Chorégraphe de la compagnie barcelonaise La Veronal, Marcos Morau présente son spectacle Voronia, à Nantes, le 24 et 25 mars. Une peinture surréaliste de l’âme, renversante !

Le chorégraphe espagnol Marcos Morau, fondateur de la compagnie La Veronal, basée à Barcelone.
Le chorégraphe espagnol Marcos Morau, fondateur de la compagnie La Veronal, basée à Barcelone. La Veronal

Parcours

Marcos Morau est né à Valence, en Espagne et a fait des études de chorégraphie à l’Institut du théâtre de Barcelone, au conservatoire supérieur de danse de Valence et au Movement Research, à New York. Par la suite, il devient assistant au Nederlands Dans Theater II, ainsi qu’à la compagnie IT Dansa dirigée par Catherine Allard. C’est en 2005 qu’il crée sa compagnie La Veronal, regroupant danse, cinéma, photographie et littérature, et qu’il inaugure un décalogue de créations chorégraphiques à travers les pays d’Europe du Nord ayant une histoire sociétale avec la danse. En 2013 le National Dance Award lui est décerné par le Ministère de la culture espagnol, ainsi que le Sebastià Gasch Award, de la Fondation des Arts et du Design. Il est l’auteur de nombreuses créations dont Los Pájaros muertos et Maryland en 2009, Russia et Moscow en 2011, Islandia et Kobenhavn en 2012, Härnösand et Siena en 2013, Zelentsova, Portland et Nippon Koku en 2014, Voronia et Oskaria en 2015, Kova – Géographic Tools, Ariadna et Le Surréalisme au service de la révolution en 2016.

Dans la salle non encore remplie, une brume légère associée à un parfum d’encens plane sur les gradins, c’est la magie du travail de Marcos Morau. Cet encens est celui des églises, celui que les Rois mages offrirent au Christ pour sa naissance, celui qu’on disperse autour du cercueil pour accompagner l’âme du défunt au paradis. Sur scène, des figurants en tenue blanche d’infirmier passent la serpillière et l’aspirateur sur un grand tapis rouge, métaphore de cette obsession pour la propreté, seul palliatif pour laver nos péchés. Durant ce prologue qui ressemble au corridor d’un purgatoire, un enfant en costume noir est placé sur scène et regarde le public s’installer. Sorte de témoin qui se pose ensuite devant le grand rideau de scène servant de toile de fond à la projection d’un incendie.

Un voyage surréel entre le bien et le mal

Pour donner une référence géographique à la noirceur humaine, et s’inscrire dans ce travail de décalogue que le chorégraphe Marcos Morau mène depuis quelques années, ce voyage surréaliste entre le bien et le mal s’inspire de ­Krubera-Voronya, la « grotte des cordeaux », située en Géorgie, le gouffre connu le plus profond du monde. Métaphore idéale pour servir de scène à ces solos, duos, trios virtuoses et fluides, à ces développés, cambrures et glissades…Car, ici, les corps semblent n’être qu’une feuille au vent, auquel seul le souffle de l’esprit donne peu à peu consistance. De même, l’esthétique est omniprésente. ­Silhouettes longilignes habillées de pantalons et de gilets foncés très ajustés, laissant dépasser le col en dentelle d’une chemise blanche. Chaussettes hautes et blanches également, tels ces bas de soie que les matadors portent dans l’arène, car il est question également de combat dans cette ­Voronia.

Une esthétique très poussée

L’ esthétique de cette pièce théâtrale, sans jamais être du théâtre dansé, se retrouve dans l’écriture chorégraphique de Marcos Morau, qu’il a baptisée Kova. Un compromis entre les danses classique, néoclassique et contemporaine. Traitée de manière abstraite et contemporaine, enrichie de références littéraires, photographiques et cinématographiques, cette écriture se retrouve également dans le parti pris musical – le chœur des esclaves de ­Nabucco, des extraits du Tristan et Isolde, de Wagner, et de La Traviata, de Verdi –, mais également dans la scénographie folle et sublime à la fois – ascenseur évoquant une matrice qui conduit à l’enfer ou au paradis, morgue où repose un chimpanzé dans les bras duquel l’enfant se blottit, grande table de festin décorée de fleurs blanches évoquant la Cène…

Marcos Morau traite de ce qui nous conditionne dès notre naissance

Et si cet amoureux du verbe porte ici un certain regard sur la religion, il ne condamne jamais Dieu. Sombre et flamboyante à la fois, sa Voronia enferme tout ce que l’Espagne truculente, profonde, effervescente compte de merveilleux et de paradoxal, un zeste de Movida, de Goya, de Buñuel, de Federico García Lorca, de Dalí, de Picasso… Une heure en tout, rien à jeter, jusqu’à la fin où l’enfant revient sur scène, ouvre une porte dans un mur et oriente de grands projecteurs vers le public. Écho à l’incendie du début ? Nouvelle métaphore scénographique ? Ou simple effet de lumière qui nous fait voir tels que nous sommes, des voyeurs de nos existences.

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