Ils sont à la tête d’entreprises ou de départements clés dans des secteurs de pointe. Cette semaine, nous avons sélectionné 5 businessmen français qui font bouger les lignes du coté de l'Atlantique.

  1. Jean-Marc Charritton, l’envol titanesque d’un sous-traitant de l’aviation

Silhouette massive, mâchoire carrée, un ADN basque qu’il instille jusque dans les chants polyphoniques de son standard musical : Jean-Marc Charritton est le patron fondateur de Lauak, ce sous-traitant aéronautique dont l’envergure se jauge à l’aune de son prestigieux portefeuille de clients (Dassault Aviation, Airbus, Safran…). Lauak, à qui Airbus a confié la fabrication des cadres d’entrée d’air de son A330 Neo. Cette spectaculaire – mais discrète – réussite s’enracine à Ayherre, près de Bayonne. Tout commence en 1975. Titulaire d’un bac agricole, Jean-Marc Charritton accomplit un stage de chaudronnerie chez Dassault, puis fonde Lauak dans la foulée. Aujourd’hui, le groupe (106 M € de CA en 2016 !) voit grand et loin. Il investit massivement (4 M € dans une usine de pièces en titane), booste son savoir‑faire via une audacieuse croissance externe et ose s’implanter au Portugal (tout en agrandissant ses usines d’Hasparren). Au contraire d’autres PME basques, Lauak ne craint pas de prendre son envol mondial. Et Jean-Marc Charritton de regarder par‑delà l’Atlantique, vers ce client potentiel qui s’appelle Boeing…

Jean-Marc Charritton, président et fondateur de Lauak .
Jean-Marc Charritton, président et fondateur de Lauak . DR

2. Éric Duval, l’éclectique bâtisseur de croissance immobilière

« Je suis un entrepreneur, un passionné, un homme d’engagements, un curieux de tout. Un bosseur. » Tel est l’autoportrait de cet aventurier de l’immobilier, dont le physique de châtelain offre un étonnant contraste avec son parcours d’autodidacte, lui qui, à 17 ans, quitta les bancs du lycée pour rejoindre l’entreprise de BTP de son père, un père qui lui a instillé ce boosteur de carrière qui s’appelle la confiance en soi. Éric Duval est l’heureux patron du groupe Financière Duval, une pieuvre de l’immobilier (700 M € de CA) dont les tentacules ciblent aujourd’hui des domaines aussi divers que le golf (no 1 français avec 700 golfs dans le monde), les résidences de tourisme (no 2 européen avec 380 résidences), mais aussi les univers « patrimoine et commerce » et « property management » (gestion des actifs immobiliers, in French). Une fringale de rachats et une active stratégie de partenariats confortent le groupe à l’international. Et si Éric Duval s’intéresse à l’Afrique, ce n’est pas pour un safari : Enthic, sa fondation, assiste et finance le lancement de jeunes entreprises. Good mission !

Eric Duval, président et fondateur du Groupe Duval.
Eric Duval, président et fondateur du Groupe Duval. DR

 

3. Jean-Guy Le Floch, capitaine du textile au long cours

Son air têtu en dit long sur son profil typiquement breton de patron direct et droit, que rien ne semble pouvoir dévier du cap qu’il s’est fixé. Aujourd’hui à la barre d’Armor-Lux, cette griffe de vêtements marins chic qui cartonne à Soho comme à Paris (90 M € de CA en 2016) empoche par ailleurs la confection des uniformes de La Poste et de la SNCF, une manne qui représente 40 % de son chiffre d’affaires ! Jean-Guy Le Floch (École centrale de Paris, master à Stanford, diplôme d’expert‑comptable) est un heureux patron frondeur (les fameux bonnets rouges des manifs, c’est lui !), tout comme son complice de toujours, l’actuel directeur général, Michel Gueguen. C’est en 1993 que les deux anciens cadres sup de Bolloré (le premier aux finances, le second à la R&D) ont quitté Paris pour racheter la Bonneterie d’Armor, affaire bien gérée, mais en mal de repreneur. Alors que le textile made in France est en proie à une intense vague de élocalisations, le capitaine Le Floch maintient les trois usines de Quimper (ce qui n’empêche pas quelques ateliers au Maghreb) et quintuple le chiffre d’affaires d’Armor-Lux. Efficace !

Jean-Guy Le Floch, à la tête d’Armor-Lux.
Jean-Guy Le Floch, à la tête d’Armor-Lux. DR

 

4. Louis Le Duff, l’impétueux breton qui dévore le monde

Le grand public ne connaît de lui que ce vaste empire qu’il a fait naître, il y a un peu plus de quarante ans, en Bretagne (« pays » natal de Louis Le Duff, qui entame parfois ses discours en breton), puis en Amérique du Nord et en Asie, le nouvel eldorado de son groupe de 10 enseignes – Brioche dorée, Pizza del Arte, Fournil de Pierre, Bruegger’s… –, dont le chiffre d’affaires de 2 Mds € en 2015 pourrait bientôt doubler, selon le président. Louis Le Duff vient d’annoncer le lancement de Gourming, une place de marché numérique destinée aux pros de la restauration. L’artisan pugnace du fast‑food à la française est un pilier de l’influent Club des trente, qui réunit ces tout‑puissants patrons bretons, de François Pinault à Vincent Bolloré. Louis Le Duff, 70 ans, est l’un des plus détonants de cette Breizh connection, rodé à jouer les faux autodidactes – mais cet ancien professeur de l’université de Rennes est titulaire d’un doctorat de gestion et d’un MBA – qui, à ses débuts, portait des cageots d’artichauts à Plouescat. Une manière d’affirmer ses vraies valeurs et de flouter sa réelle force de frappe, dans les allées du pouvoir comme dans le triangle d’or du business mondial.

Louis Le Duff, président et fondateur du Groupe Le Duff.
Louis Le Duff, président et fondateur du Groupe Le Duff. DR

 

5. Yann Bucaille, des polymères à l’hôtellerie de luxe

Il était une fois un très jeune marin hors pair – équipier du Défi français de la Coupe de l’America de 1995 –, diplômé de l’EM Lyon, rodé au management chez Danone (1996) qui, en 1999, rachète la PME de son père, Emeraude, spécialisée dans l’exportation de polymères et de services pétrochimiques. Son baptême du feu s’amorce sous une violente tempête : la Côte d’Ivoire, où la PME réalise alors 70 % de son chiffre d’affaires, est au bord de la guerre civile ! L’audacieux capitaine tient bon la barre, diversifie ses activités tout comme l’éventail des pays émergents qu’il convoite : Chine, Afrique du Sud, Pakistan… Fier de son groupe pluriculturel – 450 M € de CA en 2016, 75 pays –, Yann Bucaille, marié, 3 enfants, qui se définit aujourd’hui comme un « catholique sauvage », plus spirituel que le « catho d’élevage » qu’il fut, vient de relever un autre défi : construire un hôtel 5 étoiles, Castelbrac, sur les ruines de l’ancien Museum national d’histoire naturelle de Dinard. « Je prends goût à ce beau métier de l’hospitalité, et je viens d’ailleurs de reprendre un autre hôtel à Paray-le-Monial », confie Yann Bucaille à The Good Life.

Yann Bucaille, président du Groupe Emeraude et propriétaire de l’hôtel Castelbrac, à Dinard.
Yann Bucaille, président du Groupe Emeraude et propriétaire de l’hôtel Castelbrac, à Dinard. DR

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