© Raad Zeid Al-Hussein © Istanbul Museum of Modern Art

Fahrelnissa Zeid,
expo magnétique à la Tate Modern de Londres

Figuratives ou abstraites, les toiles grand format de cette princesse ottomane star du XIXe siècle régalent les émotions inattendues. Cet été, elles sont exposées pour la première fois à la Tate Modern, jusqu’au 8 octobre. Sensationnel voyage pop aux saveurs orientales entre tradition et modernité.

La Tate Modern de Londres offre l’occasion de re-parcourir les 40 ans de carrière de Fahrelnissa Zeid entre voyages, rencontres, et périodes de troubles, que cette figure emblématique de l’histoire de l’art moderne turque du XIXe transposait impulsivement en oeuvres d’art. Dans l’ancienne centrale électrique sur les rives de la Tamise, référence mondiale en matières d’art moderne, on assistera ainsi jusqu’au 8 octobre à la première rétrospective consacrée à cette diplomate noble si passionnée par l’art. Un savant mélange entre les approches européennes de l’art abstrait avec les influences islamiques et byzantines ressort dans des œuvres – dessins, toiles, et sculptures  aux couleurs et à l’énergie parfois frappantes.

Third Class Passengers, Fahrelnissa Zeid, 1943.
Third Class Passengers, Fahrelnissa Zeid, 1943. © Raad Zeid Al-Hussein © Istanbul Museum of Modern Art

En rentrant dans le vif de l’exposition, on sera ébloui par des grandes toiles qui puisent dans un fond culturel riche et hétérogène, certaines atteignent jusqu’à 5 mètres de haut. Inspirée de Matisse et Cézanne, cette artiste dépressive allie art optique et art cinétique à l’art byzantin. Le tout avec une touche énergique et des traits noirs épais, figuration graphique de sa tristesse, mais aussi rappel évident au style oriental auquel elle doit ses origines.

Fight against Abstraction, Fahrelnissa Zeid, 1947.
Fight against Abstraction, Fahrelnissa Zeid, 1947. © Raad Zeid Al-Hussein © Istanbul Museum of Modern Art

L’histoire d’une princesse globe-trotteuse

Née en 1901, Fahrelnissa Zeid a grandi dans une noble famille d’artistes et d’intellectuels. Si son père, passionné d’histoire et de photographie, avait consacré sa carrière à la diplomatie, sa mère et son frère étaient peintres. Adolescente lorsque l’Empire ottoman s’apprête à devenir la République de Turquie, celle qui fut l’une des premières femmes à entrer à l’Académie des Beaux-Arts d’Istanbul a vécu une vie riche de bouleversements. Mais aussi de rencontres, notamment avec André Breton, Chagall ou De Chirico, qu’elle doit au mariage avec le prince Zeid Al-Hussein. C’est avec lui que notre princesse irakienne poursuit sa vie errante. Les premières œuvres expressionnistes voient ainsi le jour à Istanbul pendant les années 40.

Triton Octopus, Fahrelnissa Zeid, 1953.
Triton Octopus, Fahrelnissa Zeid, 1953. © Raad Zeid Al-Hussein © Istanbul Museum of Modern Art

Elle traversera en suite une phase abstraite entre Londres et Paris la décade suivante. À cette époque, ses tableaux colorés et puissants commençaient à lui faire gagner les éloges de la critique internationale. Puis, en 1958, la famille Hachémite est assassinée lors d’un coup d’état militaire en Irak. Fahrelnissa Zeid et son mari se plongent par conséquent dans une nouvelle vie, plus frugale et modeste. C’est ainsi que la princesse apprend à cuisiner à l’âge de 60 ans. Aux fourneaux, entre dindes et poulets, elle trouve l’inspiration pour emboîter les os de ces animaux dans des panneaux en résine polyester, également exposés à la Tate Modern.

Untitled, Fahrelnissa Zeid, c.1950s.
Untitled, Fahrelnissa Zeid, c.1950s. Raad Zeid Al-Hussein

Le coup d’état est un véritable tournant dans sa vie. Cet évènement tragique marque un retour à l’art figuratif. À partir de ce moment et jusqu’à la fin de sa carrière, la princesse ottomane se consacrera à peindre en portrait amis et famille, tout en s’entourant de jeunes étudiantes dans l’école d’art informel qu’elle ouvrira pendant les dernières années de sa vie à Amman, en Jordanie.

Someone from the Past, Fahrelnissa Zeid, 1980.
Someone from the Past, Fahrelnissa Zeid, 1980. Raad Zeid Al-Hussein

Une exposition inspirante, plaisir pour les yeux autant que pour l’esprit, qui vous permettra de découvrir, salle après salle, l’épopée rocambolesque de cette « héritière de quatre civilisations » qui définissait ainsi son autoportrait « La main est perse, la robe est byzantine, le visage crétois et les yeux orientaux, mais je ne le savais pas au moment de peindre. » On pourrait passer des heures à la contempler avant de quitter cette exposition enrichissante.

Fahrelnissa Zeid
Tate Modern
Bankside, Londres SE1 9TG
Tél. +44 20 7887 8888
tate.org.uk

L’exposition sera également présentée à la Deutsche Bank KunstHalle de Berlin en octobre 2017 et au Musée Sursock de Beyrouth en avril 2018.

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