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The Good Airports

The Good Airport : Singapour - Changi, entre jardins et nuages

Assez banal d’un point de vue strictement architectural, l’aéroport de Singapour a pourtant été auréolé de 500 récompenses internationales et est considéré comme l’un des meilleurs du monde.

Un parc de papillons, des jardins intérieurs et extérieurs, trois cinémas, le wi-fi gratuit, une piscine donnant sur le tarmac, une flopée de boutiques et de restaurants… L’aéroport Changi a construit une ville dans la ville, où grouillent près de 40 000 employés. En 2014, 54,1 millions de passagers (dont 30 % en transit) ont franchi ses portes (63,8 millions à Charles-de-Gaulle, 70,4 millions à Dubaï et 96,1 millions à Atlanta la même année). Ces voyageurs n’étaient pas seuls, puisque les Singapouriens ont pris l’habitude de s’y promener en famille le week-end. « J’y vais avec mes enfants, pour les espaces de jeux, et avec des amis, pour l’offre variée de restaurants, confie une jeune maman. C’est très pratique, tout est ouvert 24 h sur 24. » Difficile, en France, d’imaginer un Parisien en goguette un samedi à Roissy-Charles-de-Gaulle. Difficile aussi d’imaginer JFK, à New York, ou Heathrow, à Londres, en lieux de vie ou de rendez-vous…

MAQUETTE DU JEWEL CHANGI AIRPORT : UN COMPLEXE DE 134 000 M2 DESSINÉ PAR SAFDIE ARCHITECTS.
MAQUETTE DU JEWEL CHANGI AIRPORT : UN COMPLEXE DE 134 000 M2 DESSINÉ PAR SAFDIE ARCHITECTS. DR

En 2015, Changi était couronné Meilleur aéroport du monde par Skytrax pour la troisième année consécutive, ajoutant ce titre à 499 autres. Son design, ancré dans un véritable style aéroport sans saveur particulière, n’y est certainement pas pour grand-chose. Le secret de ses lauriers réside plutôt dans la multitude de services offerts par Changi Airport Group (CAG) qui gère les lieux. Tout ici tient dans les détails, comme ces agents mobiles dont la délicatesse est de venir jusqu’à vous si vous avez l’air perdu. Anticiper semble d’ailleurs être le leitmotiv. « Les besoins des passagers ont évolué. Dans les années 80, seuls quelques privilégiés voyageaient et les aéroports étaient de simples lieux de transit. Aujourd’hui, tout le monde voyage, pour les affaires ou pour les loisirs, et les aéroports deviennent des destinations à part entière pour se reposer, travailler, faire du shopping, manger et rester connecté avec l’extérieur, analyse Jayson Goh, le vice-président de CAG. L’ADN de Changi est de proposer un environnement dénué de stress. Le voyageur doit pouvoir rester “occupé” s’il le souhaite. Nous encourageons d’ailleurs l’early check-in, qui, à terme, se fera en libre-service pour éviter les longues files ­d’attente aux comptoirs. Autre point : les passagers qui partent ou qui arrivent empruntent le même parcours et sont mêlés les uns aux autres. Enfin, grâce à un système informatique performant, nous avons mis en place des écrans d’évaluation, à destination des passagers, que nous avons postés en différents points stratégiques, dont les toilettes. C’est très efficace. Et cela nous permet de réagir en temps réel. Reste enfin un autre avantage de taille : être un pays jeune permet d’améliorer facilement ses infrastructures. L’aéroport collabore avec MRT [l’équivalent de la RATP, à Paris, NDLR], qui relie le centre-ville en moins de trente minutes. »

JEAN HUNG, DIRECTRICE GÉNÉRALE ADJOINTE DU PROJET JEWEL.
JEAN HUNG, DIRECTRICE GÉNÉRALE ADJOINTE DU PROJET JEWEL. DR

Une politique commerciale offensive

Côté commercial, Changi peut se targuer de proposer 350 magasins et 160 points de restauration sur 76 000 m2 d’espace, totalisant ainsi plus de 2 milliards de dollars singapouriens (soit 1,27 milliard d’euros environ) de ventes en 2014. Outre les grands noms du luxe et de la mode, la chaîne DFS, spécialisée dans les spiritueux, vient de s’installer dans un nouveau duplex. On peut désormais y tester le fameux cocktail Singapore Sling du mythique hôtel Raffles. A côté, The Shilla Duty Free Shop a ouvert avec, entre autres, un salon de maquillage Dior et un spa SK-II. Ivan Tan, vice-­président marketing de CAG, précise : « Le panier moyen d’achats d’un passager se situe entre 30 et 40 dollars singapouriens [entre 28 et 37 euros env.] ». A titre de comparaison, il était de 39,09 livres (52 euros env.) à ­Heathrow et de 18,20 euros à Charles-de-Gaulle en 2014.

Changi Airports International

MAQUETTE DU JEWEL CHANGI AIRPORT

Changi Airports International (CAI) est une filiale de Changi Airport Group, l’opérateur de Changi Airport. Fort de son expérience, CAI développe les investissements et les partenariats dans d’autres aéroports à l’étranger. CAI est ainsi présent au Brésil, à l’aéroport international de Rio de Janeiro-Galeão, en Russie, dans les aéroports de la région de Krasnodar (Krasnodar, Sotchi, Anapa et Guelendjik), mais aussi en Inde, à Durgapur, pour le premier aéroport privé du pays, Bengal Aerotropolis Projects Ltd. Enfin, CAI a établi une académie d’aviation avec Xiamen International Airport Group en Chine.

Chacun sait qu’un voyageur heureux dépense plus. Aussi, tout est fait pour faciliter le parcours du voyageur entre l’enregistrement et l’embarquement. « A Changi, notre but est de transformer le transit des vols en une ­expérience agréable », ajoute Ivan Tan. Agréable pour les uns, et lucratif pour CAG…Même credo côté piste. « On dit qu’il est moins cher pour un avion de se garer sur le tarmac pendant 24 heures qu’à une voiture de se garer dans un parking du centre-ville de Singapour », relate Ivan Tan. C’est à voir…

N’empêche que pour rester compétitif face aux autres aéroports de la région (Bangkok, Jakarta, Hong Kong…), Changi Airport a proposé à toutes les compagnies 50 % de réduction sur les frais de parking des avions, et 50 % sur les taxes d’atterrissage pour les longs-courriers. Grâce à cette politique commerciale pour le moins offensive vis-à-vis des compagnies aériennes, Singapour est ainsi devenue un hub absolument incontournable. Aujourd’hui, plus d’une centaine de compagnies tissent, depuis Changi, un réseau vers 320 villes du monde. « Le groupe Singapore Airlines représente plus de 50 % des passagers grâce à ses quatre compagnies (Singapore Airlines, Tiger­air, SilkAir et la low-cost Scoot). Mais notre ­ambition est d’attirer des compagnies qui offrent des routes qu’elle ne dessert pas. Nous sommes désormais reliés à Tachkent grâce à Uzbekistan Airways, qui convoie des voyageurs religieux pour des pèlerinages. L’année prochaine, nous accueillerons Fiji Airways. »

En chiffres

54,1 M de passagers en 2014.
6700 vols par semaine,
1 vol toutes les 90 secondes.
Changi Airport contribue à 6 % du PIB de Singapour.
160 000 emplois directs et indirects.


Pour s’imposer sur la carte mondiale, Changi mène de redoutables et très efficaces campagnes de relations publiques. En 2009, un Boeing 747 Jumbo Jet faisait la course sur le tarmac avec… une Porsche Carrera Cup (c’est la Porsche qui a gagné) ! En 2015, la compagnie aérienne japonaise All Nippon Airways (ANA) transportait près de 200 fans de Star Wars à l’occasion de la sortie du film. Et l’aéroport n’hésite pas à lancer des jeux comme « Changi Millionaire », à l’instar des centres commerciaux de Dubaï. Tout ceci contribue encore au rayonnement de l’aéroport en plein développement. Le terminal 4 est déjà dans les tuyaux et devrait ouvrir ses portes en 2017. Sa capacité est de 16 millions de passagers – qui s’ajouteront aux 66 millions actuels – et il accueillera moyens-courriers et low cost. Enfin, le terminal 5, doté d’une nouvelle piste (une troisième, donc), est prévu pour 2020-2025.

IVAN TAN, VICE-PRÉSIDENT MARKETING DU CHANGI AIRPORT GROUP.
IVAN TAN, VICE-PRÉSIDENT MARKETING DU CHANGI AIRPORT GROUP. DR

Des projets d’extension futuristes

« La capacité sera de 50 millions de passagers, continue Ivan Tan, ce qui nous permettra d’atteindre 135 millions de passagers par an au total. » N’est-ce pas un peu risqué ? « Pas du tout. L’économie asiatique est en plein développement. Il faut anticiper. Les travaux prennent plus de dix ans. » Un calcul que Changi n’est pas le seul à faire. « Avec l’extension des flottes en Asie, il faudra de plus en plus de pilotes », avance Gilles Marc Nadeau, directeur général du groupe chinois Haite, qui est spécialisé dans la formation de pilotes sur des simulateurs de vol. En 2015, l’entreprise a inauguré un bâtiment près de l’aéroport. « Le marché est en plein développement, à l’inverse de l’Europe qui ne présente pas de grande extension en dehors du remplacement de flotte. L’aéroport Changi est très pratique. Sa proximité joue un rôle stratégique pour accueillir des pilotes. »

L’AÉROPORT CHANGI MISE TOUT SUR SON ENVIRONNEMENT « NATUREL » AFIN D’OFFRIR AUX VOYAGEURS UN MOMENT DE DÉTENTE ABSOLUE.
L’AÉROPORT CHANGI MISE TOUT SUR SON ENVIRONNEMENT « NATUREL » AFIN D’OFFRIR AUX VOYAGEURS UN MOMENT DE DÉTENTE ABSOLUE. DR

Les projets d’extension de Changi auront aussi un impact sur Singapore Airlines, la compagnie phare de la cité-Etat et tout aussi multirécompensée. Elle opère aujourd’hui dans les terminaux 2 et 3. Teck Tan Pee, vice-­président produits et services de Singapore Airlines, avance : « Le terminal 4 sera petit et peu dessiné pour la famille Singapore Airlines. En revanche, le terminal 5 est un énorme projet où nous rassemblerons notre flotte. Des idées sont jetées pour le mode opérationnel. Il faut imaginer ce que seront le check-in et le boarding dans le futur. Ce terminal poussera les frontières des nouvelles technologies. On ne pourra sans doute plus dépendre que de la main-d’œuvre. Peut-être verrons-nous des véhicules sans pilote au sol ? » Tout est envisageable, à Changi.

L’AÉROPORT CHANGI MISE TOUT SUR SON ENVIRONNEMENT « NATUREL » AFIN D’OFFRIR AUX VOYAGEURS UN MOMENT DE DÉTENTE ABSOLUE.
L’AÉROPORT CHANGI MISE TOUT SUR SON ENVIRONNEMENT « NATUREL » AFIN D’OFFRIR AUX VOYAGEURS UN MOMENT DE DÉTENTE ABSOLUE. DR

Reste un dernier projet : Jewel. Dessiné par ­Safdie Architects, à qui Singapour doit le Marina Bay Sands, Jewel est une joint-venture entre Changi Airport et CapitaLand d’un investissement de 1,7 milliard de dollars singapouriens (1 milliard d’euros env.). Devant la maquette, Jean Hung, la directrice générale adjointe du Jewel Changi Airport, présente ce nouveau complexe de 134 000 m2. « Au-dessus du parking, une cascade de 40 mètres de hauteur coulera au milieu d’un jardin verdoyant s’étalant sur cinq étages. L’idée est de proposer un moment de détente dans la nature après un long vol. Le toit étant en verre, on pourra prendre une bière ou dîner dans un restaurant gastronomique en regardant les étoiles. On attend 45 millions de visiteurs par an. En comparaison, le centre commercial ION Orchard, en plein centre-ville de Singapour, reçoit 55 millions de visiteurs par an. » Après New York, Londres et Amsterdam, l’hôtel Yotel posera ses 130 cabines à Jewel, qui aura un hall dédié aux voyageurs arrivant en bateau de croisière ou en bus depuis la Malaisie. Changi n’a pas fini d’étonner ni, sans doute, de gagner d’autres prix et récompenses.

Extraordinaire atterrissage à Changi...

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