Le street art à Florence prend ses marques et commence à dialoguer avec les institutions. Pour mieux comprendre, The Good Life a rencontré un artiste local, Il Sedicente Moradi et un autre d’adoption, le breton Clet. Décryptage entre sculptures en bois et panneaux signalétiques.

La capitale de la Renaissance, par antonomase, est un théâtre qui accueille depuis quelques temps un courant artistique bien plus urbain. Il investit les rues du centre de stencils (pochoirs), stickers et sculptures inattendues. Nous avons échangé avec deux protagonistes incontestés du street art qui ont leur atelier à Florence. Ils nous ont dévoilé leurs astuces pour dialoguer avec les touristes et les locaux grâce à l’art. D’origine bretonne, Clet Abraham, s’installe à Florence il y a 12 ans pour sillonner les rues en vélo et disséminer ses stickers hilarants (parfois provocateurs) sur les panneaux de signalisation. Ami du pionnier Clet, Il Sedicente Moradi réalise des sculptures en bois, qu’il récupère sur les rives des fleuves, sur les plages, dans des oliveraies, et avec des lichens cueillis dans les montagnes. Chacune de ses installations lui permet d’instaurer un contact avec les gens, et parfois de se faire aider dans la réalisation.

“Natività” de Il Sedicente Moradi, pochoir autour d’un compteur électrique et d’un panneau de signalétique détournés par Clet. Street art à Florence, via di Ponte a Greve.
“Natività” de Il Sedicente Moradi, pochoir autour d’un compteur électrique et d’un panneau de signalétique détournés par Clet. Street art à Florence, via di Ponte a Greve.

The Good Life : Quels sont vos ressentis sur le street art à Florence ?  

Clet Abraham : C’est un phénomène assez récent, dynamique et éclectique. La ville de Florence, et surtout ses institutions, commencent à peine à s’organiser pour accueillir tous ces artistes naissants. J’espère que cet appui se développera rapidement pour que le street art florentin puisse devenir un poids de référence en Italie et aussi en Europe. La Renaissance devrait nous enseigner que si à l’époque il y a eu une si grosse ébullition artistique, c’est parce que quelqu’un a su encourager et soutenir les artistes.

Il Sedicente Moradi : C’est effectivement une scène très créative, dont Clet est le pionnier. Pendant les dernières années, des artistes comme Blub, Exit / Enter ou Yuri, s’y sont rajoutés au fur et à mesure. Nous travaillons tous comme des équilibristes pour respecter notre ville. Entourés par la beauté du classique, on cherche à se faire notre place dans une ville où l’espace est limité.

“Senza uscita” (sans issue). Un petit personnage qui porte la croie, est l’un des sujets favoris de Clet. L’homme cherche à prendre en considération les contraintes, les lois et les limites et puis à en faire quelque chose.
“Senza uscita” (sans issue). Un petit personnage qui porte la croie, est l’un des sujets favoris de Clet. L’homme cherche à prendre en considération les contraintes, les lois et les limites et puis à en faire quelque chose.

TGL : Quel message souhaitez-vous véhiculer avec vos interventions urbaines ?

C. A. : J’essaie de démontrer que la loi n’est pas une valeur absolue et que les choses devraient être jugées pour leur qualité et non pas pour leur légalité. Je ne m’intéresse pas autant aux adeptes de l’art, j’ai toujours voulu que mon travail soit universel. Mon rôle en tant qu’artiste est d’initier les personnes novices à l’art, que ce soit les habitants ou des touristes.

I. S. M. : Mon objectif est de dialoguer avec les personnes qui se trouveront dans un certain espace, en faisant interagir les observateurs avec mon travail. De par le passé, j’ai collaboré avec des foires d’art et des galeristes, je me suis aperçu que le risque est souvent de rester inscrits dans le secteur du marché de l’art. Quand on fait du street art, on s’ouvre à tout le monde, aussi à ceux qui d’habitude ne fréquentent pas les musées ou les galeries mais qui connaissent, de toute manière, ou ont une sensibilité vers le beau.

« Creature dal fiume » (créatures du fleuve), installation de Il Sedicente Moradi sur les rives de l’Arno.
« Creature dal fiume » (créatures du fleuve), installation de Il Sedicente Moradi sur les rives de l’Arno.

TGL : Quel est votre rapport avec la communauté locale en tant que street artist ?

C. A. : Je suis très inséré dans la communauté locale. Quant aux institutions, parfois j’aime les provoquer, d’une façon positive, bien entendu ; je voudrais être une sorte de stimulant pour les sortir de leur cadre. Ce qui les met parfois en difficulté ! Ceci dit, quand j’ai installé un nez sur la tour de San Niccolò, il fallait impérativement demander une autorisation. Ce que j’ai fait.

I. S. M. : Tout dépend de son objectif. Clet et moi sommes très amis, lui a une vision très claire par rapport à sa façon d’interagir avec les institutions. Personnellement, je n’ai jamais eu de problèmes, au contraire, je travaille actuellement sur un projet « Creature dal fiume » (créatures du fleuve) avec la marie : un parcours d’animaux fantastiques animera la nouvelle promenade le long de l’Arno.

Clet s’amuse à provoquer les institutions locales en déplaçant la barre des jugements sur la valeur et la qualité des choses et non pas sur leur légalité.
Clet s’amuse à provoquer les institutions locales en déplaçant la barre des jugements sur la valeur et la qualité des choses et non pas sur leur légalité.

TGL : Quels sont les villes ou paysages qui vous inspirent ?

C. A. : En Italie, Milan est l’une des villes entre les plus stimulantes. C’est la seule à avoir une attitude moins provinciale. Même si je n’y ai jamais vécu, Paris est une autre destination qui m’a très agréablement surpris. C’est grâce à mon travail que j’ai pu tâter son milieu artistique il y a 5 ou 6 ans. L’art à Paris est considéré comme un moteur, on s’en sert dans le sens positif du terme. Je travaille justement à un projet sur l’arc de Triomphe « Paris se réveille ». Je voudrais lui faire des yeux. Rien n’est fait encore au niveau des accords avec la mairie mais, pour l’instant, les retours sont positifs.

I. S. M. : Pour un artiste qui a une formation classique comme moi, c’est beau d’associer les artistes aux bois et aux forêts, on y trouve tout. Les dix premières années de mon éducation artistique ont été une vraie plongée et un recueillement dans la nature du Mugello (région dans les Apennins toscanes NDLR). J’y étais avec d’autres peintres pour étudier le paysage. Même si aujourd‘hui j’ai remplacé toiles, chevalets et pinceaux par des perceuses et tournevis, c’est une dimension qui continue de m’accompagner.

Il Sedicente Moradi préfère ne pas dévoiler son visage. Ici, il travaille sur son nouveau projet « Creature dal fiume » (créatures du fleuve).
Il Sedicente Moradi préfère ne pas dévoiler son visage. Ici, il travaille sur son nouveau projet « Creature dal fiume » (créatures du fleuve).

 

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