Aman
Hotels, palaces et lodges

Aman, le groupe singapourien qui a renouvelé l’hôtellerie d’exception

Le groupe singapourien Aman sème ses hôtels comme des petits cailloux autour du globe, choisissant invariablement des emplacements rares pour des retraites intimes (jamais plus de 40 chambres). Pour CSP+++, mais l’antithèse du palace. Tout ce qu’on aime !

Les murs de la chambre sont lisses et nus. Un haïku de pierre et de bois où la lumière s’impose comme actrice principale. Lame de béton tapie sous un ciel aveuglant dans le désert de I’Utah, l’Amangiri fond ses 34 suites dans une perspective de dunes dorées et de roches rosées. Chaque chambre, dotée d’un mur vitré qui s’escamote dans sa totalité, projette ses habitants de plain-pied dans le paysage, à ne plus savoir s’il est dedans ou dehors. Chair de poule garantie. Cet hôtel minéral est en permanence sur liste d’attente, Graal de tout « Amanjunkie ». Dans l’univers hôtelier ouaté du groupe Aman, on ne parle en effet jamais d’habitués, encore moins de repeaters.

Un cran au-dessus dans le bien-être

A l’attention de ceux qui fréquentent les spas dans le monde sans tout comprendre du jargon thérapeutique, rappelons que le mot « holistique » signifie qu’on traite le corps dans sa globalité. Aman s’y met à son tour en lançant son concept Wellness. Les spas du groupe étaient déjà tout à fait à la hauteur, mais voici désormais des programmes immersifs personnalisés, nourris de soins, de détox et de rééquilibrage alimentaire. Les amateurs de « re‑connexion » ou de « weight immersion » peuvent déjà s’y adonner à l’Amanpuri de Phuket et à l’Amanbagh indien, dans lequel l’ayurveda sera bien entendu de mise. Des « retraites événementielles » en groupe seront également égrenées dans l’ensemble des hôtels.

On appelle « Amanjunkies » ceux qui ont succombé un jour aux sirènes d’une escale siglée et n’ont plus jamais désiré autre chose. Ils choisissent leurs destinations en fonction des adresses de la marque, se reconnaissent entre eux à d’infimes signes et finissent parfois par acheter l’une des villas construites en bordure des resorts. Ce club autoproclamé compose 50 % de la clientèle et passe son temps à faire le tour de la planète, de la côte ouest américaine à Bali, en passant par le Bhoutan, Turks et Caicos, l’Inde, la Chine et le Japon, sans compter l’Europe. En tout, 31 adresses à ce jour. En attendant l’ouverture prochaine de Shanghai, New York, Londres…

Les Resorts Aman se déclinent aussi en version résolument contemporaine, comme l’Amangiri, un bloc minéral fondu dans les roches de l’Utah.
Les Resorts Aman se déclinent aussi en version résolument contemporaine, comme l’Amangiri, un bloc minéral fondu dans les roches de l’Utah. Aman

La saga commence à Phuket en 1988, lorsqu’Adrian Zecha, cofondateur de la chaîne asiatique Regent, transforme sa maison de vacances et celles de ses voisins en hôtel. Ce visionnaire veut donner à ses hôtes l’impression d’être invités chez des amis riches et raffinés plutôt que de débarquer dans un établissement de luxe : pas de lustre en cristal, pas de réception ni d’ascenseurs. Un accueil tout en doigté. Pris au jeu, Adrian Zecha accumule les créations au gré de ses coups de cœur pour des lieux, sans esbroufe et sans jamais faire de réclame. Chaque nouvelle adresse incarne la philosophie et l’élégance de cet homme tellement discret que certains observateurs finiront par douter de son existence.

Aman et ses affinités sélectives

En 2018, le 30e anniversaire de la marque sera celui d’un style et d’un état d’esprit. Chaque adresse grave une histoire différente mais reste fidèle aux principes de base : un site exceptionnel, naturel ou historique, l’espace jamais compté (les suites mesurent en moyenne 150 m²) et un nombre de chambres inférieur à 40, garantissant à chaque client un calme absolu et cette sensation « amanesque » de rester entre soi dans une maison amie.

Exemple de restauration d’un bâtiment historique dans un lieu d’exception, le Sveti Stefan est niché sur la côte monténégrine.
Exemple de restauration d’un bâtiment historique dans un lieu d’exception, le Sveti Stefan est niché sur la côte monténégrine. Aman

Les palaces attirent les clients qui cherchent la lumière, les Aman, ceux qui préfèrent la discrétion. Pour parvenir à ce seuil d’excellence, facturé au « prix d’appel » de 1 000 dollars, les moyens ne sont pas comptés. Les matériaux les plus fous sont choisis pour restaurer les resorts historiques, comme le Palazzo Papadopoli à Venise – fresques Tiepolo et mobilier Maxalto – ou l’envoûtant Sveti Stefan, village monténégrin où le maréchal Tito recevait ses hôtes de marque.

L’Aman Venice, sur le grand canal, est le fruit d’une somptueuse rénovation du Palazzo Papadopoli, une merveille du XVIe siècle aux murs décorés de fresques de Tiepolo.
L’Aman Venice, sur le grand canal, est le fruit d’une somptueuse rénovation du Palazzo Papadopoli, une merveille du XVIe siècle aux murs décorés de fresques de Tiepolo. Aman

Dans les sites naturels, les bâtiments, toujours bas, les lignes intemporelles associées au luxe de détails dégagent une énergie fluide, des vibrations particulières. D’aucuns accusent le design d’être un peu trop rigoureux. Il ne faut certes pas être amateur de baroque ni de flots de soie. Difficile néanmoins de renier les miraculeuses affinités sensitives avec les lieux, qui se fondent dans la culture locale sans jamais tomber dans le folklore ni le premier degré. Grattez un Aman et vous trouverez un architecte. Ed Tuttle, Jean-Michel Gathy et Kerry Hill ont signé la plupart des réalisations. L’Américain ébauchait en 1988 l’esprit maison avec les toits pointus de l’Amanpuri ; on doit au Français le stupéfiant Aman-i-Khas au Rajasthan ; quant à l’Australien, il vient de poser le premier hôtel « vertical » du groupe, à Tokyo.

L’Aman Summer Palace, à Pékin, se situe à côté du Palais d’Été. Luxe suprême, les clients peuvent accéder à ce domaine impérial directement depuis l’hôtel, en dehors des heures d’ouverture.
L’Aman Summer Palace, à Pékin, se situe à côté du Palais d’Été. Luxe suprême, les clients peuvent accéder à ce domaine impérial directement depuis l’hôtel, en dehors des heures d’ouverture. Aman

Extension du domaine du luxe

Survoler la montagne Navajo en montgolfière ; découvrir avant l’arrivée des touristes le temple de Borobudur, en Indonésie ; accéder directement depuis l’hôtel, grâce à une clef, au palais d’Été de Pékin en dehors des heures d’ouverture ; dormir au milieu des tigres au campement de l’Aman‑i‑Khas, en Inde : chaque adresse a ses privilèges, ses surprises. Mais l’expérience suprême reste celle du service. Ne parlons pas du ratio employé/client, le plus élevé du marché, mais plutôt de ce talent, autant lié au bon sens qu’à la formation, d’être discret tout en saisissant le rythme et les désirs de chacun. Quelques esprits chagrins ont eu peur que l’arrivée d’un propriétaire russe fasse virer la clientèle au « bling ». Y-a-t-il lieu de s’inquiéter, quand aman signifie « paix » en sanskrit ? Et que pourrait-on reprocher à un homme dont la générosité se contente d’un taux de remplissage de 48 % tout en finançant sans compter sa marque fétiche pour la porter vers les sommets ?

L’Aman Summer Palace, à Pékin, se situe à côté du Palais d’Été. Luxe suprême, les clients peuvent accéder à ce domaine impérial directement depuis l’hôtel, en dehors des heures d’ouverture.
L’Aman Summer Palace, à Pékin, se situe à côté du Palais d’Été. Luxe suprême, les clients peuvent accéder à ce domaine impérial directement depuis l’hôtel, en dehors des heures d’ouverture. Aman

Indiana Jones en Chine

Voici sans doute le projet le plus titanesque jamais mené par le groupe. A 800 kilomètres au sud de Shanghai, dans la région montagneuse de la province de Jiangxi, la construction du barrage des Trois-Gorges menaçait il y a dix ans d’immerger plusieurs villages médiévaux, ainsi qu’une forêt de camphriers millénaires. Avec la complicité d’un entrepreneur chinois fou d’histoire, Aman s’est lancé dans l’aventure archéologique. Démontage minutieux et restauration de plus de 30 villages, transplantation de 10 000 camphriers monumentaux : un véritable roman d’aventure version Salaire de la peur.  50 des maisons sauvées, datant des dynasties Ming et Qing, ont retrouvé une nouvelle vie à côté de Shanghai, dans un parc de 40 hectares où l’architecte Kerry Hill a semé spas, lacs, piscines et villas contemporaines. Cette nouvelle adresse incroyable, attendue pour 2017, s’ajoute aux trois autres hôtels chinois du groupe, à Pékin, Hangzhou et Lijiang, traçant un parcours sensible au fil de l’empire du Milieu.

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