Révoltes, pauvreté, corruption… Alors que le Brésil semble au plus mal, il doit encore subir l’assaut vorace des grandes compagnies internationales. Pour ceux qui ne marchent pas aux fredaines du marketing, cet « éternel pays d’avenir », comme le surnommait Clemenceau, sait offrir beaucoup mieux : sa littérature.

Plongée dans la littérature brésilienne en cinq livres

 

  • Prophéties
    En 1977, l’écrivain brésilien Jorge Amado, disparu en 2001 à l’âge de 89 ans, signait son roman le plus long : Tieta d’Agreste. L’histoire de Tieta, une jeune fille chassée publiquement de son village par un père injuste et qui y revient, vingt‑six ans plus tard, auréolée de sa prétendue réussite à São Paulo. Le jour où point la menace de l’implantation, désastreuse pour l’environnement, d’une usine chimique sur la commune, les habitants vont jusqu’à l’ériger en porte‑étendard de leur lutte. A ce moment, ils ignorent encore que Tieta se bat sur tous les terrains, puisqu’elle est en réalité tenancière d’une maison close, dans laquelle se joue, en coulisses, la vie politique du pays. Rééditée chez Stock, cette parabole tendre et prophétique sur l’obsession du monde à courir à sa perte et sur les impasses morales de notre société résonne aujourd’hui avec une grande justesse.
    Tieta d’Agreste, Jorge Amado, Stock, 759 p., 24 €.
“Tieta d’Agreste”, Jorge Amado, Stock, 759 pages.
“Tieta d’Agreste”, Jorge Amado, Stock, 759 pages. DR
  • Rhapsodie
    Le point de départ du troisième roman de Chico Buarque tient sur un fil : « Je me suis retrouvé à Budapest à cause d’une escale imprévue, alors que je volais d’Istanbul à Francfort, où j’avais une correspondance pour Rio… » Contraint à un arrêt forcé dans la capitale hongroise, le nègre littéraire José Costa voit son existence lui échapper et ressembler bientôt à un jeu de pistes linguistique et sentimental entre deux villes, deux langues, mais aussi entre deux femmes, loin de la vie tranquille et sans éclat qu’il menait auparavant. Un roman très drôle, doublé d’un tour de force littéraire qui mène le lecteur des plages d’Ipanema aux bords du Danube et livre une réflexion originale sur les questions d’identité et de langue.
    Budapest, Chico Buarque, Gallimard, 160 p., 14,10 €.
“Budapest”, Chico Buarque, Gallimard, 160 pages.
“Budapest”, Chico Buarque, Gallimard, 160 pages. DR
  • Mosaïque
    Un livre, ou plutôt des livres, tant ce recueil de 25 nouvelles, dont deux bandes dessinées et un miniguide, ouvrira de nombreuses portes sur Rio de Janeiro à ceux qui la découvriront cet été. Un collectif d’auteurs éclectique, des femmes, des hommes, issus des favelas ou des beaux quartiers, novices ou confirmés, dressent, de façon inégale, mais toujours avec une grande sincérité, le portrait de cette ville, paradisiaque pour certains, cauchemardesque pour d’autres – mais mythique, sans aucun doute.
    Je suis Rio, Collectif, Anacaona, 19 €.
“Je suis Rio”, Collectif, éditions Anacaona.
“Je suis Rio”, Collectif, éditions Anacaona. DR
  • A l’envers
    Pays émergent érigé, au sein des BRICS, en vedette de la mondialisation au même titre que la Russie, l’Inde, la Chine, et l’Afrique du Sud, le Brésil paie désormais l’addition de ses désillusions. Derrière ces « miracles » économiques, se sont opérés de rapides et profonds changements sociaux. Comment cette période a‑t‑elle bouleversé les fondements de la société brésilienne ? Bernardo Carvalho répond à cette question par un formidable roman à l’ironie décapante, qui met en scène les failles de la culture des générations mondialisées, forgées dans le maelstrom d’Internet. Au départ d’un vol pour Pékin, un imbroglio met en scène un étudiant en chinois pétri de préjugés, sa professeur et un commissaire de police, autant de personnages perdus à la recherche d’une identité et d’un sens dans un monde en déliquescence.
    Reproduction, Bernardo Carvalho, Métailié, 180 p., 18 €.
“Reproduction”, Bernardo Carvalho, Métailié, 180 pages.
“Reproduction”, Bernardo Carvalho, Métailié, 180 pages. DR
  • Légendes
    Véritable monument de la littérature mondiale, ce roman est le récit de la vie rocambolesque de Riobaldo, soldat un peu fêlé, qui combat aux côtés de son ami Diadorim dans les plaines broussailleuses du sertão, zone aride de la région du Minas Gerais. Monologue asthmatique navigant aux confins de la folie, ce livre de João Guimarães Rosa est un chef‑d’œuvre magnétique qui emporte le lecteur au cœur de l’âme brésilienne, mystique, foisonnante. Un labyrinthe empli d’aléas surpassant les clichés colorés des plages de Rio ou de Salvador de Bahia, dans lequel il faut s’attendre à toutes les surprises, car, comme le confie Riobaldo, « raconter à la suite, en enfilade, ce n’est vraiment que pour les choses de peu d’importance ». Bienvenue au Brésil !
    Diadorim, João Guimarães Rosa, Albin Michel, 508 p., 24,30 €.
“Diadorim”, João Guimarães Rosa, Albin Michel, 508 pages.
“Diadorim”, João Guimarães Rosa, Albin Michel, 508 pages. DR

 

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