En devenant le premier pays consommateur d’or de la planète, la Chine a doublé l’Inde. Désormais, il lui faut parvenir à prendre la tête du commerce mondial de ce précieux métal. Son bras armé ? Le Shanghai Gold Exchange, plate-forme de l’Asie pour l’achat et la vente d’or.

La Chine espère, grâce à ce nouveau benchmark, avoir voix au chapitre et, pourquoi pas, un jour, détrôner Londres… Depuis 1919, en effet, l’index londonien fait la pluie et le beau temps sur le marché de l’or. Chaque jour, c’est lui qui sert de point de référence pour les banques centrales de la planète, les joailliers, les financiers, etc. Avec le Shanghai Gold Benchmark, la Chine veut changer les règles du jeu. Le pays y a intérêt. « Cela peut paraître étonnant, mais le rôle de la Chine dans le marché international de l’or est encore très faible. Le pays est un price taker [preneur de prix, NDLR] et non un price setter [fixeur de prix ; le preneur de prix accepte de pratiquer le prix imposé par le fixeur, NDLR] », analyse Philip Klapwijk, directeur de Precious Metals Insights, une société de conseil basée à Hong Kong.

 

L’or, cette autre monnaie

Il faut dire que la Chine revient de loin. En 1949, dès l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong, la propriété privée de l’or est interdite pour éviter que le métal ne fasse concurrence à la nouvelle monnaie que lance le Grand Timonier : le renminbi, la « monnaie du peuple », nom officiel du yuan actuel. L’or est alors mis sous contrôle du nouvel État communiste, via sa banque centrale. C’est cette dernière qui, jusqu’à il y a peu, détenait le monopole de l’achat, de la vente et de la distribution du métal jaune. Elle l’achetait brut, auprès des sociétés d’extraction minière, puis le revendait aux manufacturiers, notamment aux fabricants de bijoux, fixant elle-même les prix.

L’or et la joaillerie en Chine.
L’or et la joaillerie en Chine. Ariel Martín Pérez

La libéralisation du marché n’intervient qu’en 2001. L’année suivante, le SGE est créé. La banque centrale chinoise lui confie alors trois missions : la détermination du prix en fonction de l’offre et de la demande, la vente de l’or aux industriels et aux institutions financières, et le contrôle des importations. D’autres réformes interviendront plus tard, en 2004 notamment, lorsque les Chinois seront autorisés, pour la première fois depuis 1950, à posséder des lingots d’or. « L’ouverture s’est faite année après année. A présent, il n’y a pas d’autres pays dans le monde où il est aussi facile d’acheter de l’or », se réjouit Roland Wang, directeur général, pour la Chine, du World Gold Council. Dans un second temps, les banques chinoises se sont jetées sur le marché. « Auparavant, elles n’avaient strictement aucune activité avec l’or », poursuit-il. Aujourd’hui, les fameuses Big Five du système bancaire chinois – la Bank of China, la China Construction Bank, l’Industrial and Commercial Bank of China, l’Agricultural Bank of China et la Bank of Communications – réalisent environ 25 % du volume échangé au SGE chaque année.

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