Les créateurs de ce triple malt 100 % hexagonal sont en passe de réussir un véritable pari : créer de toutes pièces le premier « whisky français » sans être adossés à un grand groupe.

On connaissait Alexandre le Bienheureux. Voilà maintenant Jean et Alexandre les Bienheureux. Le duo est à l’origine de la création du premier « whisky français », le Bellevoye. Derrière cette marque se cachent Jean Moueix et Alexandre Sirech. Le premier, 30 ans, est l’héritier d’un des fleurons de Pomerol, le cru hors classe Petrus, et le dirigeant de la société familiale de négoce Duclot. Le second, la quarantaine, a baroudé toute sa vie à l’international avant de revenir s’installer en France et de créer sa propre société de négoce de vins.

Le premier whisky français

Deux personnalités fortes, qui se sont rencontrées un peu par hasard : Jean Moueix partait en vacances à Cuba et son père lui conseille d’appeler l’un de ses amis, Alexandre Sirech, qui a vécu cinq ans sur l’île. Les deux hommes se rencontrent : un vrai coup de foudre amical. S’ensuivent des heures de conversations, de partage de valeurs, d’envies et d’idées jusqu’à l’émergence de la bonne : Les Bienheureux.

Un nom qui se veut un véritable programme et une philosophie pour la société qui produit et distribue des spiritueux (quatre rhums, une cachaça), mais surtout le premier whisky français. Bien sûr, le discours peut paraître un peu angélique et trop bien rôdé avec cette volonté de faire bien et le bien, de rendre tout le monde content – fournisseurs, collaborateurs et clients –, mais on finit par y croire, tant les deux hommes y mettent du cœur. D’autant que cette entreprise a été entièrement créée, en 2013, sur les fonds propres de Jean et d’Alexandre, sans aucun autre lien avec la famille Moueix que le nom de l’un des fondateurs.

Alexandre Sirech et Jean Moueix (à droite) ont fait le pari de créer le premier whisky français.
Alexandre Sirech et Jean Moueix (à droite) ont fait le pari de créer le premier whisky français. DR

En 2013 donc, les deux compères décident de produire non pas un whisky de telle ou telle région de l’Hexagone, mais bien le premier « whisky français », une appellation que les douanes ne reconnaissent d’ailleurs pas (encore). Pour trouver leur whisky idéal, Jean et Alexandre commencent par goûter un échantillon représentatif, comme on dit dans l’univers des sondages, de la production mondiale : ils testent 150 whiskies. De quoi se faire une idée précise de ce qu’ils veulent et de commencer leur quête de distillats.

Car une autre spécificité du Bellevoye, c’est qu’il s’agit d’un triple malt. Un assemblage de single malts issus de trois distilleries françaises (en Alsace, à Lille et à Cognac). Après un vieillissement de trois à huit ans dans les caves de ces distilleries, les whiskies sont assemblés avant de passer dix mois supplémentaires dans les chais des Bienheureux, à Cognac. Désormais, la gamme Bellevoye se compose de deux références : un malt de 6 ans d’âge en moyenne (étiquette bleue) et celui réalisé avec les meilleurs fûts (rouge). En attendant une référence légèrement tourbée (étiquette noire), en 2017.

Tel un parfum, le whisky Bellevoye est vendu dans une élégante bouteille.
Tel un parfum, le whisky Bellevoye est vendu dans une élégante bouteille. DR

Casser les codes

Aujourd’hui, Jean Moueix et Alexandre Sirech réalisent qu’ils ont réussi un pari osé face à de très grands groupes qui dépensent des millions d’euros en R&D, en marketing et en promotion pour leurs produits. « Nous, comme l’argent sort directement de notre poche, nous sommes beaucoup plus économes, confesse Jean Moueix avec un sourire. Mais cela nous oblige aussi à être très créatifs, exigeants, et surtout à mouiller notre chemise pour commercialiser notre whisky. » Et Alexandre Sirech d’ajouter : « Avec Bellevoye, nous offrons une synthèse du savoir-faire français, puisque les céréales, la distillation et le vieillissement sont 100 % français, mais en cassant les codes de l’univers du whisky. »

Emballage et design sobres, pas de logo, un nom qui se prononce dans toutes les langues et, surtout, un assemblage qui représente l’excellence du made in France : élégant, délicat, intemporel et raffiné. Féminin, diront les mauvaises langues… Peut-être, mais, en tout cas, un joli produit qui devrait séduire les mixologues, justement par son côté équilibré, et les consommateurs, par sa fraîcheur. Commercialisé uniquement auprès du réseau traditionnel (bars, restaurants et cavistes), le Bellevoye a d’ailleurs tout de suite fait des adeptes : les Bienheureux prévoient d’en vendre 100 000 bouteilles dès la première année, et quelques palettes sont déjà parties vers l’Amérique du Nord et l’Asie. De quoi rendre quelques consommateurs si ce n’est bienheureux, du moins heureux.

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