Amanda Levete - AL_A

Avec le MAAT, Lisbonne franchit encore un palier

Flambée du marché immobilier, tourisme de masse, nouveaux hubs branchés … Et maintenant le MAAT pour compléter le tableau. Lisbonne n’avance-t-elle pas trop vite ?

Le très attendu Museu de Arte, Arquitetura e Tecnologia ouvrait ses portes le 30 juin dernier à Lisbonne, mais seulement dans les parties rénovées du musée de l’électricité voisin, ancienne centrale électrique. Mitoyen, un nouveau bâtiment tout en courbes accueillait ses premières expositions dès le 5 octobre. Deux inaugurations pour un seul musée, composé de deux édifices aux designs antithétiques. Et ce n’est pas fini ! Actuellement fermé – décidément … – le MAAT rouvrira le 21 mars, paré d’un jardin qui fera le lien entre les deux sites.

Le MAAT, par l’architecte britannique Amanda Levete.
Le MAAT, par l’architecte britannique Amanda Levete. Amanda Levete - AL_A

Ce nouveau hub culturel, Lisbonne le doit à l’architecte britannique Amanda Levete et son cabinet AL_A, aussi à l’origine du Selfridges Building de Birmingham. Même à Lisbonne, sa signature est très marquée : courbes douces et motifs hypnotiques. Plus administratif, l’ancien curateur du MoMA à New York, Pedro Gadanho, s’offre un retour au pays : l’architecte portugais a traversé l’Atlantique pour devenir le directeur du MAAT. Un poids lourd donc. Et derrière tout cela, Energias de Portugal – l’EDF locale – signe les chèques et fournit les œuvres d’art via sa fondation. Une association de bienfaiteurs pour un musée qui fait entrer la ville dans la liste des hubs les plus importants d’Europe pour la culture.

Belém, quartier historique, culturel et libertaire

Sur les bords du Tage, le quartier de Belém concentre à lui seul presque toutes les cartes postales lisboètes. Du pont du 25 avril, à la tour qui a donné son nom au quartier en passant par le Monastère des Hiéronymites, et le Monument aux Découvertes, lors d’une balade, on ne peut pas se permettre de perdre la concentration… C’est aussi dans ce bairro que de nombreux musées sont sortis de terre, comme celui de la marine, des carrosses, et plus récemment le Museu Berardo pour l’art moderne et contemporain. En toute logique, c’est donc ici que le MAAT s’est établi à son tour.

Les liens ténus entre Lisbonne et Londres se confirment avec le Village Underground, à la fois incubateur de start-up et lieu d’expression artistique, en plein cœur de la capitale portugaise.
Les liens ténus entre Lisbonne et Londres se confirment avec le Village Underground, à la fois incubateur de start-up et lieu d’expression artistique, en plein cœur de la capitale portugaise. Village Underground

Mais à Belém il n’y a pas que les musées, les incontournables touristiques, et, accessoirement les meilleures pâtisseries du pays. Sous le pont, certains ont investi les anciens docks, formant un nouveau quartier à la frontière avec le Bairro Alto. En 2008, la LX Factory s’y installe : un incubateur de start-up, des restaurants branchés, des boutiques de créateurs et des expositions. Attention : port de la barbe obligatoire et tatouages à l’improviste encouragés. Cinq ans plus tard, le Village Underground – une création londonienne – débarque à son tour avec ses containers bariolés, sur le même principe. Deux parcs d’attractions pour hipsters devenus passages obligés dans ce Brooklyn à la sauce piri-piri.

De l’hipsterisação à la gentrificação, Lisbonne n’a pas le temps de souffler

Bairro Alto, Cais do Sodré, Mouraria, Alfama… Depuis le début de la décennie, les quartiers de la capitale portugaise s’ouvrent aux touristes les uns après les autres. Entre les opérations menées par les compagnies aériennes low cost et les guides de voyages qui vantent l’authenticité de zones autrefois réservées aux initiées, l’explosion du tourisme à Lisbonne est indéniablement liée à son accessibilité et ses nouveaux quartiers « visitables ». Résultat ? Le prix au m² explose à une vitesse folle. Pêle-mêle, de 2014 à 2015, on a constaté une augmentation de 30 % à Baixa et Chiado. Une tendance à la hausse qui s’est poursuivie l’an dernier (jusqu’à + 14 % dans certains bairros).

Cais do Sodré et sa Pink Street.
Cais do Sodré et sa Pink Street. Ribeiro Simoes

« Qui va pouvoir habiter à Lisbonne ? » C’est la question que se posaient certains lisboètes lors d’une manifestation contre la gentrification à l’été 2016. Un phénomène qui ne faiblit pas, 40 nouveaux hôtels ont prévu d’ouvrir leurs portes dans les quartiers prisés de la capitale d’ici la fin de l’année. Problème ? L’un des principaux attraits de Lisbonne tient en son atmosphère, entretenue par ses habitants. Du cercle vertueux au cercle vicieux il n’y a donc qu’un pas de Malhão. Comme entre le Bairro Alto et Intendente, favori pour être le prochain quartier tendance…

 

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