Elle a vu naître la Fiat 500, le cinéma italien et l’Arte Povera. Turin fut le fief des ducs de Savoie et la capitale italienne, avant d’entamer son virage vers la modernité. Un exemple ? Ce petit bijoux ocre et rouge s'apprête à accueillir en septembre prochain les OGR, hub industriel rénové, consacré à la créativité et à l'innovation.

Comment oublier que Turin fut la ville de la voiture en Italie ? L’arrivée par l’autoroute vous oblige à vous faufiler entre un pharaonique garage, rutilant de chromes, et le Mauto, impressionnant musée de l’automobile. La société Fiat (Fabbrica Italiana Automobili Torino) régna pendant plus de cent ans sur la cité, aussi adulée que détestée, pourvoyeuse d’emplois autant que nid d’aristocrates, boosteur de démographie, mais aussi d’urbanisation sauvage.

L’iconique Fiat 5oo rappelle l’époque où le constructeur automobile régnait sur Turin.
L’iconique Fiat 5oo rappelle l’époque où le constructeur automobile régnait sur Turin. DR

Turin la discrète

Mais la crise est passée par là, et si Turin garde collée aux basques une image de ville industrielle, son économie est désormais moins « autocentrée » pour s’ancrer du côté de l’ingénierie et du dessin industriel. Alenia, Giugiaro, Pininfarina, Bertone : on y dessine des avions, des carrosseries, des meubles, des stylos-billes et des bateaux. Ces nombreux bureaux d’études n’en ont pourtant pas encore fait une ville design. Places monumentales, palais baroques, kilomètres d’arcades, cafés historiques : la belle piémontaise est à l’image de l’Italie, flamboyante.

La flamboyante Galleria Subalpina, l’une des nombreuses parures de la belle piémontaise.
La flamboyante Galleria Subalpina, l’une des nombreuses parures de la belle piémontaise. DR

Ancienne capitale de la maison de Savoie avant d’être celle de l’Italie unifiée, elle fut conçue dans une logique militaire : un baroque austère organisé avec une rigueur minutieuse et des rues se croisant à angle droit. Une seule d’entre elles trace une diagonale, à l’image de Broadway à New York : la Via Pô, qui démarre sur les rives du majestueux fleuve. Mais l’artère qui incarne le mieux la ville est la Via Garibaldi, la voie dessinée par les Romains, droite comme une flèche. Elle traverse jusqu’au château ces places baroques cernées d’arcades et éventre la perspective vers la ligne de crête des Alpes.

La majestueuse via Pô au croisement avec Piazza Castello.
La majestueuse via Pô au croisement avec Piazza Castello.

L’hiver, dômes et clochers émergent des brumes engendrées par la neige alpine. Elles incitent à trouver refuge dans les salles de théâtre, abondantes, les musées, innombrables, et les cafés, aussi historiques qu’à Vienne. À se régaler d’épaisses soupes piémontaises et d’agnolotti, roboratifs raviolis farcis de viande et noyés de jus de rôti. Dès les beaux jours, les places retrouvent le babillement joyeux des terrasses, les innombrables glaciers artisanaux et l’interminable cérémonie de l’aperitivo, rite développé autour du vermouth, spécialité locale qui fit le succès interplanétaire de L’Americano.

Virage contemporain

L’annonce le 6 mars dernier de la restauration de l’OGR Torino ressemble très fort à un symbole de Turin. Ce gigantesque centre culturel – on pourrait glisser 11 Airbus A320 dans ses 35 000 m² – consacré à tous les arts et à l’innovation ouvrira ses portes le 30 septembre 2017 après plus de six mois de travaux qui auront coûté 90 millions d’euros de la part de la fondation CRT, son mécène. Encore un projet dans cette cité qui change de visage en permanence.

OGR (Officine Grandi Riparazioni) inaugurera en septembre 2017 l’un des plus gros hubs d’innovation et créativité en Italie. Cette structure de la fin du XIXe siècle est une véritable célébration du passé industriel de Turin.
OGR (Officine Grandi Riparazioni) inaugurera en septembre 2017 l’un des plus gros hubs d’innovation et créativité en Italie. Cette structure de la fin du XIXe siècle est une véritable célébration du passé industriel de Turin. DR

Car Turin n’est pas à une contradiction près. La ville, qui n’est pas que la capitale de la truffe blanche et du chocolat chaud, si fière de son histoire et de son architecture, a commencé un processus de changement profond, à la recherche d’une nouvelle identité urbaine. Boostée par les JO de 2006, puis devenue laboratoire pour la reconversion des friches industrielles, elle aligne quelques chefs-d’œuvre d’architecture contemporaine, signés Pier Luigi Nervi, Carlo Mollino, Mario Botta, Norman Foster ou Renzo Piano. La nouvelle station de haute vitesse de Porta Susa en est le dernier point d’orgue. Elle accueille les voyageurs du Frecciarossa (la flèche rouge, le racé TGV issu des chantiers de Luca Cordero di Montezemolo, ex-patron de Ferrari), sous une verrière high-tech de 400 mètres, couverte de capteurs photovoltaïques. Ceux qui aiment Turin prendront le train.

Se renseigner

• À Paris : Office national italien de tourisme. 23, rue de la Paix. www.italia.it/fr

À Turin : Office du tourisme. Piazza Castello. www.turismotorino.org/fr

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