Julien Chassagne

Marseille,
villages et métropole en éternel renouvellement

La capitale du sud ne cesse d’évoluer, oscillant entre réussites et déceptions, sans jamais perdre son charme méditerranéen. Partez avec The Good Life pour une balade à Massilia, en quelques quartiers, historiques, émergents et au grand potentiel de revitalisation. Belle et brûlante, la cité phocéenne ne laissera personne indifférent.

Marseille choque dès la sortie de la gare Saint-Charles. Là, les yeux encore trop habitués à l’obscurité d’un wagon TGV, on est émerveillé par le panorama. Celui de la vue sur Notre-Dame-de-la-Garde, des haussmanniens qui se mêlent aux HLM vintage, du bleu du ciel qui vient magistralement se fracasser sur le gris du béton qui balise les côtes. Puis on monte dans un Uber, ou un taxi, et l’on se voit bercer par le concert des klaxons d’une ville en ébullition. Direction le cœur de la cité.

Dans les années 50 et 60, la municipalité a décidé d’intégrer les quartiers dans le cœur de la ville (La Cité Radieuse de Le Corbusier en est le meilleur exemple). Résultat, des HLM vintage, aux stores orange, viennent donner un charme tout particulier au tissu urbain marseillais.
Dans les années 50 et 60, la municipalité a décidé d’intégrer les quartiers dans le cœur de la ville (La Cité Radieuse de Le Corbusier en est le meilleur exemple). Résultat, des HLM vintage, aux stores orange, viennent donner un charme tout particulier au tissu urbain marseillais. Julien Chassagne

« C’est ici le Panier ».  On pose alors le pied sur les pavés beiges de cet ancien repaire de gangsters aujourd’hui lieu de vie des bobos, des classes populaires, de riches investisseurs… On serpente, on grimpe, sur des marches usées, on tente de déchiffrer les tags, on passe de places en places, on espère que ça ne s’arrêtera pas. Le Panier n’est pas parfait, tout s’y mélange, des gens aux architectures, et c’est ce qui le rend si attirant. Commencer son périple dans la ville, de quartier en quartier, par le Panier, c’est s’imprégner de Marseille comme on l’imagine, vivante.

Dans les anses…

Ensuite, on descend sur le Vieux-Port, à quelques pas. Tout est à deux pas du Vieux-Port d’ailleurs. Les beaux quartiers comme les moins vivants, des futurs gentrifiés (l’Opéra) aux déjà (un peu) oubliés. Ici, on retrouve le Marseille de carte postale. On le comprend, tant l’endroit est photogénique. Une forêt de mats, la Bonne Mère (toujours elle) en arrière-plan et, depuis quelques temps, une grande roue et le miroir Ombrière. Ces deux installations éphémères sont finalement restées, plantées sur le Vieux-Port, admirablement synchro avec le reste. L’aventure se poursuit. Les plus chanceux prendront un bateau, les autres pourront le faire à pieds, et se retrouveront dans l’anse de Malmousque. Là, les baigneurs sèchent sur les rochers ou trempent dans une eau cristalline, près des bains militaires et de la légion.

L’anse de Malmousque, entre brutalisme anglo-saxon et allure méditerranéenne, pour une dolce vita urbaine.
L’anse de Malmousque, entre brutalisme anglo-saxon et allure méditerranéenne, pour une dolce vita urbaine. Julien Chassagne

Des côtes bétonnées, mais charmantes, des graffitis qui au lieu de gâcher le paysage viennent le compléter. Rien ne va, tout va. Impossible d’expliquer l’effet qu’une simple crique peut faire à une âme. Celle des Goudes, l’une des plus célèbres, arrive presque à nous faire croire que les petites habitations qui la bordent ont toujours été là, qu’elles font partie du décor. Même les rares à être encore convaincus que Marseille ne se résume qu’aux stars de télé-réalité, rappeurs à trois lettres et autres reportages anxiogènes sur les quartiers nord, changeront d’avis une fois les pieds suspendus au-dessus de l’eau, face au coucher de soleil.

Hadid, Nouvel, la culture et le business

Marseille revitalise à la chaine. Plus encore depuis la nomination de la ville comme Capitale Européenne de la Culture en 2013. Le MuCEM, ouvert cette année-là, en est le symbole le plus frappant. Le quartier d’affaires de la Joliette aussi, qui a vu pousser les immeubles de bureaux vitesse Grand V. Idem autour du mythique Stade Vélodrome, dont l’Olympique de Marseille est résident (sans, toutefois, en être propriétaire…) refait à neuf pour l’Euro 2016. Un nouveau quartier est sorti de terre autour de lui, tout près de la mer. Parmi toutes ces revitalisations, c’est la friche La Belle de Mai qui a fait figure d’exemple. Ancienne usine, elle est devenue entre 2002 et 2013 un gigantesque hub culturel au cœur de cette cité grande comme trois fois Paris.

Le quartier d’affaires de La Joliette, et ses immeubles de bureaux style balnéaire tropical.
Le quartier d’affaires de La Joliette, et ses immeubles de bureaux style balnéaire tropical. Julien Chassagne

Dans le deuxième arrondissement, inaugurée en 2010, la Tour CMA-CGM, que l’on appelle ici la « tour Hadid », est un chef d’œuvre d’architecture postmoderne de 145 mètres pour certains, une erreur pour d’autres, dans tout les cas elle détonne. A côté viendra bientôt s’agripper un building d’un autre grand archi-star, Jean Nouvel : La Marseillaise. Ce sont les deux figures de proue du projet EuroMéditerranée. Ensemble, ils compléteront La Joliette, un quartier d’affaires qui s’étale sur cinq arrondissements et 480 hectares. La totalité devrait être achevée en 2020, mais son développement continuera à évoluer.

La tour Hadid et le chantier Nouvel, vus depuis le bar Rooftop R2.
La tour Hadid et le chantier Nouvel, vus depuis le bar Rooftop R2. Julien Chassagne

Des entrepreneurs avisés, amoureux de Marseille

A Marseille, il y a de la place, et la création de la ville après l’assemblage de plusieurs villages, a ses inconvénients, mais aussi ses avantages. C’est ainsi que certains entrepreneurs peuvent « faire des coups ». Eric Touchaleaume, patron de la Galerie 54 (voir encadré) a ainsi pu s’offrir La Friche de l’Escalette. Constructa, groupe immobilier local fondé en 1964 a pu, quant à lui, laisser libre cours à son imagination. Ainsi, cette firme qui exerce également à l’international, est à l’origine, avec d’autres, de la création en 2015 du centre commercial Docks Village, imaginé par le cabinet d’architectes italiens 5+1AA. L’ouverture de grands magasins est un bon indicateur de l’attractivité d’une ville et avec Les Terrasses du Port et les Voûtes La Major, ouverts en 2014, cela donne une idée du changement radical opéré par Marseille.

Marseille tout en un, avec le MuCEM, la Villa Méditerranée, la Cathédrale de La Major et le quartier d’affaires de La Joliette.
Marseille tout en un, avec le MuCEM, la Villa Méditerranée, la Cathédrale de La Major et le quartier d’affaires de La Joliette. Julien Chassagne

Autre entrepreneur, Greg Gassa, a lui décidé de reprendre un ancien bar à hôtesses dans le quartier de l’Opéra. Quand de nombreuses adresses ferment, il voit en ce quartier un fort potentiel pour une possible revitalisation. Dans la rue Glandeves, artère qui part du Vieux-Port, il est en passe d’acquérir deux commerces supplémentaires, pour amener de la vie dans le quartier de son enfance. A la Marseillaise, sans fioriture. Une précaution indispensable avant d’ouvrir un business ici. « Marseille a un beau potentiel, mais un faible pouvoir d’achat. Il faut s’adapter et ne pas brusquer les gens d’ici », confie celui qui a fait l’école hôtelière de Lausanne. Gassa s’est fait une spécialité d’importer ici des concepts encore inconnus en ouvrant notamment, en 2013, l’un des premiers burgers gourmets de la ville. Boucherie-restaurant et épicerie fine, il compte bien redonner au quartier de l’O—péra ses lettres de noblesse. Il s’est justement associé avec d’autres commerçants du quartier pour créer Marseille Downtown (@marseilledowntown), un collectif engagé dans la stimulation du sud de la ville.

Le Sweet’s Lady et son enseigne d’origine, ancien bar à hôtesses symbole d’un quartier (l’Opéra), en pleine revitalisation.
Le Sweet’s Lady et son enseigne d’origine, ancien bar à hôtesses symbole d’un quartier (l’Opéra), en pleine revitalisation. Julien Chassagne

Marseille s’est construite d’erreurs d’urbanistes, de combines municipales, de mélanges anarchiques d’architectures, de petites plages improvisées… De nombreuses années plus tard, même si comme partout rien n’est parfait, la redynamisation de la ville semble être mieux qu’amorcée tout en gardant son âme et une diversité incroyable.

 

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