Jean Paul Mathieu

The Good Neighborhood #3 : Un dimanche à la campagne dans le quartier de Kichijoji

Excentré dans l’ouest de Tokyo, ce quartier à l’atmosphère provinciale est investi par les trentenaires créatifs à la recherche d’un nouveau mode de vie. Kichijoji cultive (pour combien de temps encore ?) un esprit de délicieux no man's land, entre quartier populaire et bohème chic. Kichijoji est troisième du classement de nos quartiers favoris, retrouvez le top 5 en intégralité dans le magazine The Good Life spécial 5 ans.

Descendre du train à la gare de Kichijoji, c’est comme débarquer dans l’un de ces dessins animés japonais aux décors délicatement ciselés. Petites boutiques précieuses alignées comme à la parade, Dean & DeLuca au coude à coude avec Mariage Frères et Rose Bakery, couloirs tapissés de mosaïque Bisazza… Sur la frange ouest de Tokyo, à vingt minutes de train, on vous avait ­annoncé Gennevilliers et vous vous retrouvez en plein cœur de SoHo. Poussée aux limites de la ville par l’inflation immobilière, une vague de familles de trentenaires créatifs a commencé à migrer vers ce faubourg populaire, au point que ce quartier relax a récemment été élu l’endroit le plus agréable à vivre de Tokyo. Des boîtes de jazz se sont mises à fleurir ; Dairakudakan, célèbre compagnie de buto, y a établi ses quartiers, tout comme la galerie Fève, inscrite sur le parcours pointu des ­amateurs d’art.

Avec ses rues sans prétention, ses boutiques qui mélangent les genres et son ambiance bohème et décomplexée, Kichijoji s’affiche comme le Brooklyn de l’est.
Avec ses rues sans prétention, ses boutiques qui mélangent les genres et son ambiance bohème et décomplexée, Kichijoji s’affiche comme le Brooklyn de l’est. Jean Paul Mathieu

Une frange de jeunes Tokyoïtes commence à y débarquer le week-end. Ils sont représentatifs de cette génération de la crise et de la décroissance, en rupture avec les designers japonais qui prônaient la sophistication dans la radicalité et le total look black. Ces jeunes Japonais branchés chercheraient plutôt l’inspiration dans la vieille Europe, le vintage, l’expérimental rustique, le mélange des genres. Avec ses rues sans prétention, Kichijoji, le « Brooklyn de l’Est », affiche ce côté bohème et décomplexé qui rassure les enfants du tsunami. Lorsqu’on sort de la gare par le nord, on tombe tout de suite sur Daiya‑Gai, l’une de ces rues piétonnières typiques, couvertes et très animées, où on trouve tout ce qui nourrit le quotidien : épiceries, drogueries, librairies et files d’attente pour acheter les menchikatsus du dîner, minces galettes de viande hachée, panées et frites. A l’opposé, côté sud : l’âme de Kichijoji, oasis urbaine créée par le troisième shogun de Tokugawa. On y passe le dimanche en ­famille ou entre amis autour du lac. Plus loin, la rue Nakamichi, dans laquelle s’alignent les boutiques de mode alternative perchées au sommet d’étroits escaliers, les vieilles drogueries et les restaurants typiques, puis la rue Harmonica Yokocho, célèbre pour ses notes de jazz et de rock alternatif.

Il y a quinze ans, le designer Kazuto Kobayashi joua les pionniers en choisissant de s’exiler dans cette petite cité, alors réservée aux cadres moyens. Il y a ouvert deux boutiques chic et bohèmes, Outbound, cachée dans une paisible ruelle bordée de maisons de bois, et Roundabout, au premier étage d’un immeuble un peu délabré et collé à la gare, qui entre en vibration au passage de chaque train. « Les objets que je choisis se croisent dans ce lieu, à l’image des gens qui se rencontrent dans cette ville. J’aime les objets qui sont de plus en plus beaux en vieillissant, qui ne sont pas arrogants. » Kichijoji, c’est un peu tout cela. Son authenticité et sa douceur de vivre entraîneront-elles une gentrification qui aura raison de son charme ? L’ouverture, dans le quartier, du plus grand Uniqlo du Japon, il y a deux ans, a fait craindre le pire, mais cette banlieue reste pour l’instant fidèle à elle-même, garde ses bars jazzy, son ambiance provinciale, ses restaurants branchés les moins chers de Tokyo. A savourer avant que tout le monde y aille !

Informations pratiques

  • Y aller
    Kichijoji est accessible en une vingtaine de minutes à partir des gares de Shinjuku ou de Shibuya, par les lignes Sobu et Chuo. Au bureau d’information de la station (sortie nord), d’adorables hôtesses coiffées de tambourins proposent des plans sur lesquels figurent boutiques et galeries.
  • Un musée
    Le musée Ghibli, conçu par Goro Miyazaki, le fils du célèbre réalisateur, raconte les coulisses du fameux studio Ghibli où ont été créés les iconiques Voyage de Chihiro et Princesse Mononoké. Décors et dioramas reconstituent le charme indescriptible de l’univers des films d’animation japonais.
    1-1-83 Simorenjaku, Mitaka-shi, Tokyo. www.ghibli-museum.jp/en
  • Une boutique
    « Je veux faire connaître les choses qui parlent de la vie », raconte le propriétaire de Roundabout, qui propose, dans ce grand espace éclairé par une verrière, la sublime papeterie Postalco, de beaux sacs mixtes en toile épaisse, des vêtements de travail tchèques, des céramiques rares… Un concept‑store avec supplément d’âme.
    2F, 1-6-7 Kichijoji-Minamicho, Musashino-shi, Tokyo. www.roundabout.to

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