Levi Strauss a inventé le pantalon en jean en 1873. En 144 ans, il en a vu de toutes les couleurs, ce denim ! Un documentaire maison, présenté lors de la 3e édition du Barcelona Fashion Documentary, retrace toutes les étapes du mythe, sans oublier un seul épisode.

Dans ses bagages, Tracey Panek, historienne en titre des archives Levi’s, a apporté un jean 501 ayant appartenu à… Steve Jobs. Une pièce arrachée aux enchères à un prix resté top-secret. L’occasion était trop belle : révéler aux geeks de la génération Z la concrétisation du projet « Jacquart », une veste connectée, conçue en partenariat avec Google, qui devrait permettre de contrôler la musique, d’accepter ou non un appel téléphonique, ou encore d’obtenir une géolocalisation rien qu’en effleurant l’étoffe sur sa zone active.

Si Levi’s et son archiviste se sont invités au Moritz Feed Dog, festival du film documentaire de mode de Barcelone, c’est aussi pour rappeler l’histoire de son jean le plus mythique, le 501. Et prouver qu’il reste dans la course. Certes, il a été le favori de prestigieux addicts, dont Kurt Cobain, Bruce Springsteen – qui l’exhibe sur la pochette de son album Born in the USA –, Jack Kerouac, Peter Fonda ou même Marilyn Monroe, très denim dans Les Désaxés (The Misfits), sans oublier, en 1938, Albert Einstein, un zest bad boy en veste de cuir, mais les années 2000 n’ont pas été tendres.

Les facteurs de la désaffection sont dus à la fois à l’ingrat yoyo de la mode et à un terrain désormais très encombré : jeans fast-fashion, de créateurs ou de spécialistes récents mais reconnus, ont taillé des croupières aux acteurs traditionnels. Et ce, même si le 501 conserve son aura de légende absolue et Levi’s, son titre de numéro un mondial.

Le jeune Levi Strauss créa en 1873 les fameux pantalons en jean qui séduiront les cow-boys de toutes les générations.
Le jeune Levi Strauss créa en 1873 les fameux pantalons en jean qui séduiront les cow-boys de toutes les générations. LEVI'S

Levi’s 501, numéro bleu de l’aventure

Assiégée, la marque lance sa riposte, raison pour laquelle The Good Life était à l’Aribau Club de Barcelone ! Nous avons scruté les jeans ­Levi’s d’époque sur les fans accourus en masse afin de visionner la douzaine de réalisations au programme, dont celle, institutionnelle, sur le 501. Car, ils sont nombreux à courir le monde pour dénicher l’oiseau rare ou à ne jurer que par Levi’s Vintage ­Clothing, ligne qui propose des modèles issus directement des archives – 2 000 raretés jalousement entreposées au siège social de San Francisco. En recomptant sur nos doigts, c’est un fait : Levi’s a bien 164 ans.

L’histoire débute avec Loeb Strauss – il deviendra Levi plus tard – qui quitte, à 18 ans, sa ­Bavière natale pour New York, où il fonde sa société en 1853. Le jeune homme va suivre les chercheurs d’or vers l’ouest, leur vendant des tentes en toile (fabriquée à Nîmes, d’où « denim », et à Gênes qui a engendré le mot « jeans »). Puis, il invente, en 1873, le pantalon de travailleur couleur dark blue que l’on connaît. Avant-gardiste, Levi s’occupera aussi d’asseoir l’identité de sa création : il crée rapidement l’étiquette en cuir, le tag rouge glissé dans la couture de la poche arrière, le dessin en arc identifiable piqué par-dessus. En 1928, il dépose le nom ­devenu une flatteuse mais encombrante antonomase quand les acheteurs disent « un Levi’s » et non « un jean ».

Un bleu de patience

La légende de Levi’s s’est construite au moment de la conquête de l’Ouest. Le jeune Levi Strauss commença par vendre des tentes en toile de Nîmes aux chercheurs d’or, puis créa, en 1873, les fameux pantalons en jean qui séduiront les cow-boys de toutes les générations, avant de devenir cet accessoire de mode adoré dans le monde entier.

Levi’s Lot n° 1 est un nouveau service de jean sur mesure, avec tailleur maison s’il vous plaît. Le second au monde installé au 76, avenue des Champs‑Elysées, à Paris. Confectionné sur place, chaque modèle choisi par le client est livré dans son emballage réalisé à la main. Ce privilégié pioche parmi 6 toiles de jean, 20 couleurs, 3 types de tissus pour les poches, 12 empiècements de cuir, 7 couleurs de boutons et rivets et entre plusieurs formes de poches et d’étiquettes. Puis il regarde sa montre durant 6 semaines environ. A la fin, et pour 595 €, il sera propriétaire du 501 le plus unique au monde.

La cheville ouvrière

Tracey Panek connaît par cœur les particularités de l’iconique 5‑poches – nombre fixé définitivement en 1939. Pas une couture orange ne manque à l’appel encore aujourd’hui, pas un rivet, pas un décor en arc sur la poche arrière, pas un bouton de métal, ni même une accroche de bretelle pour l’antiquité de 1873 religieusement présentée à la foule. La plupart des détails ont été mis au point sur le tout premier « XX » créé par mister Strauss en personne. Certains ont fini par évoluer au fil du temps, comme le fit contemporain, affiné en 1960. Quant à son nom, le 501, comme celui du 506 ou des vestes Type 1 ou 3, il est tiré du numéro du lot de fabrication afin de faciliter les commandes !

Même si le 501 est aujourd’hui fabriqué un peu partout dans le monde, le tissu, lui, provient depuis 1915 de la filature Cone située en Caroline du Nord, avec laquelle Levi Strauss avait passé contrat d’une poignée de main ; à cet égard, le documentaire présente les ouvriers devant des machines dignes d’un musée qui fonctionnent toujours ! Le rivet de cuivre, lui, est proposé par Jacob Davis à son copain Levi Strauss en 1890 afin de renforcer les coins du tissu. Il sera curieusement retiré des poches arrière entre 1966 et 1971 parce que les ménagères en avaient assez de voir leurs hommes rayer chaises et meubles avec leurs fesses !

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