont fait de Lima la ville la plus congestionnée et la plus polluée d’Amérique latine. En réponse, le gouvernement a publiquement annoncé le déblocage d’un certain nombre de projets, jusque-là gelés par les lourdeurs administratives et autres luttes de pouvoir, tels que la ligne 2 du métro (en projet depuis 2012) ou la Autopista del Sol (en projet depuis 2009), dont il a d’ores et déjà octroyé au français Vinci la mise en concession (pour construction, opération et maintenance) d’une portion de 25 kilomètres au centre de la capitale ainsi que de la voie express Línea Amarilla, via le rachat de l’entreprise péruvienne Lamsac. Autre défi de taille : la montée en puissance du transport aérien pour répondre au développement du tourisme voulu par le gouvernement, à travers un projet titanesque d’aéroport international à Cusco, valorisé 525 millions de dollars, ou encore l’agrandissement de l’aéroport de Lima, avec la construction, tant attendue, d’une seconde piste prévue pour cette année.

 

Le Pérou cherche un nouveau souffle.
Le Pérou cherche un nouveau souffle. Greygouar

Pérou, le grand défi du quinquennat

C’est l’une des quatre grandes promesses de la campagne présidentielle : le raccordement de chaque foyer péruvien à l’eau potable d’ici à cinq ans, et l’optimisation du système d’assainissement à l’échelle nationale. Et le challenge, là encore, est de taille. Inutile de regarder les chiffres officiels – plus de 4 millions de Péruviens n’ont pas accès à l’eau courante – pour comprendre l’immense enjeu que cela représente dans ce pays où il ne pleut jamais, surtout à Lima, deuxième plus grande ville du monde construite dans un désert. Car on a beau faire face à l’océan et être entouré de pelouses d’un vert flamboyant, impossible de passer à côté du ballet incessant des camions-citernes de la Sedapal – la compagnie publique de gestion de l’eau dans la capitale, qui sillonne la ville en continu pour remplir les citernes de fortune déposées à même les toits, afin de pallier l’absence de circuits de distribution dignes de ce nom.

Le Pérou en chiffres :

Superficie : 1285221 km2.
Population : 31826018 habitants.
Age moyen : 27 ans.
PIB : 195 Mds$.
• Taux de de croissance : 4%.
• Taux de croissance estimé pour 2017 (FMI) : 4,3 %.
Taux d’inflation : 3,3 %.
• Taux de chômage : 4,5 %.
• Taux d’emploi formel : 25,7 %.
Importations : 35,1 Mds $ (–6,1% par rapport à 2015)
Exportations : 36,8 Mds $ (+ 7,6 %), dont 60% pour le secteur minier.
• 40 minerais exploités : cuivre, or, argent, plomb, zinc, fer, etc.
• 11% du PIB provient du secteur minier.
• 100 entreprises internationales présentes dans le secteur minier.
• 1er exportateur mondial d’asperges fraîches, de bananes bio, de farines de poisson et de quinoa.
90% des échanges sont passés sous couvert d’un traité de libre-échange.
• 3,5 M de touristes en 2015 (+7,5%).
• 89e place sur 140 au classement mondial de la qualité des infrastructures selon le Forum économique mondial (2016-2017).

« La majeure partie de la ville s’est construite sans planification, au gré de l’arrivée des habitants, explique Jérémy Brault, responsable de la question pour l’Agence française de développement (AFD). Résultat : il n’est pas rare de voir des quartiers entiers sans système d’arrivée d’eau, ni même d’évacuation, sans parler des nombreuses coupures qui ont rythmé la vie des Liméniens cet été pour cause d’intempéries. » Les grandes responsables ? La Sedapal et les entreprises publiques de prestation de service (EPS) au sens large, dont la gestion chaotique suscite les foudres de l’ensemble de la profession, José Luis Bonifaz en tête. Dans une tribune publiée dans le quotidien économique Gestión, le directeur de l’école de gestion publique de la Universidad del Pacífico dénonçait un système opaque dans lequel règnent « la corruption, l’incapacité et le clientélisme politique », rendant ces EPS incapables d’assurer un service convenable malgré les investissements de ces dernières années. Un cri du cœur qui semble avoir été entendu par le gouvernement, à en croire Juan Bendezu Zevallos, le patron de la filiale péruvienne de Veolia. « Parmi les lois votées durant les cent premiers jours de Pedro Pablo Kuczynski, deux concernent l’eau, ouvrant la brèche à un début de privatisation du secteur, jusque-là taboue. Grâce à cela, les EPS en dépôt de bilan [11 sur 55 à ce jour, et 12 de plus probablement à venir, NDLA] devraient pouvoir être gérées par des entreprises privées, sous forme de concessions à moyen terme. Une véritable révolution pour notre industrie, et surtout pour le pays ! » s’enthousiasme le financier. Autre mégaprojet en perspective, bien que non jugé prioritaire : les Obras de Cabecera y Conducción, un gigantesque plan d’investissement public‑privé estimé à 600 millions de dollars, dont la vocation est de sécuriser, à long terme, les approvisionnements en eau de la ville de Lima, l’une des premières victimes du réchauffement climatique. Un programme ambitieux et des fonds disponibles : tous les signaux étaient au vert pour redonner au Pérou son lustre d’antan. Mais c’était sans compter sur une invitée de dernière minute, la corruption, qui a récemment fait irruption dans le paysage économique avec l’explosion du scandale Odebrecht, une immense affaire éclaboussant jusqu’à l’ancien président péruvien, ainsi que le mastodonte de l’infrastructure locale, Grana y Montero. Chez Business France, on se veut néanmoins rassurant. « Certes, ce scandale a provoqué une onde de choc dans le pays, mais il représente surtout une formidable opportunité, pour de nouveaux investisseurs, de prendre la relève des Brésiliens, jusque-là omniprésents et désormais personæ non gratæ », indiquait Max Porras, son directeur. En route, donc, pour les journées portes ouvertes !

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