Ludovic Maisant

The Good Neighborhood #5 : La deuxième vie de Vesterbro à Copenhague

Depuis qu’il concentre les adresses trendy les plus novatrices de la capitale danoise, l’ancien quartier des prostituées et des bouchers est devenu plus que fréquentable : un passage obligé pour suivre en temps réel les tendances scandinaves en matière de design, de mode, d’art et de gastronomie. Le nouveau Vesterbro ou la cool frénésie, cinquième quartier favori de la rédaction... Le Top 5 a retrouver dans notre numéro spécial 5 ans.

A l’instar de Södermalm, à Stockholm, ou de Grünerlokka, à Oslo, l’histoire de Vesterbro est celle d’une renaissance. Bâti à la fin du XIXe siècle, ce quartier populaire et multiculturel de Copenhague est resté austère et vétuste jusque dans les années 90, quand la municipalité a décidé de lancer, en concertation avec les habitants, un plan de réhabilitation ambitieux et respectueux de l’environnement. Appartements insalubres rénovés, façades repeintes, espaces verts aménagés : Vesterbro change complètement de physionomie et s’impose au passage comme un site pilote en matière de rénovation écologique. Revers de la médaille : les loyers s’enflamment, obligeant la population la plus modeste à partir vivre ailleurs. Une autre la remplace peu à peu. Elle est plus aisée, beaucoup plus branchée aussi.

Certes, à l’arrière de la gare centrale, il reste plusieurs sex-shops aux vitrines tape-à-l’œil. La nuit, quelques junkies et prostituées arpentent encore les trottoirs d’Istedgade, l’épicentre du « quartier rouge ». Mais le reste du temps, on croise une population bigarrée d’ouvriers, de retraités, d’immigrés, d’artistes et de créatifs en tous genres. Et, surtout, un nombre impressionnant de hipsters ultralookés au mètre carré, dans certaines zones comme Kodbyen ou Værnedamsvej. Y compris des familles au grand complet. Lui avec barbe, tatouages, chemise de bûcheron et casquette. Elle, naturellement belle et avec beaucoup d’allure… Une vraie fashionista. Sans oublier leurs enfants (forcément…) au look tout aussi bien pensé, installés dans la plus stylisée des remorques à vélo. Underground, certes, mais aussi lifestyle, Vesterbro crée sans cesse le buzz avec de nouveaux lieux à la pointe des tendances : petits cafés cosy, fast-food bio et bons, bars à bières ­artisanales, ­boutiques multimarques audacieuses, ­galeries d’art reconnues, concepts hybrides (café-­disquaire de vinyles, menu « hot-dog et champagne »…).

Derrière sa façade graphique, le Designer Zoo abrite un collectif d’artistes et de designers. Parmi eux, Karsten Lauritsen et sa table en forme de haricot, disponible en 90 couleurs !
Derrière sa façade graphique, le Designer Zoo abrite un collectif d’artistes et de designers. Parmi eux, Karsten Lauritsen et sa table en forme de haricot, disponible en 90 couleurs ! Ludovic Maisant

Entrepôts reconvertis en lieux branchés

Signe de l’esprit alternatif qui anime désormais le quartier, le street-art a fait une percée fulgurante avec plusieurs œuvres monumentales signées de stars internationales de la discipline : les rongeurs géants du Belge Roa, les acteurs de tragédie théâtrale de l’Irlandais Conor Harrington ou les hipsters père et fils du Danois HuskMitNavn (littéralement, « souviens-toi de mon nom »). Autant de visions pour le moins surprenantes dans le pays du minimalisme cher à Arne ­Jacobsen.

Au cœur du Meatpacking District, la Galleri Bo Bjerggaard, galerie majeure, représente les meilleurs artistes danois, émergents ou confirmés, de Tal R à Per Kirkeby. De belles découvertes à la clé, comme les clichés de Per Bak Jensen, très remarqués à Paris Photo 2015.
Au cœur du Meatpacking District, la Galleri Bo Bjerggaard, galerie majeure, représente les meilleurs artistes danois, émergents ou confirmés, de Tal R à Per Kirkeby. De belles découvertes à la clé, comme les clichés de Per Bak Jensen, très remarqués à Paris Photo 2015. Ludovic Maisant

Le centre névralgique de Vesterbro est sans nul doute Kodbyen, que l’on surnomme déjà le Meatpacking District, comme à New York : un gigantesque marché de gros, dont l’activité historique se réduit comme peau de chagrin, la plupart des boucheries ayant migré à l’extérieur de la ville. L’agence d’architecture danoise Mutopia a été officiellement missionnée en 2007 pour redonner vie au site et pour veiller à ce que ce patrimoine industriel exceptionnel, dont une grande part date des années 30, soit préservé.

Peu à peu, les entrepôts désertés sont ainsi reconvertis en restaurants, bars, boîtes de nuit, galeries d’art, espaces de coworking… et abritent aussi quelques activités avant-gardistes. Un exemple ? I Am A Kombo, atelier de recherche sur la cuisine contemporaine et organisateur de dîners expérimentaux à grand spectacle, y a installé son QG, mi-laboratoire, mi-­librairie. Tous ces endroits se ressemblent plus ou moins : intérieurs bruts de décoffrage avec murs et sols en béton, carreaux blancs, zinc, métal et bois brut pour le mobilier. Il reste même parfois les néons d’origine et les anciens crocs de boucher auxquels on suspendait les carcasses. Pas très glamour, certes, mais emblématique de l’ambiance de tout un quartier, assurément plus bohème que chic. Et pas du tout show off. Vesterbro, c’est le royaume du cool.

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