Young-Ah Kim

The Good Neighborhood #4 : Le 798 Art District à Pékin

798, un code à trois chiffres qui rime, à Pékin, avec art contemporain. Depuis une quinzaine d’années, l'ancienne usine d’armement de Dashanzi, qui portait ce matricule, s'est muée en véritable territoire artistique. Surtout occupé par des ateliers au début de sa reconversion, il est aujourd'hui devenu la place forte des galeries et des centres d'art de la capitale et le quatrième quartier favori de The Good Life... Le Top 5 a retrouver dans notre numéro spécial 5 ans.

Si, à Pékin, il n’est pas toujours facile d’indiquer sa destination à un chauffeur de taxi quand on ne parle pas le mandarin, montrer sur un papier le nombre 798 fonctionne comme un sésame. On raconte même que ce quartier des arts serait devenu la cinquième destination dans le classement des sites à visiter en Chine, après la Cité interdite, la place Tiananmen, le stade olympique et la Grande Muraille. Autrement dit, le 798 Art District est aujourd’hui une étape obligatoire. Pas seulement pour les amateurs d’art avertis. Il en va aussi pour les étudiants ou, plus simplement, pour les curieux.

Amateurs d’art et badauds se pressent au 798 Art District, dont les traces du passé industriel ajoutent à la singularité du lieu.
Amateurs d’art et badauds se pressent au 798 Art District, dont les traces du passé industriel ajoutent à la singularité du lieu. Young-Ah Kim

Et la présence de l’Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) dans cette zone n’est sans doute pas étrangère à cet engouement. Il y a une dizaine d’années, les collectionneurs Guy et Myriam Ullens, fans d’art contemporain chinois, ont décidé de créer un centre à Pékin pour promouvoir une scène en plein essor. La Chine ne disposait pas alors d’institutions à la mesure du retentissement que connaissait le travail des artistes chinois dans le ­paysage international. Le regard du couple se tourne donc vers le quartier 798. Les amateurs savent, depuis les années 2000, que de nombreux ateliers d’artistes occupent cette ancienne usine d’armement bâtie à la fin des années 50 avec le concours de la RDA. Des galeries ont vu l’intérêt de s’y installer, à l’image des Italiens de Continua ou de Long March Space, fondée par Lu Jie, qui y mène un vrai travail de fond. Ainsi, en 2007, ­l’UCCA ouvre ses portes dans un grand retentissement médiatique, écartant au passage les risques de disparition des petits lieux d’art que laissait entrevoir la spéculation immobilière montante.

L’art comme prétexte

Les ateliers cèdent peu à peu la place à des galeries, mais aussi à des cafés, à des restaurants, ainsi qu’à des boutiques en tout genre, attirant, le week-end, nombre de personnes pour qui l’art n’est finalement qu’un prétexte. C’est vrai qu’il est agréable de sillonner à pied ce périmètre très arboré, dénué de circulation, où l’on peut prendre des selfies devant des œuvres rigolotes. A l’image de Pace Beijing, les bonnes galeries tiennent le cap, en raison notamment des vastes espaces dont elles disposent et bien qu’elles tentent toutes de freiner l’afflux des badauds en faisant désormais payer l’entrée – certes, pour une somme modique (entre 2 et 10 renminbis, soit environ 1,50 euro). Et puis, à quelques minutes de là, un autre quartier des arts a pris forme dans le « village » de Caochangdi, grâce à l’installation du Three Shadows Photography Art Centre et de la galerie Urs Meile. Outre qu’elles proposent une programmation de grande qualité, ces deux structures ont la particularité d’occuper des bâtiments conçus par Ai Weiwei. L’artiste multifacette s’est en effet servi de la brique traditionnelle, autrefois utilisée dans les hutongs (ensemble de passages étroits et de ruelles), pour ériger des architectures aux lignes très contemporaines qui accueillent des galeries, des ateliers et des logements pour les artistes.

Amateurs d’art et badauds se pressent au 798 Art District, dont les traces du passé industriel ajoutent à la singularité du lieu.
Amateurs d’art et badauds se pressent au 798 Art District, dont les traces du passé industriel ajoutent à la singularité du lieu. Young-Ah Kim

Ainsi, au-delà du phénomène de foule, le périmètre reste tout de même une place de choix pour qui veut s’offrir un panorama de l’art contemporain chinois. A ces deux quartiers s’ajoute une « succursale » du Minsheng Art Museum de Shanghai, qui a ouvert, en bordure du 798 Art District, quelque 35 000 m2 d’espaces d’exposition, dans une ancienne usine convertie par Studio Pei-Zhu. Le sponsor (la China Minsheng Banking Corporation) a vu grand et, d’ailleurs, le musée peut parfois sembler un peu vide. Mais les choses vont vite à Pékin, comme en témoignent ces impressionnants chantiers à ciel ouvert qui ponctuent le quartier, qui devraient rapidement laisser la place à des résidences de standing. L’importance acquise par le 798 pour le quartier de Dashanzi est telle que l’art va sans nul doute céder du terrain face à des intérêts plus mercantiles.

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