Près de quarante millions d’étudiants ont fait leur rentrée à l’université cet automne aux États-Unis. Certains n’iront pas jusqu’au bout de leurs études, beaucoup en sortiront très endettés, mais tous estiment recevoir la meilleure formation possible pour affronter le marché de l’emploi. Rêve ou réalité ?

« Quand j’ai commencé à enseigner à l’université de New York [NYU], mes étudiants travaillaient l’été pour se payer leur année d’études. Les petits boulots des vacances suffisaient à couvrir le quotidien. » Martin Schain vient de prendre sa retraite, après avoir enseigné  cinquante ans à la prestigieuse université new-yorkaise. Il se souvient d’un campus où professeurs et élèves débattaient jour et nuit, dans l’insouciance d’une vie estudiantine abordable. Avec des frais de scolarité s’élevant aujourd’hui à 46 170 dollars par an, voire à plus de 63 000 dollars si on inclut une chambre en résidence universitaire et les frais divers, NYU n’est plus accessible sans un prêt bancaire. C’est le cas pour la très grande majorité des colleges et des universités privés aux États-Unis – un college étant généralement de plus petite taille qu’une université, avec des programmes limités au bachelor’s degree, soit bac + 4 –, et pas seulement pour les quelques très grandes institutions reconnues de l’Ivy League.

Il suffit de surfer sur des sites Internet comme Unigo.com, où des millions de personnes – étudiants et parents – échangent leurs avis, leurs expériences et leurs bons plans à propos des quelque 7 000 établissements d’enseignement supérieur, pour s’apercevoir que le financement reste en tête des préoccupations des Américains. Les universités publiques du pays, qui dépendent de chaque État – il n’existe pas de système éducatif fédéral –, ont, elles aussi, augmenté leurs tuitions, les frais de scolarité. Certaines sont excellentes, et les familles n’hésitent pas à déménager dans l’État où elles se situent afin de bénéficier de tarifs moins élevés.

Les universités de l’Ivy League, comme Princeton, sont parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses des États-Unis. Malgré leur coût, elles restent extrêmement attractives.
Les universités de l’Ivy League, comme Princeton, sont parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses des États-Unis. Malgré leur coût, elles restent extrêmement attractives. DR

L’enseignement, un business comme un autre ? 

Le professeur Daniel Franklin enseigne depuis vingt-cinq ans à l’université d’État de Géorgie, établissement public qui accueille 53 000 étudiants, des undergraduates (premier cycle universitaire) et des graduates (deuxième cycle universitaire, niveau master) avec une large représentation des minorités. Depuis plusieurs années, il constate un appauvrissement de la population estudiantine, contrainte d’effectuer des petits boulots durant la semaine. « Les étudiants demandent des cours adaptés à leur emploi du temps, c’est-à-dire dispensés de façon à ce qu’ils puissent les suivre tout en travaillant, souligne-t-il. Certains ont un travail à plein temps. » Même si les frais d’inscription paraissent raisonnables par rapport à ceux des établissement privés – 11 886 dollars par an pour les habitants de Géorgie, 30 096 dollars pour ceux qui viennent d’un autre État –, les étudiants se voient  obligés de contracter un emprunt.

Au début des années 70, la hausse des frais de scolarité suivait l’inflation, autour de 2 à 3 % par an. Elle a quadruplé lors des trente années suivantes, atteignant 14 % en moyenne en 2003. Entre-temps, les salaires des professeurs ont augmenté, et les établissements sont devenus des « corporate universities », selon Martin Schain, dotés, comme les grosses entreprises, d’une vaste administration, indépendante du corps enseignant. Résultat : aujourd’hui, près de 70 % des étudiants de bachelor’s degree finissent leurs études endettés. La promotion 2016 a d’ailleurs battu le record d’endettement : 37 172 dollars en moyenne par étudiant contre 12 758 vingt ans plus tôt, précise Mark Kantrowitz, du cabinet MK Consulting.

La Réserve fédérale américaine estime à plus de 1 200 milliards de dollars la dette étudiante globale, la plus importante après celle des prêts immobiliers, en hausse de plus de 400 % en seulement douze ans. Le phénomène est tel que le chanteur Dee-1, après avoir fini de rembourser son prêt, à 27 ans, en a fait une chanson, Sallie Mae Back, véritable buzz outre-Atlantique en début d’année. « Tant que le montant du prêt étudiant, à la remise du diplôme, reste moins élevé que le salaire d’embauche, l’étudiant peut rembourser son emprunt dans les dix ans, voire moins, précise Mark Kantrowitz. Le salaire d’embauche moyen aux États-Unis se situe entre 45 000 et 50 000 dollars par an. Toutefois, certains étudiants empruntent davantage tout en acceptant des emplois moins bien payés – environ un diplômé sur six sort du premier cycle universitaire avec des dettes qu’il ne peut rembourser dans les dix ans. Mais la question est plus problématique encore pour ceux qui abandonnent l’université en cours de route. » Près de 40 % des étudiants qui entrent en premier cycle universitaire ne finissent pas les quatre années d’études.

Top 5 des universités américaines.
Top 5 des universités américaines. Pierre Piech - Comillus.com

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