Avec l’ouverture de la Ligne Grande Vitesse qui la mettra à deux heures de Paris en 2017, Bordeaux prépare son changement de braquet dans la nouvelle économie. Entre têtes de gondole bien installées, écosystèmes hipstero-progressistes et projets gigantesques pour attirer les start-ups les plus innovantes, la capitale aquitaine possède tous les ingrédients nécessaires pour jouer dans la cour des grandes métropoles de l’innovation européennes…

Ces derniers mois, Bordeaux a beaucoup fait parler d’elle pour ses travaux d’urbanisme ou sa Cité du vin.  Pourtant, dans l’ombre, elle est aussi en train de devenir une capitale de la nouvelle économie. Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler que Bordeaux est une ville de commerçants et « d’ouverture au monde », comme le clame Julien Parrou, président de Concoursmania : « La métropole a toujours attiré les marchands, les négociants, les investisseurs et les entrepreneurs industriels. » La preuve, l’un des pionniers du e-commerce français, Cdiscount, est né ici en 1998. Selon Christophe Chartier, créateur d’Immersion, une entreprise spécialisée dans la 3D et la réalité virtuelle, la métropole facilite le développement entrepreneurial : « Nous sommes arrivés il y a vingt-deux ans et nous avons tout de suite trouvé des partenaires parmi les entreprises locales. Aujourd’hui, s’il est plus facile de convaincre les nouveaux entrepreneurs de s’installer, c’est aussi grâce à une dynamique régionale unique en France. » Il souligne aussi un territoire historiquement numérique, aidé par l’intérêt précoce de l’université Bordeaux I pour les nouvelles technologies. Un environnement universitaire qui, conjugué à un art de vivre reconnu mondialement, a permis de former et conserver de nombreux entrepreneurs de la tech. Christophe Chartier reconnaît également « un effort politique dans le développement du numérique dans la région, mais sans ingérence ».

Immersion, entreprise à dimension internationale fidèle à Bordeaux.

Car pour profiter d’un terreau aussi fertile, encore faut-il savoir planter les bonnes graines. C’est le but du projet Euratlantique, une transformation à grande échelle de Bordeaux et de sa banlieue initiée en 2010, après l’annonce de la construction de Ligne Grande Vitesse. C’est Alexandra Carpentier, la directrice générale adjointe de l’Etablissement Public d’Aménagement (EPA) en charge du projet qui le définit le mieux : « 2 500 000 m² de logements, espaces de coworking, pépinières et autres produits immobiliers adaptés à la nouvelle économie ». Une opération qui, à terme, devrait attirer 40 000 habitants et surtout 30 000 nouveaux emplois, dont la moitié sera exogène. Pour séduire « aussi bien les entreprises locales qu’internationales », Euratlantique accueillera notamment la Cité Numérique (qui sera achevée dans un an mais qui a déjà trouvé 80 % de ses futurs occupants) « bâtiment totem de la french tech » et a déjà ouvert (et rempli à 100 %) l’espace Newton « sous le signe de l’économie numérique environnementale ». Au total, le projet Euratlantique rassemble neuf grands projets de construction dans toute l’agglomération bordelaise avec en plus de Newton et la Cité Numérique, les Halles (cf. photo de l’article) ou la MÉCA, réalisée par le génie danois Bjarke Ingels (BIG). Une effervescence résumée en une phrase par Alexandra Carpentier : « Bordeaux n’a plus rien d’une belle endormie ! »

La Maison de l’Économie créative et de la Culture en Aquitaine (MÉCA), réalisée par le starchitecte danois Bjarke Ingels.
La Maison de l’Économie créative et de la Culture en Aquitaine (MÉCA), réalisée par le starchitecte danois Bjarke Ingels. BIG architects

BIG in Bordeaux

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Bordeaux Entrepreneurs, association d’idées

Julien Parrou, PDG de concoursmania, est aussi à l’origine avec d’autres chefs d’entreprises de la région de Bordeaux Entrepreneurs, une « association de start-ups créée il y a 3 ans qui a pour projet de fédérer les dirigeants qui souhaitent se développer partout dans le monde ». Un projet ambitieux basée sur les rencontres informelles avec des débats autour de différents thèmes comme « vivre avec un fonds d’investissement à mon capital » ou « comment démultiplier mon audience sans aucun budget ». Des masters class qui où il n’y a « ni experts, ni banquiers », seulement des expériences et du vécu.

Julien Parrou, PDG de Concoursmania, est aussi à l’origine – avec d’autres chefs d’entreprises de la région – de Bordeaux Entrepreneurs, une « association de start-ups créée il y a trois ans qui a pour projet de fédérer les dirigeants qui souhaitent se développer partout dans le monde ». Un projet ambitieux basée sur les rencontres informelles, avec des débats autour de différents thèmes comme « Vivre avec un fonds d’investissement à mon capital » ou « Comment démultiplier mon audience sans aucun budget ». Des mastersclass « sans experts ni banquiers », seulement des expériences et du vécu…

Si Euratlantique, la French Tech et des associations comme Bordeaux Entrepreneurs mettent en lumière la solidarité entre les différents acteurs de l’économie numérique de la région, Christophe Chartier souligne que cet esprit solidaire a toujours été présent à Bordeaux : « Se développer localement est peut-être plus simple à Bordeaux que dans d’autres villes de province, et c’était déjà le cas il y a vingt ans. Mais pour convaincre à l’international, il a fallu redoubler d’efforts. Les pionniers comprenaient les galères rencontrées par les nouveaux arrivants. Ainsi est née une forme d’entraide qui a perduré. »

Cette culture de la coopération se retrouve dans l’écosystème Darwin, LA pépite bordelaise, celle dont tous nos interlocuteurs nous ont parlé. Philippe Barre, son fondateur, définit son bébé comme « une approche alternative des nouvelles économies » et milite pour « un numérique utile, au service d’une économie sociale et solidaire ». En partant du postulat que « le numérique ne nous sauve pas de tout », Philippe Barre et ses associés ont décidé de faire de la place aux innovations « quand elles ont du sens » tout en mélangeant high-tech et low-tech. Autrement dit, on y trouve aussi bien des fab-lab que des ateliers de menuiserie. Et ça marche ! Aménagé dans une partie de l’ancienne caserne Niel, elle fait se côtoyer « 600 collaborateurs qui génèrent 85 millions d’euros de chiffre d’affaires par an avec le plus grand restaurant bio de France et 30 collectifs et associations » mais aussi un skatepark et des logements solidaires. Un fourre-tout financé à 95 % sans argent public ! A l’avenir, cet écosystème pourrait encore grandir, Philippe Barre étant très ouvert à l’idée de racheter les terrains autour de la caserne, toujours en friche, pour les sauver d’un projet de ZAC sans âme… Nous, on a choisi notre camp :)

D’abord le e-commerce, puis le numérique en général, et maintenant une ouverture à l’international : la nouvelle réputation de Bordeaux s’est construite étape par étape, avec un brin de volonté politique et beaucoup d’ambition. Elle est d’ailleurs la ville française avec le plus fort taux de création d’entreprises par habitant depuis 2009… L’arrivée de la LGV en juillet 2017 est attendue comme le début d’une nouvelle ère dans le développement de la capitale mondiale du vin. A suivre…

La Cité Numérique, totem de la French Tech à Bordeaux.

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