Gingembre, ginkgo biloba, maca… Les remèdes naturels censés booster le désir masculin ne manquent pas. Utilisée en Afrique depuis des siècles, l’écorce de yohimbehe aide à lutter contre la dysfonction érectile.

Originaire des forêts tropicales du Gabon, du Cameroun, des deux Congo et du Nigeria, le yohimbehe (prononcer « yohimebé ») est un arbre qui peut atteindre 30 mètres de haut et dont les feuilles, persistantes, mesurent de 20 à 25 cm de long. Il appartient à la famille des rubiacées et son écorce, récoltée toute l’année, puis séchée au soleil, est utilisée depuis des générations dans le traitement de diverses affections : angine de poitrine, hypertension artérielle, fièvre, lèpre, toux, maladies cardiaques… Elle a même été préconisée pour servir d’anesthésique et présenterait des propriétés hallucinogènes. Mais c’est pour ses qualités aphrodisiaques que l’écorce de yohimbehe a été principalement consommée par les Pygmés et les Bochimans d’Afrique de l’Ouest.

Forts de cette découverte, des missionnaires allemands l’ont rapportée en Europe au XIXe siècle, sous l’appellation « arbre d’amour ». Rapidement populaire auprès de la gent masculine, le yohimbehe a été étudié dès les années 60 par les scientifiques, afin de confirmer, ou non, la réalité de ses vertus aphrodisiaques. Ces dernières proviennent de la yohimbine, un alcaloïde contenu dans son écorce, qui peut à la fois augmenter l’apport sanguin vers les organes génitaux et stimuler l’activité du système sympathique responsable des impulsions nerveuses qui excitent les tissus génitaux. Plus le taux de yohimbine est élevé, plus le remède est efficace. Problème : on ne connaît pas toujours le taux de yohimbine dans les produits en vente libre (tisane, gélules ou poudre), qui, de fait, n’engendrent pas toujours le résultat escompté. Pour parer à cette difficulté, les laboratoires pharmaceutiques ont alors développé leurs propres médicaments, disponibles uniquement sur ordonnance et composés de chlorhydrate de yohimbine, obtenu à partir d’un extrait d’écorce normalisé en yohimbine.

Contrairement aux remèdes classiques, la teneur en yohimbine du chlorhydrate de yohimbine a fait l’objet d’études randomisées : 16 essais cliniques, pour un total de 874 sujets, ont été effectués, et une synthèse en a été publiée en 1994. Ses auteurs concluaient que le chlorhydrate de yohimbine apportait de légers bienfaits dans le traitement de la dysfonction érectile avec un rapport risques / bienfaits acceptable. Idem en 1998, pour sept essais cliniques (419 sujets). En 2002, une étude menée sur 45 hommes contre placebo et yohimbine seule a montré que l’ingestion simultanée de 6 mg de chlorhydrate de yohimbine et de 6 g d’arginine (un acide aminé) une heure ou deux avant l’activité sexuelle donnait de meilleurs résultats.

Un indice thérapeutique étroit

Pour être efficaces, et surtout sans danger, les comprimés destinés à stimuler la libido et à lutter contre la dysfonction érectile devraient contenir entre 1% et 4% de yohimbine. Reste que les produits vendus librement dans le commerce et sur Internet n’indiquent pas toujours clairement leur composition. D’ailleurs, dès 1990, les responsables de la Commission E, en Allemagne, estimaient ne pas pouvoir recommander l’utilisation thérapeutique du yohimbehe, car l’indice thérapeutique de la yohimbine est trop étroit : l’écart entre la dose minimale nécessaire pour obtenir un effet thérapeutique et celle à partir de laquelle des effets indésirables peuvent se manifester est faible. Or, ces effets secondaires ne sont pas négligeables, loin s’en faut : agitation, tremblements, anxiété, irritabilité, nausées, vomissements, maux de tête, rougeurs, mais aussi, à des doses plus élevées difficiles à identifier dans les produits en vente libre, hypertension, palpitations cardiaques, troubles respiratoires, paralysie, voire… décès, tout simplement.

Les interactions avec les aliments, les plantes ou les médicaments (caféine, éphédrine, antidépresseurs, béta-bloquants…) seraient également nombreuses. Tenté par l’expérience ? Mieux vaut quand même demander conseil à son médecin avant de se lancer dans l’automédication pour ce type de produits… D’autant que, depuis quelques années, même les laboratoires pharmaceutiques s’en détournent : ils privilégient désormais le sildénafil. Dernier en date : Sanofi. En février dernier, L’Officiel du médicament révélait que « le laboratoire Sanofi France [annonçait] l’arrêt de la commercialisation de Yohimbine Houde 2 mg comprimé à compter de début mars 2013. Le laboratoire précise que des alternatives thérapeutiques sont disponibles. » A bon entendeur…

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