Les côtes-de-provence sont les seuls rosés du monde à bénéficier du titre de cru classé, obtenu en 1955. Aujourd’hui, 18 domaines détiennent encore cette appellation, après bien des péripéties.

Les années se suivent et se ressemblent : l’engouement pour les rosés ne faiblit pas ! Figure de proue et d’excellence en France, ceux de Provence représentent 39 % de la production française et 5,6 % de la production mondiale. Des résultats particulièrement bons quand on sait que l’appellation vignoble provençal (pour les trois couleurs) ne couvre que 26 000 hectares sur trois départements (Bouches-du-Rhône, Var et Alpes-Maritimes).

Malgré une concurrence nationale et internationale de plus en plus intense, la Provence demeure clairement l’Eldorado du rosé. Sur les quelque 154 millions de bouteilles produites en 2015, les crus classés ne représentent qu’une faible part, de 5 à 10 % selon les chiffres. Il faut dire que seuls 23 domaines avaient obtenu le classement en 1955…

Le Château Roubine, dans le Var, est l’un des vignobles français les plus anciens.
Le Château Roubine, dans le Var, est l’un des vignobles français les plus anciens. DR

Une homologation contestée

Un classement qui n’est pas toujours très bien passé, surtout face à d’autres plus anciens, comme celui des vins de Bordeaux et son antériorité d’un siècle. Son histoire est, il est vrai, particulièrement alambiquée… et ancienne. « Dès la fin du XIXe siècle, les principaux producteurs provençaux parlaient de créer un classement, dans la foulée de celui de Bordeaux », explique Adeline du Barry, chef d’exploitation du château de Saint-Martin, dont le grand-père, comte de Rohan-Chabot, fut l’artisan du classement provençal et de la naissance de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) côtes-de-provence.

Le sud-est viticole est très actif à cette époque. En 1933, Pierre Le Roy de Boiseaumarié obtient la création de la première AOC de France, à Châteauneuf-du-Pape. Cette même année, les crus en vue de Provence, regroupés au sein du Syndicat des côtes-de-provence, emploient déjà massivement le terme de « cru classé », adopté au lendemain de la Première Guerre mondiale. Ce qui, en 1943, leur vaudra une taxation particulière par le régime de Vichy, à court d’argent. Mais l’État français reconnaissait là, de manière implicite, leur statut de cru classé.

Le Château de Saint-Martin fut la propriété du comte de Rohan-Chabot, artisan de la naissance de l’AOC Côtes-de-provence.
Le Château de Saint-Martin fut la propriété du comte de Rohan-Chabot, artisan de la naissance de l’AOC Côtes-de-provence. DR

Dès 1946, le comte de Rohan-Chabot et le baron de Laval, propriétaire du château Sainte-Roseline, demandent à l’Institut national des appellations d’origine (Inao) de procéder à l’homologation du classement provençal. L’institut dépêche alors deux ingénieurs agronomes qui arpentent les 23 crus prétendants et définissent chaque parcelle susceptible de l’intégrer. Ils analysent la géologie, le climat, l’hydrologie des sols, l’état du vignoble ainsi que le savoir-faire des vignerons et la réputation des crus. Dès 1951, l’Inao homologue les 23 crus. Scandale chez les Bordelais, qui défendent « l’exclusivité » de leur classement et qui considèrent que, faute d’appellation (l’AOC côtes-de-provence ne sera créée qu’en 1977), les prétendants provençaux ne sont pas en droit d’en appeler à l’Inao.

Las, le classement sera confirmé en mai 1955 et validé par décret du ministère de l’Agriculture en juillet, faisant des rosés de Provence les seuls au monde à bénéficier d’un classement. Il n’en reste pas moins que celui-ci est moins connu et, surtout, moins respecté que celui du Médoc. Mais un classement, quel qu’il soit, est vendeur, surtout à l’international. En 2015, les rosés de Provence ont globalement enregistré d’excellents chiffres à l’export, avec 31 millions de bouteilles vendues, essentiellement aux États-Unis, loin devant la Belgique et le Royaume-Uni. Pour valoriser leur propriété souvent chargée d’histoire, treize vignerons – dont certains crus classés de Provence – ont d’ailleurs créé une route des vins en 2006. Cette route, à la fois viticole, touristique et culturelle, parcourt le Var de château en château et permet de comparer les spécificités des vins.

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