Christian Baraja

Marseille : « Utopie Plastic » à la Friche de l’Escalette

Eric Touchaleaume de Galerie 54 expose, jusqu’au 30 septembre, certaines de ses trouvailles rétro-futuristes de la grande époque du plastique, dans un cadre exceptionnel : la Friche de l’Escalette, à Marseille, qu’il a acheté en 2011. The Good Life y était pour le vernissage.

A première vue, on pourrait penser que des OVNI viennent de débarquer dans le 8e arrondissement de Marseille. Mais quand on regarde de plus près, on devine la Futuro House de Maati Suuronen. Qu’est-ce que ce symbole de l’architecture rétro futuriste, ambitieuse et candide, des années 60 peut bien faire là, entre les pins et les ruines d’une ancienne usine à plomb ?

La Futuro House de Maati Suuronen, entouré de cigales.
La Futuro House de Maati Suuronen, entouré de cigales. Julien Chassagne

Eric Touchaleaume, charismatique patron de Galerie 54 et poids lourd de l’achat-revente de mobilier design et pièces d’architectes, a racheté en 2011 cette friche industrielle pour servir de « banc d’essai à [ses] expositions avant de les exporter ». Après cinq ans de travaux, il inaugure le lieu l’été dernier en exposant un prototype d’habitat tropical par Jean Prouvé. Cette année, ce sont de petits habitats, ancêtre des tiny houses si tendance de nos jours, en plastique. Un matériau dont l’utilisation fût brève mais intense, explosant à la fin des années 50 pour s’achever au milieu des seventies avec la crise du pétrole.

Hexacube par Georges Candilis.
Hexacube par Georges Candilis. Julien Chassagne

Ainsi, jusqu’au 30 septembre, il est possible, sur rendez-vous de venir visiter le mythique Hexacube de Georges Candilis (1972), un exemplaire en très bon état de la Bulle de Maneval, prêté par un ami de Touchaleaume et qui servira de modèle pour la restauration d’un second modèle, visible lui aussi, mais en piteuse condition, et, clou du spectacle, une Futuro de Suuronen donc. Chinée 50 000 € en pièces détachées à Majorque par Elliot Touchaleaume, elle en vaudrait aujourd’hui plus du triple… A l’intérieur, un bureau boomerang Grand PDG de Maurice Calka, que « le Centre Pompidou voulait aussi » selon le maître des lieux, et au plafond un lampadaire gonflable par le regretté designer vietnamien Quasar Khanh.

La Bulle de Jean-Benjamin Maneval.
La Bulle de Jean-Benjamin Maneval. Julien Chassagne

Autour de ces installations, on trouve quelques pépites, comme, justement, du mobilier gonflable dessiné par Quasar Khanh. Des pièces apportées par Benoit Ramognino, expert en mobilier du XXe siècle, dont la maison Futuro aux puces de Saint-Ouen dans sa Velvet Galerie a donné envie à Eric Touchaleaume de réaliser cette exposition.

Du mobilier gonflable de Quasar Khanh, le même qui était maltraité par Eli Wallach dans “Le Cerveau” de David Niven. A gauche, une rare sculpture de Werner Zemp, Playground, et à droite un fauteuil Tomato d’Eero Aarnio.
Du mobilier gonflable de Quasar Khanh, le même qui était maltraité par Eli Wallach dans “Le Cerveau” de David Niven. A gauche, une rare sculpture de Werner Zemp, Playground, et à droite un fauteuil Tomato d’Eero Aarnio. Julien Chassagne

La Friche de l’Escalette, Marseille à l’état brut

Aussi intriguant que les habitations en plastique qui s’y trouvent, le lieu vaut également le coup d’œil. Ancienne usine à plomb donc, il aura fallu cinq ans de travaux, de la dépollution surtout, avant de pouvoir y installer une première exposition. L’objectif est de garder le lieu dans son jus, des ruines industrielles, en y apportant une touche plus moderne comme repeindre certaines voutes en blancs immaculées et surtout clôturer l’ensemble de la Friche de l’Escalette, encore visitée par d’anciens « habitués ».

La Friche de l’Escalette fonctionnait jusqu’en 1925. Repaire de punks pendant 80 ans, elle est aujourd’hui une ruine conservée dans son jus, au charme quasi-archéologique.
La Friche de l’Escalette fonctionnait jusqu’en 1925. Repaire de punks pendant 80 ans, elle est aujourd’hui une ruine conservée dans son jus, au charme quasi-archéologique. Julien Chassagne

La disposition des lieux, un enchaînement d’anciennes salles de stockages en forme de camembert semble idéal pour y réaliser prochainement des expositions plus grandes, tout comme les anciens ateliers (1000 m²), qui devraient être rénovés et servir pour des étudiants en architecture qui pourraient ici participer à des concours. C’est en tout cas l’ambition d’Eric Touchaleaume qui a trouvé en la Friche de l’Escalette devant laquelle il passait souvent lorsqu’il rendait visite à son oncle plus jeune, un second lieu d’exception où exposer ses collections, après sa galerie de la rue Mallet-Stevens (Paris 16e). L’occasion aussi de passer le relai à son fils Elliot, jeune trentenaire et passionné, qui s’est occupé en grande partie de l’exploitation et du déblayage des lieux.

Touchaleaume père et fils dans la Futuro, à la marseillaise.
Touchaleaume père et fils dans la Futuro, à la marseillaise. Julien Chassagne

Pour le moment, c’est Utopie Plastic que l’on peut voir à l’Escalette, jusqu’au 30 septembre avant que l’exposition ne s’envole (peut-être) vers Los Angeles. L’an prochain, on pourra visiter la Maison Tropicale de Niamey par Jean Prouvé et en 2019 « La Philosophie du Cabanon », plusieurs réalisations autour de l’architecture légère, transportable et écolo, à l’issue d’un concours international.

La vue depuis les sommets de la Friche de l’Escalette, dans le 8e arrondissement de Marseille.
La vue depuis les sommets de la Friche de l’Escalette, dans le 8e arrondissement de Marseille. Julien Chassagne

Utopie Plastic (du 1er juillet au 30 septembre, sur rendez-vous)
Friche de l’Escalette
Impasse de l’Escalette (8e)
Tél. 04 91 61 90 28
www.friche-escalette.com

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