Rencontre avec Winy Maas, l’un des fondateurs de MVRDV, l’agence qui invente l’architecture de Rotterdam avec une touche d’humour et… de conscience. Ses projets réalisables s’exportent dans le monde entier et sont issus d'une forte passion pour la recherche, qu’il cultive avec ses étudiants à la Why Factory, un think-tank global de l’université de technologie de Delft.

Chez MVRDV, communication, innovation et urbanisme sont à l’ordre du jour. Tout a commencé avec la Villa VPRO, le projet manifeste de quatre architectes dont les initiales donnent le nom à cette agence qui bouleverse le monde de l’architecture depuis la fin des années 1990. Les espaces de travail de cette villa ont été aménagés pour faciliter la communication entre les employés. Une quinzaine d’années après, les voici présenter le Market Hall, un marché imposant qui en 2014 devient l’un des symboles du centre-ville de Rotterdam. Suivront Ragnarock, un musée consacré à la culture pop & rock au Danemark, mais aussi l’aménagement de Groos, un concept-store qui déménageait dans le même bâtiment de l’agence début juin. Maintenant, tous à l’agence unissent leurs forces pour livrer le premier dépôt d’œuvres d’art de la ville ouvert au public.

Des nombreuses réalisations s’enchaînent aux Pays-Bas comme dans le reste du monde, et les bureaux, où l’esprit de travail d’équipe est souverain, grandissent. Quel est le secret de MVRDV ? The Good Life a demandé quelques explications à l’un de ses cofondateurs, le souriant et très impliqué Winy Maas.

Winy Maas, cofondateur de l’agence MVRDV à Rotterdam.
Winy Maas, cofondateur de l’agence MVRDV à Rotterdam. Christiaan Krouwels

The Good Life : Au tout débout de votre carrière, vous avez travaillé à l’agence OMA. Est-ce que vous considérez Rem Koolhaas comme un mentor ? 

Winy Maas : À l’époque, Rem a été extrêmement important, il était l’un de mes professeurs. J’ai travaillé avec lui pendant deux ans. C’est quelqu’un de très fort dans les milieux métropolitain et conceptuel. En même temps, j’aime bien l’architecture sociale d’Herman Hertzberger et Aldo van Eyck. Le travail de MVRDV aujourd’hui est le résultat de toutes ces influences.

 

TGL : Pourquoi les gens aiment autant MVRDV ?

W. M. : Depuis notre ouverture, en 1993, nos bureaux ont fait face à une croissance substantielle, nous sommes presque 200 maintenant. Nous avons développé une expertise dans l’urbanisme mais nos perspectives vont plus loin. Nous sommes aussi politiquement engagés et attentifs aux questions sociétales que nous intégrons à nos projets : du vert, de l’égalitarisme… L’architecture devrait être communicative et compréhensible. Chez MVRDV on est clair et direct : s’il faut construire un musée au milieu d’un parc (le Art Depot, NDLR), alors je veux le revêtir de miroirs, pour qu’il reflète le vert de ses environnements. Last but not least, notre travail se caractérise aussi par une certaine ironie. Cela aide à transformer toute la gravité et les peurs qui incombent sur nos comportements. Ce mélange de clarté et d’humour s’est concrétisé dans certains bâtiments qui ont fait notre succès.

Art Depot, un majestueux projet commissionné par le musée Boijmans Van Beuningen et la municipalité de Rotterdam, ouvrira au Museumpark en 2019.
Art Depot, un majestueux projet commissionné par le musée Boijmans Van Beuningen et la municipalité de Rotterdam, ouvrira au Museumpark en 2019. MVRDV

 

TGL : Comment imaginez-vous les bureaux du futur ?

W. M. : Je pense plutôt au passé ! Il faut que les bâtiments se transforment en une promenade architecturale, une sorte de balade infinie. Nous ne sommes pas les seuls, mais nous avions réfléchi à ce concept il y a vingt ans déjà. Maintenant c’est devenu très à la mode. Pour la Villa VPRO (le premier projet de l’agence, réalisé en 1997, NDLR) nous avons imaginé une série d’étages connectés entre eux – sept en tout– pour que l’on puisse se déplacer dans un espace de travail étendu. Voici notre manifeste : les bureaux du futur ne sont pas faits pour passer sa journée isolé dans un cubicule restreint. Il faut que les gens se rencontrent.

La Villa VPRO, à Hilversum. Ce projet manifeste de l’agence lui a valu le Dudok architecture Prize en 1997.
La Villa VPRO, à Hilversum. Ce projet manifeste de l’agence lui a valu le Dudok architecture Prize en 1997. MVRDV

TGL : Quel est votre rapport avec la ville de Rotterdam ?

W. M. : J’habite ici depuis presque 30 ans maintenant. Parfois, je me sens comme si j’étais un outsider dans une ville d’outsiders, j’aime bien cette sensation. A Rotterdam, il y a un terrain de reproduction artistique et culturel que je trouve excitant, je me sens très bien accueilli. C’est différent par rapport à Amsterdam, si chaotique et snob, avec très peu d’artistes. Rotterdam est une ville essentiellement pauvre qui a grandi en se réinventant après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de gens ont appris à cohabiter dans un nouvel espace ouvert aux innovations. Ainsi, quand on veut construire une nouvelle rue, et bien je peux en discuter directement avec le maire. Communication et liberté sont dans l’ADN de Rotterdam.

Art, architecture et liberté d’expression cohabitent à Rotterdam. Les superficies intérieures du Market Hall sont revêtues d’une œuvre d’art colorée signée par Arno Coenen.
Art, architecture et liberté d’expression cohabitent à Rotterdam. Les superficies intérieures du Market Hall sont revêtues d’une œuvre d’art colorée signée par Arno Coenen. MVRDV

TGL : Vous êtes à la fois architecte et professeur à la Why Factory, un institut de recherche et think-tank global de l’Université de technologie de Delft qui promeut l’innovation. Quelle est la relation entre ces deux professions ?

W. M. : La recherche devient de plus en plus importante, attrayante et heureusement fantastique. Je suis en quête constante de villes ouvertes à l’innovation, c’est un besoin essentiel chez MVRDV. En tant qu’architecte, on pourrait très bien faire de la recherche au bureau mais le secteur public doit forcément la mener dans les universités. À Delft, je suis très content de développer avec mes étudiants plusieurs modèles auxquels la ville du futur pourrait rassembler : la plus verte, celle avec des voitures volantes, celle qui aime la vitesse et qui veut être rapide, celle qui aime les animaux et la biodiversité. Nous imaginons différentes options pour les villes du futur. J’adore tout ça.

Fondée en 1993, l’agence MVRDV à Rotterdam compte aujourd’hui 200 employés.
Fondée en 1993, l’agence MVRDV à Rotterdam compte aujourd’hui 200 employés. GC

 

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