Trois questions à Nicola Ricciardi,
directeur artistique prometteur des OGR à Turin

Son objectif ? Convaincre tout le monde avec ses réalisations concrètes. Le défi le plus gros ? Se confronter à la culture turinoise, déjà si riche d’excellence. À 31 ans, Nicola Ricciardi a les idées bien claires et assume la direction artistique des OGR, nouveau hub culturel turinois. The Good Life l’a rencontré pour apprendre comment innovation et créativité s’importent de plus en plus à l’Ouest de Milan.

Nicola Ricciardi, né en 1985, est un contributeur indépendant dans des publications spécialisées dans l’art contemporain telles que Mousse Magazine, Frieze, The Brooklyn Rail ; il donne des cours à l’université de Milan tout en organisant des expositions aux quatre coins du monde, de Florence jusqu’à Los Angeles. Il y a neuf mois, il a accepté un défi – qui fera grimper ultérieurement sa carrière –, prendre la direction artistique des nouvelles OGR (Officine Grandi Lavori), symbole du passé industriel piémontais, reconverties en centre culturel dédié à l’innovation et à la créativité. En attendant l’ouverture, prévue pour le 30 septembre 2017, Nicola partage avec The Good Life ses impressions sur ce projet ambitieux qui s’apprête à révolutionner la vie culturelle turinoise.

Nicola Ricciardi, directeur artistique des nouvelles OGR à Turin.
Nicola Ricciardi, directeur artistique des nouvelles OGR à Turin. Daniele Ratti

The Good Life : Des études à Milan, Berkley en Californie, au Bard College de New York… À 31 ans, vous portez un parcours international et prestigieux sur vos épaules. Pour quelle raison avez-vous décidé de revenir en Europe ?

Nicola Ricciardi : J’ai décidé de quitter New York, où j’habitais depuis 2013, parce que même éloigné, je pressentais une effervescence imminente dans le panorama artistique italien. C’est dur d’affirmer que la culture en Italie est en bonne santé, mais l’ouverture de certaines institutions artistiques, notamment à Milan où on entend parler d’un Printemps milanais – avec la Fondazione Prada, la Fondazione Feltrinelli, le musée Mudec (Museo delle Culture) – a accéléré certaines dynamiques. En rentrant des États-Unis, j’ai eu la surprise de découvrir plus d’énergie et de confiance par rapport à quand j’étais parti. Cette mission est une occasion unique, une grande responsabilité qui m’amènera à une confrontation directe avec le contexte culturel turinois, déjà bien structuré et riche en excellences dans plusieurs domaines : de l’art contemporain aux arts vivants, en passant par la musique électro.

La cour ouest des nouvelles Officine Grandi Riparazioni, dont l’inauguration est prévue à Turin le 30 septembre 2017.
La cour ouest des nouvelles Officine Grandi Riparazioni, dont l’inauguration est prévue à Turin le 30 septembre 2017.

TGL : Quel sera l’impact des nouvelles OGR sur la communauté piémontaise ?

N.R. :  J’ai passé les neuf derniers mois à instaurer un dialogue avec les institutions locales, leur raconter nos idées tout en expliquant les spécificités des OGR : les grandes superficies, l’élasticité des aménagements, l’unicité architecturale. Mon souhait est que les nouvelles OGR soient perçues par les directeurs de ces institutions comme un allié avec lequel partager les risques mais surtout les bénéfices. Notre objectif est de faire croître leurs publics, en mettant en place des véritables synergies. Ce n’est pas un hasard si notre mot d’ordre est « OGR est Turin ». Prenons par exemple le cas du directeur d’un théâtre, en travaillant avec nous, il pourra s’imaginer un spectacle dans notre espace dédié aux arts vivants destiné à 1 100 personnes, le double des places par rapport à un théâtre traditionnel. Je souhaite construire et faire grandir un nouveau public dans le domaine des arts visuels et vivants qui puisse bénéficier d’une offre culturelle, parfois inexprimée jusqu’à présent. Les OGR ne seront pas un simple lieu d’observation passif, ce sera également un centre pour la connaissance et l’analyse, grâce à des laboratoires et des initiatives destinés à un public adulte, ainsi qu’aux jeunes générations.

 

TGL : Quelles sont vos impressions sur la ville de Turin ?

N.R. : C’est difficile de bien connaître une ville, si réservée comme Turin, quand on ne la fréquente pas au quotidien. Car, contrairement à Milan, ma ville natale, Turin tend à garder ses perles pour elle. Les Turinois sont bien conscients des excellences gastronomiques, industrielles et culturelles offertes par leur ville, mais ils restent très modestes. Je suis souvent étonné car on entend très peu parler d’institutions telles que Palazzo Madama : ce palais accueille des pépites qui feraient envie au Victoria & Albert Museum de Londres. Et puis, en matière d’innovation, les Turinois se sentent trahis chaque fois qu’une idée naît sur les rives du Pô et qu’elle s’envole pour Milan, ou bien vers l’Europe. La capacité de se raconter (ou de se vendre) est la plus grosse différence entre Milan et Turin. Si Milan attire plus d’innovation par rapport à celle qu’elle est capable de créer, Turin quant à elle, est un véritable générateur d’idées, qui parfois ont du mal à rester enracinées dans le territoire. Ceci dit, le musée égyptien et la Reggia Venaria rentrent dans la classification des 10 musées les plus visités en Italie en 2016 ! Et à la fin de l’année, Turin accueillera un autre projet culturel qui verra le jour dans un ancien chantier Enel, la « nuvola » de Lavazza. Bref, mon espoir est que avec les OGR, la tendance s’inverse.

Vue sur les Alpes depuis Piazza Carignano.
Vue sur les Alpes depuis Piazza Carignano.

Les Good Spots de Nicola Ricciardi à Turin

J’ai la chance d’avoir un bureau en plein centre de la ville – enfin jusqu’à ce que le chantier des OGR soit terminé – et à chaque fois que je me déplace à pied pour un rendez-vous c’est une nouvelle découverte : une cour nichée que l’on découvre uniquement quand on se trompe de portail, et surtout les montagnes : pendant les journées ensoleillées au coin d’une rue on voit apparaître les Alpes, comme si elles faisaient partie intégrante de l’architecture urbaine…

  • Une place : Piazza Carignano résume dans quelques mètres carrés toute la magie de Turin : le Palais Carignano avec sa façade baroque ondulée, le théâtre homonyme qui transpire la culture, la gastronomie du restaurant Del Cambio.
  • Une glace : chez Pepino, parfum noisette !
  • Une librairie : Libreria Luxemburg, la première fois que j’y suis rentré par simple curiosité, j’y suis resté des heures.
  • Un musée : à deux pas de cette place magique, le musée égyptien, qui est le deuxième au monde, juste après celui du Caire.

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