La capitale mexicaine est un océan urbain qui s’étale sur près de 1 500 km² et héberge plus que 20 millions d’âmes. Ici, nagent des zones résidentielles et un centre historique, mais aussi des quartiers foisonnants où l'on trouve le soul de Mexico, à partir de Polanco, QG stratégique de la gastronomie révolutionnaire signée Enrique Olvera.

Le 6 mars dernier, la gastronomie de Mexico vivait une petite révolution. Le restaurant Pujol, du chef Enrique Olvera, s’installait enfin à son nouvel emplacement. Un établissement ouvert il y a sept ans, devenu une institution classée parmi les 50 meilleurs restaurants de la planète, dont le déménagement est un choix stratégique. S’il n’y a que deux kilomètres d’écart entre la calle Petrarca, son ancienne adresse, et la calle Tennyson, son nouveau chez-lui, la situation du restaurant change radicalement. Passant de l’extrême ouest de la colonia – le terme local pour désigner un quartier – de Polanco, il se retrouve ainsi en plein cœur de ce Beverly Hills à la mexicaine. L’idéal pour le projet du chef Olvera, saisi par une révélation après l’installation du Cosme, son restaurant à Manhattan, comme il le révélait au New York Times en janvier dernier : « je veux devenir le restaurant favori des vrais gens, pas le meilleur ». Se rapprocher du cœur de Polanco, c’est se rapprocher de sa cible.

A gauche, la façade du musée Soumaya à Polanco.
A gauche, la façade du musée Soumaya à Polanco. Patrick John Buffe

Quartier des restaurants gastronomiques, bureaux, boutiques de luxe, et QG de Grupo Habita, la chaîne d’hôtels la plus chic du pays, c’est ici qu’est née Vuhl, la première voiture sportive 100 % Mexicaine. Polanco est à la fois un havre de paix irrigué d’avenues arborées qui attirent aussi les touristes. On y trouve deux des musées les plus emblématiques de Mexico, la fondation Jumex et sa silhouette d’usine pour l’art contemporain d’un côté et le Soumaya, pour la collection d’art du milliardaire Carlos Slim de l’autre. Passage obligé.

 

Condesa-Roma, le Mexico bohème chic

A sud de Polanco, changement d’ambiance. A la Condesa, les malls et les enseignes de luxe laissent la place aux galeries d’art colorées et aux concept-stores design. Les grandes résidences sont remplacées par des lofts et les restaurants guindés par des bars branchés. La jeunesse dorée mexicaine aime son côté Art déco, hérité de la présence d’immigrés européens au siècle dernier. C’est ici que l’on trouve le Parque Mexico et son look européen très proche de celui des Buttes-Chaumont à Paris.

Une maison style Art déco dans le quartier de la Condesa.
Une maison style Art déco dans le quartier de la Condesa. Patrick John Buffe

La colonia de Roma est le complément parfait de Condesa. L’une ne va pas sans l’autre… Ces faubourgs autrefois véritables coupe-gorges servent aujourd’hui de repaires aux amateurs de street-art. Moins preppy que Condesa, Roma est l’un des quartiers favoris de l’écrivain Daniel Saldaña París, auteur de En medio de extrañas víctimas, connu pour son ton acerbe et son regard entre cynisme et amour viscéral pour sa ville de naissance. Authentique donc. Une promenade dans ces colonias est aussi l’occasion pour les photographes de capturer un tissu urbain dense traversé par les taxis roses ou vert pomme de la capitale. Une richesse architecturale mise en valeur par une appli disponible depuis mars dernier, la Guía de Arquitectura Ciudad de Mexico. Un projet monté par le Ministère de la culture et l’éditeur Arquine, qui manquait cruellement… 

 

Juárez, la longue renaissance

La colonia de Juárez forme un triangle entre Condesa et Polanco. Longtemps, le quartier était réservé aux habitants les plus riches de la capitale qui faisaient construire ici des manoirs à l’européenne. Mais en 1985, un séisme dévaste Mexico et cette partie de la mégalopole mettra du temps à s’en remettre… Aujourd’hui, c’est certainement le quartier le plus divers. De la Zona Rosa, principal lieu de rassemblement des communautés LGBT et coréenne, au quartier d’affaires près de la Calle Insurgentes, le melting pot est tant humain qu’architectural.

Une manifestation près de la Glorieta de la Palma, à Juárez.
Une manifestation près de la Glorieta de la Palma, à Juárez. Patrick John Buffe

Juárez est aussi le symbole d’un Mexico qui décolle, s’ouvre au monde et se remet de ses maux, sans pour autant perdre son identité. Ainsi, les adresses trendy comme Luciferina ou Milán 44 sont à deux pas des cocinas económicas (des restaurants bon marché). Entre les deux, le Comedor Lucerna (@ComedorLucerna), food court bistronomique a grandement participé à la renaissance du quartier. Un nid de culture où les galeries d’art contemporain (comme Marso) côtoient la plus grande concentration de théâtres au mètre carré de tout Mexico, mais aussi des salles de concerts, des musées, des églises préservées et des murs bariolés. Un bouquet final pour ce feu d’artifice de quartiers, Mexico City est l’idéal pour votre prochaine escapade !

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