Entre un voyage galactique, une expédition au Groenland, une virée au Far West, un séjour au Japon et des aventures érotiques, c’est à un véritable parcours initiatique que nous convie cette sélection de 6 albums.

  • Groenland Vertigo, Tanquerelle, Casterman, 104 p., 19 € – Pygmalion 

Toute ressemblance entre ce Groenland Vertigo et L’Étoile mystérieuse, l’aventure de Tintin, n’est pas une coïncidence. Hervé Tanquerelle s’est beaucoup inspiré d’Hergé, en particulier de l’album dans lequel le célèbre reporter part à la recherche d’un aérolithe dans les mers arctiques. À la fois pour le lettrage, pour l’atmosphère générale du récit et pour certains personnages, comme Philippulus le prophète. Pour le reste, c’est du pur Tanquerelle. Il met en scène, sous forme de fiction, une expédition au Groenland à laquelle il a participé, en 2011, en compagnie de scientifiques et d’artistes, notamment Jørn Riel, dont il avait adapté Des racontars arctiques. Entre comédie loufoque et voyage initiatique, une histoire à la fantaisie rafraîchissante… à l’image du climat groenlandais !

“Groenland Vertigo”, Tanquerelle, Casterman, 104 pages.
“Groenland Vertigo”, Tanquerelle, Casterman, 104 pages. DR

 

  • Fluide glacial 100 % Q, collectif, Audie, 104 p., 19 €  – Sexplicite 

Cette fois‑ci, le magazine Fluide glacial s’écrit avec un… Q. Comme l’annonce la couverture, cet album hors‑série du mensuel fondé par Gotlib en 1975 propose un contenu « sexplicite » dû à l’imagination débordante de ses auteurs. Dans de joyeux débordements de stupre et d’immoralité, les pages signées par les grands anciens (Gotlib, Alexis, Forest, Solé, Goossens…) côtoient celles des jeunes talents nommés Sourdrille, Pixel vengeur ou Mardon (et sa vision très personnelle de la lutte des classes dans Madame désire). Avec, en prime, une étude consacrée par Bernard Joubert, grand spécialiste de la censure, aux retouches apportées à diverses BD jugées trop explicites.

“Fluide glacial 100 % Q”, collectif, Audie, 104 pages.
“Fluide glacial 100 % Q”, collectif, Audie, 104 pages. DR

 

  •  Happy Clem (Gus, tome 4), Christophe Blain, Dargaud, 104 p., 16,95 € – Western

Christophe Blain exagère. Nous faire attendre huit longues années avant de publier la suite de Gus, il y a de l’abus ! Certes, entre‑temps, il a connu le succès avec Quai d’Orsay, adapté au cinéma par Bertrand Tavernier, mais ce n’est pas une excuse. Dans ce quatrième volet de la série, le héros se contente d’une courte apparition pour laisser la vedette à Clem, son ex‑collègue desperado. Mais la retraite ne convient guère à ce dernier, et le voilà qui replonge dans le business tout en préservant une vie sociale respectable. On ne sait ce qui suscite le plus l’admiration du lecteur avec ce western pas comme les autres, entre le dessin virtuose de Blain, ces dialogues qui sonnent tellement juste, l’ambiance entre chien et loup inquiétante ou la personnalité si originale des personnages. On ne va pas se mettre à employer les grands mots et à parler de chef‑d’œuvre, mais la tentation est grande de le faire.

“Happy Clem” (“Gus”, tome 4), Christophe Blain, Dargaud, 104 pages.
“Happy Clem” (“Gus”, tome 4), Christophe Blain, Dargaud, 104 pages. DR

 

  • Un monde flottant, Nicolas de Crécy, Noctambule, 62 p., 18,95 € – Japonismes 

Connaissez‑vous les yôkai ? Ces créatures issues de la culture orale et de l’imaginaire japonais tiennent à la fois du monstre, de l’esprit et de la divinité. Grâce à une longue tradition de dessinateurs, revivifiée récemment par les films de Miyazaki et par les mangas de Mizuki, les yôkai sont toujours présents dans la culture japonaise, tour à tour inquiétants et facétieux. Dans ce beau livre en forme de leporello, qui se déroule tel un accordéon de papier évoquant les rouleaux peints du Japon, Nicolas de Crécy s’est amusé à les semer dans des paysages urbains contemporains, au gré de ses déambulations dans les rues de Tokyo et de Kyoto, en associant chacun de ses dessins à un haïku, ces poèmes japonais en trois vers. Si l’on ne craignait de tomber dans le cliché facile, on pourrait dire que ce bel album allie à merveille tradition (orale) et modernité (urbaine).

 

“Un monde flottant”, Nicolas de Crécy, Noctambule, 62 pages.
“Un monde flottant”, Nicolas de Crécy, Noctambule, 62 pages. DR

 

  • Drink a LOL, Thom J. Tailor et Ookah, Marabout, 160 p., 17,95 € – Cynisme drolatique

L’alcool mène à tout (à condition d’en sortir), et même à la BD. Le personnage central de Drink a LOL est aussi drôle que cynique. Il abreuve le lecteur de réflexions sur le (non) sens de la vie et prend un malin plaisir à casser ses interlocuteurs, le tout saupoudré de maximes du style « quand on pousse le bouchon trop loin, il faut s’attendre à avoir du liège entre les dents ». Cautionné par Albert Einstein lui‑même, Drink a LOL pose une question existentielle : après une soirée bien arrosée, les Daft Punk ont‑ils mal au casque ?

“Drink a LOL”, Thom J. Tailor et Ookah, Marabout, 160 pages.
“Drink a LOL”, Thom J. Tailor et Ookah, Marabout, 160 pages. DR

 

  • Infinity 8, collectif, Rue de Sèvres, 96 p., 17 € – Collégiale aventure

Que peut faire un vaisseau spatial bloqué face à une nécropole galactique ? Soit il trouve une solution technique, soit il fait appel à la fine fleur de la bande dessinée pour le tirer d’affaire. C’est la seconde solution qui a été choisie : Infinity 8 associe, sous la supervision de Lewis Trondheim, quelques‑uns des scénaristes et dessinateurs les plus renommés (Zep, Vehlmann, Vatine, Boulet…) pour régler ce problème en huit tomes (d’où le titre) dans une diversité d’écriture et de dessin réjouissante.

“Infinity 8”, collectif, Rue de Sèvres, 96 pages.
“Infinity 8”, collectif, Rue de Sèvres, 96 pages. DR

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