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Hotels, palaces et lodges

Park Hyatt Shanghai : atteindre les sommets, au sens propre comme au figuré

Il a certes perdu son record d’hôtel le plus haut du monde, mais le Park Hyatt Shanghai reste l’un des plus étonnants, des plus déroutants et des plus élégants du monde. Jusqu’à devenir l’un des symboles de la mégapole chinoise. Peu d’établissements peuvent se vanter d’avoir acquis un tel statut en si peu de temps !

Pour qui les aime, découvrir un nouvel hôtel est une rencontre toujours pleine de promesses. Et quand ce rendez-vous a lieu entre ciel et terre, le moment est encore plus intense. Lorsqu’il a ouvert, en 2008, le Park Hyatt Shanghai était l’hôtel le plus haut perché du monde, logé dans ce qui était alors la tour la plus élevée de la ville : le Shanghai World Financial Center (SWFC). Il a, depuis, été dépassé par le Ritz Carlton, à Hong Kong. C’est là, entre les 79e et 93e étages de la tour, juste en dessous de cette drôle d’ouverture en forme de trapèze qui lui vaut le surnom de « Décapsuleur », que le groupe hôtelier américain Hyatt a installé l’un de ses plus beaux établissements.

Le Park Hyatt Shanghai est logé dans le Shanghai World Financial center, surnommé le « décapsuleur ». A ses côtés, les tours Jin Mao et Shanghai.
Le Park Hyatt Shanghai est logé dans le Shanghai World Financial center, surnommé le « décapsuleur ». A ses côtés, les tours Jin Mao et Shanghai. DR

On y accède, depuis la rue, par une entrée presque cachée. Une enseigne discrète, un bagagiste qui l’est tout autant et, au bout d’un très long et haut couloir, après avoir franchi trois portes vitrées, nous voilà devant l’ascenseur, face à un étrange trio surgi du mur – une œuvre de l’artiste chinois Gao Xiaowu, Standard Age, qui représente le sourire standardisé de trois employés de bureau. C’est au 87e étage que se trouve la réception. Une trentaine de secondes suffisent pour l’atteindre. Et pour découvrir ce qui fait l’essence de cet hôtel, ce jeu de dilatation et de contraction de l’espace induit par la lumière ou, plus exactement, par son absence. Cachée par la réception, la vue tant attendue se fait encore désirer. Quand, enfin, elle s’offre à nous, on sait qu’il sera désormais difficile de s’arracher à la contemplation. Que le ciel soit bleu, nuageux ou embrumé, que ce soit au petit matin ou en plein milieu de la nuit, chaque moment est unique et hypnotique : la course incessante des bateaux qui parcourent le fleuve Huangpu et qui, à cette hauteur, ressemblent à de petits jouets colorés, les illuminations kitsch de la tour Perle de l’Orient, la vue plongeante sur la tour voisine Jin Mao et ses pagodes d’acier postmodernes.

Juste à côté, la nouvelle tour Shanghai, dans laquelle devrait encore ouvrir un hôtel – qui, à son tour, dépassera celui de Hong Kong –, atteint de nouveaux sommets. Elle semble rappeler que les idées de grandeur animent encore les bâtisseurs, qui n’en ont décidément pas fini avec la course aux records. Le SWFC est un projet mené par le japonais Mori Building, promoteur, entre autres, du complexe Roppongi Hills Mori, à Tokyo. ­Décédé en 2012, Minoru Mori aimait l’art et l’architecture, et croyait en l’importance de la ville verticale. Il l’a prouvé ! Pour son grand projet chinois, le promoteur japonais a choisi Kohn Pedersen Fox, la même agence d’architecture américaine qui avait bâti la tour tokyoïte. Quant à l’intérieur du Park Hyatt, il a été confié à Tony Chi, un Taïwanais basé à New York, qui avait dessiné les espaces restaurants du Grand Hyatt de Roppongi Hills, et qui signait ici son premier vrai projet hôtelier intégral. Il a conduit ce projet avec l’humilité que lui imposaient à la fois la hauteur et la vue : de la retenue, des lignes minimalistes, très peu d’éléments décoratifs ou de variations de couleurs.

Résultat ? Le Park Hyatt est à mille lieues des hôtels de luxe spectaculaires qui, dit-on, plaisent aux nouveaux riches chinois.

Mais Shanghai n’est pas tout à fait la Chine, et les Chinois ne sont pas non plus tous des enfants éblouis par ce qui brille. Alors qu’à cette hauteur le ciel est si grand et l’horizon, si vaste, cet hôtel est, par contraste, celui de l’intimité, de l’introspection et de l’obscurité. Un design silencieux, invisible, comme le définit Tony Chi. Aucune trace de nostalgie, aucun signe ostentatoire, et bien que peu lisible au premier abord, un ADN radicalement chinois, qui s’inspire du qi, principe fondamental d’équilibre, d’harmonie et de fluidité. Dans les grands couloirs feutrés menant aux chambres, l’esprit se calme, l’œil s’habitue à la pénombre. Ce qui frappe, une fois entré dans la chambre ou la suite, c’est bien évidemment la vue ! Et rien ne peut nous en distraire. Certainement pas les couleurs, totalement absentes du décor, ni les panneaux de bois au fini velours qui cachent les rangements et les accessoires de l’hôtellerie haut de gamme. Écrin de pierre grise à peine éclairé, la salle de bains se divise en deux espaces distincts, dont une grande salle d’eau avec douche ouverte et baignoire.

Le design intérieur joue clairement la carte de la discrétion. Ce qui frappe, une fois dans la chambre, c’est bien sûr la vue.
Le design intérieur joue clairement la carte de la discrétion. Ce qui frappe, une fois dans la chambre, c’est bien sûr la vue. DR

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