En cinquante ans, la Willamette Valley a su se faire une place de choix parmi les États américains producteurs de (bons) vins. Grâce à la ténacité de quelques locaux et au soutien d’une famille bourguignonne.

A une petite heure de route au sud de Portland, la Willamette Valley déploie un paysage de rêve : douces collines, forêts denses de pins rouges, pâturages et prés abondamment fleuris, plantations de noisetiers, rangs de vignes bien ordonnés… Et les Blue Mountains en fond d’écran, formant un relief massif et lumineux. C’est ici que se trouvent les meilleurs vignobles de l’Oregon, un éden pour les pinots noirs. Tout commence au milieu des années 60. David Lett s’installe avec sa jeune épouse, Diana, dans les Dundee Hills. Il a alors l’idée de planter du pinot noir – les seuls clones dont il dispose. Pour la vinification, il achète un ancien abattoir de dindes qu’il transforme en chai et utilise des bidons de préparation pour Coca-Cola comme fûts. En 1970, c’est la révélation : les vins de The Eyrie Vineyards sont un succès. A la même époque, David Adelsheim pressent, lui aussi, le potentiel des terres volcaniques de cette partie de la Willamette Valley et crée sa propriété. Les deux David se lancent dans l’aventure et participent à faire de cette partie de l’Oregon une petite Bourgogne.

Viticulteur en Oregon
Viticulteur en Oregon

Quelque 300 000 bouteilles par an
Avec un sens du marketing à l’américaine, David Adelsheim comprend qu’il serait bon pour la région d’avoir la caution d’un véritable Bourguignon. En 1987, il propose à Robert Drouhin (petit-fils de la maison Joseph Drouhin, implantée à Beaune depuis 1880) de venir faire un tour dans la vallée. Convaincu du potentiel de ces terroirs, le Français devient propriétaire de 60 hec­tares « plantables ». C’est toute l’intelligence de l’homme : savoir que ces terres, alors une exploitation céréalière, pourraient produire les meilleurs vins de la Willamette Valley. Les sols sont donc retournés, les vignes, plantées, et des cuves, importées de France. Aujourd’hui, le domaine Drouhin Oregon produit quelque 300 000 bouteilles chaque année. Et la famille a acquis un autre domaine, appelé Roserock Vineyards : 112 hectares dont 50 cultivés, situés tout près, dans les Eola-Amity Hills. Un business qui mobilise les quatre enfants de Robert Drouhin. Véronique s’occupe de la vinification, Philippe de la conduite de la vigne et Laurent, installé à New York, de la partie commerciale, tandis que Frédéric dirige l’ensemble du groupe.

Photo prise dans le domaine de Drouhin
Photo prise dans le domaine de Drouhin Drouhin

Grâce à la dynamique de ces trois domaines, la viticulture dans l’Oregon a connu un coup d’accélérateur au cours des trente dernières années. Alors que la Willamette Valley ne comptait que quelques centaines d’hectares plantés à l’arrivée des Drouhin, c’est aujourd’hui l’équivalent d’un tiers de la Bougogne qui s’y trouve. Le pinot noir, principal cépage, le pinot gris et le chardonnay sont exploités par près de 700 wine­ries. Attirés par cette réussite, d’autres Bourguignons se sont lancés dans l’aventure américaine. En 2013, la maison Jadot a investi dans 13 hectares, dont 8 plantés, suivie de Méo-Camuzet, qui a une petite production sur ses propres terres de Bishop Creek, même si le domaine achète aussi des raisins à des producteurs. Il y a aussi le célèbre dégustateur et critique Robert Parker, qui a succombé aux charmes de l’Oregon et s’est acheté une petite propriété à quelques kilomètres de celle des Drouhin. Si ces vins sont pour le moment moins connus que ceux de Californie, les excellents résultats obtenus aux concours internationaux devraient changer la donne. De quoi attirer des investisseurs et, surtout, permettre une meilleure distribution en dehors des États-Unis, où ces vins séduisent une nouvelle clientèle. Celle-ci, de plus en plus importante, est à la recherche de l’élégance à la française et d’une touche américaine. Un succès qui se ressent dans les prix : difficile de trouver un bon vin des Dundee Hills ou d’Eola-Amity Hills à moins de 25 dollars sur place (départ cave). Alors, à l’export…

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