Entre contrastes et démesure, Hong Kong vit dans une constante effervescence. Son libéralisme occidental mâtiné de croyances asiatiques ainsi que son statut vis-à-vis du continent lui confère une identité bien singulière. Mais gare aux excès !

Cité de contrastes, Hong Kong alterne sans complexe forêts de gratte-ciel et d’arbres pluricentenaires avec des plages paradisiaques aux eaux cristallines. Mais, même si le territoire totalise 1 104 km2 et 262 îles aux ­paysages variés, on en retient surtout cette image des tours hissées vers les nuages qui, tels des Lego, dessinent l’une des plus belles skylines du monde.

Les tours hissées vers le nouages de Hong Kong.
Les tours hissées vers le nouages de Hong Kong. Young-Ah Kim

Dans l’ombre de ces bâtiments vertigineux, les quartiers de maisons sans ascenseurs donnent encore l’impression – l’illusion ? – d’une vie de village. Au détour d’une ruelle, le bruit sec des tuiles annonce une partie de mah-jong disputée en pleine rue. Tandis que des vapeurs de dimsums s’échappent d’une fenêtre. Une douce poésie se dégage de ces îlots, loin du tic-tac sonore des feux rouges, du crissement des tramways brinquebalants et de la foule compacte. Trop rares sont ces enclaves. Trop rares, aussi, sont les lieux encore chargés d’une âme. Las, après cinquante-trois ans, le restaurant Goldfinch vient d’éteindre la lumière sur l’amour de Maggie Cheung et Tony Leung, antihéros du film In the Mood for Love de Wong Kar-wai…

Les rues trépidantes de Hong Kong reflètent le dynamisme économique de cette région spéciale de la Chine.
Les rues trépidantes de Hong Kong reflètent le dynamisme économique de cette région spéciale de la Chine. Young-Ah Kim

Loyers exorbitants à Hong Kong

L’immobilier étant l’un des trois piliers économiques de la ville (avec la finance et le commerce), les bulldozers ne font souvent qu’une bouchée des vieilles maisons. Les prix du marché flambent. L’an dernier, une place de parking s’est vendue 580 000 euros ! Sur 7,3 millions d’habitants, on estime que plus de 200 000 personnes vivent encore dans des maisons-cages (lits superposés grillagés) ou des appartements divisés. Un Chinois a défrayé la chronique, il y a peu, en proposant des « appartements-capsules », rappelant les hôtels-capsules de Tokyo. Pour environ 335 euros par mois, les locataires pouvaient occuper un espace de 2,1 ou 2,3 m2 sur 1,1 m de hauteur en bénéficiant du wi-fi gratuit !

Des excès qui concernent aussi, of course, les loyers commerciaux. Les vendeurs-mannequins d’Abercrombie & Fitch ont ainsi dû se rhabiller. L’enseigne américaine vient de baisser le rideau de son flagship, deux ans avant la fin théorique de son bail. Son loyer, a-t-on pu lire dans la presse, atteignait 850 000 euros par mois. Trop lourd à supporter quand les Chinois mainland (du continent) boudent Hong Kong. La marque n’est d’ailleurs pas la seule à fermer boutique. D’autres grands noms de l’industrie du luxe suivent le même chemin, parfois dans la plus grande discrétion.

La frénésie de la Causeway Bay Station, à Hong Kong.
La frénésie de la Causeway Bay Station, à Hong Kong. Young-Ah Kim

« Pendant ces dix dernières années, les touristes chinois continentaux représentaient environ 50 millions de visiteurs par an, sur les 60 millions au total, avance Mélanie Gaudin, directrice du bureau Business France de Hong Kong. C’était leur seule sortie possible. Aujourd’hui, environ 10 % des Chinois disposent d’un passeport, ils ont le monde entier qui s’ouvre à eux. » Et ils ne se font pas prier pour aller l’explorer. « Ils avaient l’habitude de faire du shopping dans le quartier Tsim Sha Tsui ou “TST”. Dans un jeu de mots ironique, les initiales sont devenues celles de Taipei-Séoul-Tokyo, où les Chinois se rendent désormais », raconte Delphine Lefay, qui a senti le vent tourner. Envoyée par le groupe Eram à Hong Kong il y a deux ans et demi, elle y est restée pour cofonder OnTheList, une société de ventes privées de déstockage de marques dans différents lieux physiques de la ville. Près d’un an au compteur, et l’entreprise annonce déjà un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros ! Hong Kong offre donc encore de très belles opportunités aux entrepreneurs, qui bénéficient, de surcroît, d’un système de formalités ultrasimplifié pour créer leur business. L’ouverture d’un compte bancaire, elle, peut se révéler plus compliquée, les règles s’étant considérablement durcies pour lutter à la fois contre le blanchiment d’argent et le risque terroriste.

Kowloon Nathan Road à Hong Kong.
Kowloon Nathan Road à Hong Kong. Young-Ah Kim

Hub régional

Ce qui n’empêche pas Hong Kong de toujours figurer parmi les quatre premières places ­financières mondiales aux côtés de Londres, New York et Singapour, d’après le Global Financial Index 20. « Aujourd’hui, 50 % des investissements chinois à l’étranger transitent par Hong Kong », continue Mélanie Gaudin. Avec un taux de croissance de 2,4 % en 2015 et une certaine stabilité, Hong Kong reste l’une des villes refuges d’Asie – avec Singapour. « C’est un hub régional, un poste de veille sur la Chine. » Une question reste en suspens. Que se passera-t-il lorsque Hong Kong perdra son statut si particulier et retournera complètement et définitivement dans le giron de la Chine en 2047 ? Gageons qu’elle saura d’ici là rebondir et s’inventer un nouvel avenir.

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