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Allez voir, Saint-Pétersbourg ça vaut le coup !

Ça bouge un peu, à Saint‑Pétersbourg, qui semble sortir du passé. De nouveaux projets lui donnent une belle énergie, et Moscou n’a qu’à bien se tenir. Saint-Pétersbourg fait sa mue…

C’est parfois à d’infimes détails qu’on remarque l’évolution d’une ville, voire d’un pays. Dans les rues de Saint-Pétersbourg, la disparition des symboles « $ » et « € » en est un. Fini les enseignes clignotantes affichant le taux des devises ! Une récente loi fédérale, destinée à lutter contre le terrorisme et le blanchiment d’argent, a eu raison des nombreux kiosques de change, les banques assurant désormais seules le commerce des devises. Un moyen, sans doute aussi, d’éviter la spéculation du billet vert en cette période de crise et de sanctions économiques. De fait, Saint-Pétersbourg a gagné en beauté, délestée de cette pollution visuelle à laquelle elle semblait condamnée depuis les années 90. C’est à cette époque, sur les cendres du communisme, que Vladimir Poutine a gravi les échelons de la mairie, jusqu’à son élection présidentielle en 2000. Il n’oubliera jamais ni ses anciennes amitiés ni la ville, à laquelle il offre l’envergure d’une seconde capitale. Ce n’est donc pas un hasard si le Forum économique de Saint-­Pétersbourg, le Davos russe, continue de s’y tenir chaque année et a fait venir en 2016, pour ses 20 ans, jusqu’à 12 000 participants. Le déménagement de Gazprom de Moscou vers les bords de la Neva découle de la même ambition.

Eglise du Saint-Sauveur-sur-le-Sang à Saint-Pétersbourg.
Eglise du Saint-Sauveur-sur-le-Sang à Saint-Pétersbourg. Bérénice Debras

 

Saint-Pétersbourg, une ville qui change

Pour fêter son tricentenaire, elle recevait même un lifting de ses somptueuses façades. Aujourd’hui, le secteur privé y plante des graines – et des arbres ! L’oligarque Roman Abramovitch a fait planter 270 tilleuls sur l’île de la Nouvelle-Hollande. Son objectif ? En faire un nouveau lieu public et, peut-être, réveiller la ville. « Elle a toujours été endormie, à l’inverse de Moscou, où tout bouge très vite. Ici, tout est histoire : on voit des scènes de Guerre et Paix et on imagine Anna Karénine marcher dans les rues, explique Roxane Chatounovski, creative director de la Nouvelle-Hollande. Notre investissement initial était de 400 millions de dollars, mais on va le dépasser. » L’ensemble sera un mélange de projets commerciaux et éducatifs qui s’achèvera, d’ici à 2025, par l’ouverture d’un hôtel et de galeries d’art. Quid du retour sur investissement ? « Pour l’instant, avec la crise, on ne sait pas. De plus, les habitants de Saint-Pétersbourg ont un pouvoir d’achat plus faible d’environ 30 % que ceux de Moscou », précise-t-elle. Faute de moyens, certains des 5 millions d’habitants de l’ancienne Leningrad vivent encore dans les 60 000 ou 80 000 kommunalkis estimés, ces logements communautaires hérités de l’ère soviétique.

Musée Fabergé, Saint-Pétersbourg.
Musée Fabergé, Saint-Pétersbourg. Bérénice Debras

Des bâtiments sauvés par des oligarques

C’est donc à se demander par quel heureux hasard le grand magasin Au Pont rouge (@aupontrouge) a pu rouvrir ses portes en 2015. Comptant parmi les grands magasins les plus luxueux du siècle dernier – la famille Romanov y avait ses habitudes –, le bâtiment Art nouveau rejoue l’avant-garde grâce à BTK Group (fabricant d’uniformes militaires), propriété de l’oligarque Taïmouraz Bolloev. Entièrement restaurés, les étages ont été superbement pensés par différents architectes, mais restent encore curieusement vides de clients. Les chiffres seront d’ailleurs scrupuleusement tus par David Wilkinson, directeur général. « Ce magasin est lié à la culture et à l’histoire de la ville, précise-t-il. On vient ici pour quelque chose de différent. Nous n’avons ni Gucci ni Prada, mais l’enfant terrible de la mode russe Gosha Rubchinskiy, la boutique officielle du musée de l’Ermitage et un étage entier accueille le concept-store Cosmotheca, dédié à la beauté. »

Au Pont rouge, Saint-Pétersbourg.
Au Pont rouge, Saint-Pétersbourg. Bérénice Debras

Au Pont rouge donne donc un sérieux coup de fouet à la ville, comme l’avait fait le musée Fabergé (@faberge_museum), lors de son lancement, en 2013, par l’oligarque (encore un !) Viktor Vekselberg. Un coup de jeune auquel il convient d’ajouter tous ces clusters créatifs qui fleurissent en ville, souvent loin des yeux, dans les cours et les arrière-cours. En décembre 2016, Saint-­Pétersbourg remportait d’ailleurs le titre de « Meilleure destination touristique culturelle mondiale », lors des prestigieux World Travel Awards. Juste à temps pour l’ouverture, prévue cet été, d’un nouvel hôtel de luxe, le Lotte. Preuve, s’il en fallait encore une, que Saint-­Pétersbourg a bien le vent en poupe.

 

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