L'objectif de la COP 21, limiter la hausse des températures à 2 °C d’ici à 2050, ne pourra se faire par la seule transition énergétique. Trop lente, trop coûteuse, celle-ci doit être accompagnée par d’autres technologies, y compris les plus contestées. La technologie du CSC, qui permet de capter et de stocker le carbone, en fait partie. Accusée de ralentir l’évolution vers des technologies vertes, elle est pourtant en train de gagner en maturité et pourrait se révéler indispensable.

C’est au cœur du Saskatchewan, région ­canadienne grande productrice de minerais et de pétrole, que l’un des projets les plus avancés de CSC (captage et stockage du carbone) a vu le jour. En 2014, une centrale à charbon a été modernisée afin de capter 90 % de ses émissions de dioxyde de carbone (CO2). L’objectif du projet, baptisé Boundary Dam, est de capter jusqu’à 1 million de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent des émissions de 250 000 voitures en une année. En 2016, malgré l’objectif manqué de captage et le coût des subventions, la modernisation a été considérée comme un succès, car elle a permis d’améliorer sensiblement la technologie. SaskPower, la société qui gère l’électricité, a ainsi annoncé cette année être capable de réduire de 20 à 30 % le coût d’un programme similaire suite aux expériences déjà menées.

Le projet Boundary Dam illustre la confiance du Canada et des États-Unis dans le succès du déploiement des techniques de CSC. L’Amérique du Nord est d’ailleurs la première région du monde en matière de projets de CSC. Cette avance vient du fait que le CO2, une fois capté, n’est pas stocké, mais valorisé. Dans la plupart des cas, le CO2 est injecté dans des champs pétroliers afin d’augmenter le taux de récupération des hydrocarbures. « Une majorité de projets est localisée en Amérique du Nord, car le CO2 procure un revenu », résume Andrew Purvis, du Global CCS Institute. La tonne de CO2 est effectivement achetée par les industriels autour de 25 dollars la tonne. Sur le marché européen, la tonne tourne autour de 8-9 euros.

Quantité de CO2 émis dans le monde en 2015.
Quantité de CO2 émis dans le monde en 2015. Ariel Martín Pérez

L’Europe a perdu son avance

La technologie de CSC a longtemps été portée par l’Union européenne, avant que la crise de 2008 et l’effondrement du marché du carbone ne viennent casser la rentabilité de la captation du CO2. L’importance de l’industrie pétrolière en Amérique du Nord a également joué un rôle. « Les États-Unis possédaient déjà une infrastructure pétrolière et gazière développée, qui permettait par exemple de transporter le CO2 par gazoduc et de le réinjecter dans les puits onshore. Le problème en Europe, c’est que les champs pétroliers, de la mer du Nord notamment, sont en offshore. C’est bien plus compliqué d’injecter du CO2 en offshore », affirme Andrew Purvis. Aujourd’hui, seule la Norvège et son groupe pétrolier Statoil poursuit sa politique de stockage du CO2, entamée en 1996.

On ne compte pas plus de quatre projets en construction sur le continent. Les difficultés de l’Europe ne tiennent toutefois pas à la seule géologie de ses champs pétroliers. « Les technologies de CSC ont besoin d’un soutien politique pour se développer », rappelle Andrew Purvis. Or, depuis le tournant des années 2010, durant lesquelles l’Europe travaillait activement sur ces technologies, le vent a tourné. « Au début, l’Agence ­internationale de l’énergie [AIE] a recommandé de cibler les émissions de CO2 des centrales thermiques. Mais la transition énergétique qu’a lancée l’Union européenne a consisté à développer la production électrique, ce qui a impliqué le remplacement des centrales thermiques par des énergies renouvelables », explique François Kalaydjian, directeur adjoint du Centre de résultats ressources à l’IFP Énergies nouvelles (Ifpen). Résultat, les technologies de CSC sont devenues trop coûteuses pour être développées sur des centrales qui étaient condamnées à disparaître, ou à fonctionner à mi-temps pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables (EnR). Pour preuve, le programme européen NER 300, destiné à financer les projets bas carbone innovants, n’a soutenu que des initiatives EnR, au détriment des projets de CSC qui ont été abandonnés.

En chiffres

  • 30 Mds de tonnes : le volume de CO2 rejeté par la combustion des énergies fossiles chaque année.
  • 50 M de tonnes de CO2 avaient été captées dans le monde en 2015.
  • 120 Mds de tonnes : ce qu’il va falloir stocker d’ici à 2050 pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C selon l’AIE.
  • 12 installations de CSC sont actives dans le monde.
  • 23 projets étaient en préparation en 2015.

The good concept store A découvrir dans le concept store