The Good Life a rencontré quatre personnalités du monde des affaires torontoises : Blake Goldring, John Tory, Edward Rogers III et Allen Smith. Ils nous dévoilent leurs parcours et les clefs de leur réussite pour faire bouger l'économie canadienne.

John Tory, maire de Toronto.
John Tory, maire de Toronto. Marion Gambin

Selon un sondage, John Tory, actuellement à mi-chemin de son mandat, remporterait de nouveau les élections si elles avaient lieu aujourd’hui. Cet ancien chef du parti conservateur de l’Ontario a retrouvé un second souffle dans la politique municipale après avoir été contraint à la démission en 2009 pour avoir perdu son siège de député, et à cause du déficit de confiance qui s’est ensuivi chez les militants. En 2003 déjà, il s’était engagé, sans succès mais avec une certaine reconnaissance, dans la course à la mairie. Il lui faudra attendre 2014 et le fiasco de son prédécesseur pour devenir enfin le maire de Toronto.

Quel contraste, en effet, que cet homme posé, conservateur modéré, né dans une famille de l’establishment, comparé à un Rob Ford alcoolique, fumeur de crack, mais, étrangement, autant aimé que détesté. C’est d’ailleurs face au frère de ce dernier, Doug, que John Tory a gagné les élections. Rob Ford, quant à lui, est décédé en 2016 des suites d’un cancer. C’est dans ce contexte que John Tory s’est ­finalement installé à l’hôtel de ville. Il a commencé sa vie professionnelle comme journaliste pour des radios du groupe Rogers. Ted Rogers est un ami de la famille Tory, et John occupera, des années plus tard, le poste de président de Rogers Media. C’est en tant que stratège, conseiller politique et directeur de campagne qu’il entre en politique, dans les années 80, d’abord pour Bill Davies, Premier ministre de l’Ontario, puis pour Brian ­Mulroney, Premier ministre du Canada. Il a basé sa campagne sur quelques points cruciaux. Le premier de tous concerne le transport, avec le projet SmartTrack, un réseau de surface de 8 milliards de dollars qui devait desservir 22 stations à partir du réseau ferré existant de Go Transit, un service provincial. Et ce sans puiser dans la poche des contribuables. Le projet SmartTrack a été finalement considérablement réduit, mais John Tory table sur une réélection en 2018 et sur un accord passé avec le gouvernement provincial pour mener à bien son plan.

Citons aussi le prolongement du métro vers la banlieue de Scarborough, un projet adopté en 2013 après d’innombrables péripéties, que le nouveau maire a promis de poursuivre. Et cette déclaration de campagne dans laquelle il a annoncé qu’il observerait un code de conduite en dix points dont, entres autres, l’obligation de venir travailler tous les jours, de rencontrer la presse chaque semaine, de travailler avec tous, sans tenir compte des animosités, et de prendre de réelles mesures pour bannir les privilèges et passe-droits. L’intégrité pour maître mot. De l’honnêteté, de la droiture morale, les Torontois n’en demandaient pas plus à la tête de leur ville. Aujourd’hui, avec cette même franchise, il admet qu’il lui faut trouver de nouvelles sources de financement, tout en rejetant, début décembre 2016, les propositions de taxes sur le stationnement, les immatriculations, l’alcool et le tabac, et la hausse de l’impôt foncier pour les industries et commerces. Il préconise plutôt une taxe de séjour sur les chambres d’hôtel et des péages sur les autoroutes Gardiner et Don Valley. Des actions, plus que des promesses, sur lesquelles il sera ou pas réélu en 2018. S.B.

 

  • Edward Rogers III (@EdwardSRogers), vice-président du groupe Rogers Communications
Edward Rogers III, vice-président du groupe Rogers Communications.
Edward Rogers III, vice-président du groupe Rogers Communications. Marion Gambin

Edward Rogers III dirige d’une main assurée les affaires florissantes d’une grande dynastie torontoise. Difficile d’échapper au logo des Rogers qui scintille en haut de leur gratte-ciel et à l’entrée du stade de la ville, sur les berges du lac Ontario, à deux pas de l’emblématique tour CN. Ce temple du baseball de ligue majeure fut le premier à s’équiper d’un toit rétractable motorisé et aurait englouti, lors de sa construction à la fin des années 80, plus de 100 millions de dollars. Impossible également de dissocier le puissant groupe de télécommunications des Blue Jays de Toronto, propriété de la famille Rogers et seule équipe de baseball canadienne à avoir gagné la Série mondiale. Inévitablement, vous tomberez également sur la marque des Rogers lorsque vous choisirez un opérateur pour votre téléphone, que vous lirez l’un des 50 magazines du groupe ou regarderez l’une de leurs 24 chaînes de télévision.

Issu du monde de la radio, Rogers Communications a pris son envol sous la direction de Ted Rogers. Le père d’Edward ­Rogers III s’est engagé dans les opérations liées au câble et aux réseaux sans fil en pratiquant une stratégie efficace de convergence des contenus (chaînes de télévision, stations de radio et édition). Véritable icône du monde des affaires ­canadien, Ted Rogers a ainsi construit un empire de plus de 13 milliards de dollars de chiffre d’affaires et de plus de 38 milliards de dollars d’actifs, et a su développer un réseau d’influence jusqu’au plus haut niveau de la ville et de la région. A ses funérailles, en 2008, tout ce que l’Ontario et sa capitale comptaient de personnalités importantes était présent pour lui rendre un dernier hommage.

Lourd héritage pour le jeune Edward Rogers III, qui était, jusque-là, resté dans l’ombre du magnat charismatique et omniprésent dans le groupe. Après 2008, il a pris la présidence du conglomérat avec ses sœurs, laissant les manettes opérationnelles à un leadership issu du secteur des télécommunications. Mais depuis la mort du patriarche, les équipes dirigeantes se succèdent dans un climat de lutte de pouvoir et d’influence pas toujours serein. D’aucuns pensent alors qu’Edward Rogers III attend en coulisses le bon moment de reprendre les rênes du groupe familial. S.B.


The Good Spots Destination Toronto

The good concept store A découvrir dans le concept store