Le chantier naval de Saint-Nazaire, le plus grand d'Europe, tangue entre son carnet de commandes plein et son rachat par l'Italien Fincantieri. Zoom sur ce monument français.

MSC Croisières prend le vent avec le chantier Saint-Nazaire

« Nous avons noué de véritables relations de confiance avec Saint-Nazaire et nous prenons des engagements à long terme, explique Patrick Pourbaix, directeur général de MSC Croisières (@msccruisesofficial) pour la France, la Belgique et le Luxembourg. Il est très important de pouvoir s’appuyer sur un savoir‑faire d’excellence pour accompagner notre croissance, relever les défis écologiques et énergétiques et répondre à nos exigences en termes de design et d’innovation. Nous construisons des paquebots en Europe pour le marché européen. » En adaptant son offre à la demande européenne et en investissant massivement, depuis 2004, dans une flotte ultramoderne, MSC Croisières a pris le leadership en Méditerranée et se hisse au 3e rang mondial avec 1,7 M de passagers par an et 151 itinéraires derrière les géants américains Carnival et Royal Caribbean Cruise Line. Sur un marché de plus de 45 Mds $ et en croissance de près de 4 %, l’Europe « surperforme » à près de 8 % par an. Pour se démarquer de la culture américaine, MSC Croisières mise sur un positionnement plus haut de gamme et élargit son offre d’excursions. Pas moins de 7 Mds € auront ainsi été investis entre 2004 et 2026 pour construire deux générations de paquebots à Saint-Nazaire, soit l’assurance de 3 500 emplois pendant douze ans. On sait la maison mère de MSC Croisières attachée aux anciens Chantiers de l’Atlantique. Créé en 1970 par Gianluigi Aponte, le groupe est devenu le 2e armateur de porte-conteneurs du monde et son chiffre d’affaires avoisinerait 22 Mds €.

Patrick Pourbaix, directeur général de MSC Croisières pour la France, la Belgique et le Luxembourg.
Patrick Pourbaix, directeur général de MSC Croisières pour la France, la Belgique et le Luxembourg. DR

 

Le puissant écosystème d’un chantier naval

L’une des clés de la réussite des chantiers de Saint-Nazaire repose sur les savoir-faire de plus de 500 sous-traitants, depuis la PME régionale spécialiste du son et lumière et des champs scéniques aux grands équipementiers et sociétés de conseil en ingénierie. Près de 75 % du chiffre d’affaires est externalisé. STX, donneur d’ordres et chef de projet, a également su nouer des partenariats académiques et institutionnels avec l’École des mines de Nantes, l’Institut de recherche en génie civil et mécanique (GeM) ou encore le Syndicat des énergies renouvelables. Son approche de la R&D privilégie la collaboration et la mutualisation d’expertises à partir d’un cahier des charges avec des objectifs de résultats à trois ou cinq ans. Tout l’art du chantier intégrateur consiste à coordonner cette coïnnovation et à gérer la planification, de la conception à la construction. STX a élaboré un process industriel sophistiqué en créant, par exemple, une zone anticipée sur le tiers avant du navire (partie la plus complexe sur le plan des installations et de la machinerie), afin de permettre aux équipes de travailler le plus en amont possible sur les études techniques. Pour rester à la pointe de l’innovation, les chantiers de Saint‑Nazaire travaillent avec les leaders du conseil en ingénierie sur des enjeux stratégiques. Assystem assure ainsi une veille, de même que le développement de solutions pour relever des défis technologiques décisifs pour l’avenir. « La consommation électrique de certains paquebots comme l’Harmony of the Seas atteint celle de la ville de Rennes, explique Kevin Enet, directeur de l’agence Assystem de Nantes. Il faut donc résoudre des équations compliquées de gestion de l’énergie. Nous travaillons au développement de logiciels assurant jusqu’à 70 % d’économie d’électricité en écoprogrammation, sur des capteurs de présence, sur un câblage électrique nouvelle génération ou encore sur des moyens de dépollution innovants. De la qualité du réseau sans fil altérée par la présence du métal dépendra le développement d’applications numériques en GPS ou en wi-fi. » Le programme Ecorizon de STX se donne pour objectif de réduire la consommation d’énergie de ses paquebots de 30 %, leurs émissions de CO2 de 50 % et les fumées visibles de 100 %.

Livré en mai 2016, Harmony of the Seas a été construit pour l’américain Royal Caribbean Cruise Line.
Livré en mai 2016, Harmony of the Seas a été construit pour l’américain Royal Caribbean Cruise Line. Michel Verdure

The good concept store A découvrir dans le concept store